La nuit est d’un noir abyssal, seul le regard de l’ange émet une lueur fébrile dans ce dédale obscur. Fay la suit de près, attentive au moindre bruit qui pourrait émaner de ce labyrinthe crasseux. Touchant du bout des doigts le lierre sur les murs froids, la femme ailée se déplace lentement, évitant de se prendre les pieds dans les racines. Elle ne sait pas trop ce qu’elle fait ici, il faut dire que depuis des mois elle a erré dans tellement d’endroits. Passant d’un désert avec des tempêtes si violentes que l’air en devenait irrespirable, à des montagnes escarpées où la bourrasque aurait pu emporter le félin noir. Il y eut un moment d’accalmie entre deux frontières, où enfin elle put se reposer sans avoir le cœur serré, ni peur pour sa vie.
Ces temps-ci ont été extrêmement difficiles. Notamment avec les différentes pertes de repères et ceux qu’elle a laissés derrière elle. Fay est bien l’une des rares à tenir le coup, apportant un soutien bien qu’elle voit Luvïel perdre foi et dans tous ses états. Ce n’est pas aisé de voir ceux que l’on aime sombrer. Dans sa robe décharnée et noire, ses croix pendent avec un tintement métallique dans ce couloir humide. Enfermées, elles continuent leur chemin sans savoir où cela les mène.
Les souvenirs de toutes ces entités qui les ont touchés, traversés, ces personnes de passage, des lieux qui les ont portés et cette immense solitude qui ne guérira pas. Il faut dire que la paix n’a jamais duré très longtemps depuis quelques années. De plus, la résilience s’est parfois effrité pour laisser un ange tomber dans l’obscurité la plus totale, avant de retrouver un semblant de lumière. Et puis, à un moment, la femme aux ailes blanches a cru disparaître dans la noirceur. Laissant le temps défiler, attendant sans rien tenter. Le temps n’a pas effacé les douleurs, il les as simplement rendues moins vives pour qu’elle puisse avancer. Fay, quant à elle, continue dans l’espoir de retrouver sa véritable forme. En attendant, le chat enveloppe de son pelage le corps léger de la dame.