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Sous les feuillages de la petite ville de Haut-bois, une enfant naît une nuit d’automne où la fraîcheur de l’hiver ne tarde pas à pointer le bout de son nez. Cet enfant de la lune est une bénédiction pour sa famille. En grandissant dans son village, sa vie est façonnée par l’amour envers son peuple, embrassant chaque journée dans la chaleur et l’harmonie de sa terre natale. Lhen et sa sœur aînée, Asra, ont un lien renforcé par des valeurs communes de justice et de compassion. L’une souhaite être une archère hors pair et l’autre une femme de lettre. Avec les années, Lhen se découvre un pouvoir de la vie. Profitant de nombreuses fois de son don pour sauver les balafres de sa sœur, elle se rend compte qu’elle peut être un maillon fort dans la société elfique et devenir une guérisseuse hors pair.

Cependant, les jours heureux s’effondrent lorsque les armées de Maes Caldérion envahissent Estérya, dévastant tout sur leur passage. Malgré la résistance farouche des habitants et des guerriers elfes, la terre est submergée par les forces du roi. Au cours des combats, Asra est blessée mortellement et, dans la confusion de la bataille, elle est touchée par une entité des ombres, qui risque de la transformer en une créature sinistre. Le vladenite ne sera jamais retrouvé, condamnant ainsi l’humanité de sa sœur aînée. La perte d’Asra et l’effondrement de son village plongent Lhen dans un abîme de désespoir. Sa terre natale est désormais aux mains de l’envahisseur, sa sœur transformée en une abomination et le sentiment d’impuissance l’envahit.

Fuyant la guerre qui dévaste les terres, Lhen trouve refuge dans les bois, tentant de naviguer dans des contrées devenues hostiles. La forêt s’obscurcit, ses bruits autrefois rassurants se muent en cris d’animaux menaçants. Elle abandonne le confort pour dormir à même le sol, se cachant pour éviter les créatures rôdant dans l’ombre. Pourchassée maintes fois, elle doit user de ruse pour se libérer de situations périlleuses. Incapable de trouver un chemin vers un refuge sûr, une profonde détresse l’accable, la laissant désemparée face à l’inconnu. Sans connaissance des conflits, Lhen choisit la fuite.

C’est alors qu’elle rencontre un exilé solitaire, un ancien soldat désabusé par les batailles. Il s’approche, déposant son arme avec conviction, exprimant sa décision de quitter les rangs. Initialement méfiante, Lhen accorde néanmoins le bénéfice du doute à cet homme. Il partage avec elle des connaissances cruciales pour survivre en ces temps troublés. Ensemble, pourchassés par des ennemis communs, ils unissent leurs forces pour survivre. Lhen use de sa magie lumineuse pour aveugler leurs adversaires, tandis que le soldat manie son épée pour les repousser. Cette collaboration scelle leur destin, leur permettant de traverser ces épreuves.

Errant dans les vastes forêts d’Esterya, Lhen se laisse envahir par des souvenirs poignants de sa vie passée auprès d’Asra, sa sœur. La douleur de sa perte demeure sa motivation pour continuer à avancer. Lorsqu’ils arrivent dans un petit village bordant une clairière, le soldat et Lhen décident de poursuivre leur route ensemble. Sous la pluie battante, les villageois se pressent autour du bourgmestre sur la place devenue boueuse. Lhen, accompagnée du soldat, observe la scène sans broncher. Un homme, condamné pour des méfaits, est sur le point de subir sa sentence. Sans émoi, elle regarde la corde se raidir et le corps du malandrin se balancer légèrement au-dessus du sol. Une vague de calme apparent traverse son regard, masquant l’orage de ses pensées. Malgré cette froideur apparente, son cœur reste lourd de chagrins passés, témoins muets de son fardeau émotionnel..

Aujourd’hui, Lhen est une femme marquée par la perte, portant sur ses épaules le fardeau des batailles passées. Elle évolue dans un monde en proie à l’incertitude, où la paix est fragile et où la noirceur de l’âme peut parfois l’emporter. Mais malgré tout, elle garde le feu de la détermination dans son cœur, prête à affronter l’obscurité pour rendre justice à ceux qu’elle a perdus et pour offrir un avenir meilleur à son peuple.

La pluie martèle le petit village à l’orée de la clairière, près des bois elfiques. L’attroupement des citoyens attire l’attention de Lhen et de l’exilé, qui peinent à avancer. Des huées retentissent, mêlées aux regards effrayés posés sur le futur pendu, résigné à son sort. Un homme corpulent et rougeaud se moque ouvertement, énumérant les crimes de l’homme dont la corde serre le cou. Sous la pluie battante, le bourgmestre observe avec mépris le condamné, affichant un sourire malfaisant envers les villageois. Vêtu de noir, le bourreau attend l’ordre d’exécution, impassible. Le condamné a abandonné tout espoir, conscient de sa fin proche. Le bourgmestre révèle au grand jour les méfaits de cet homme : un voleur d’or, osant pénétrer dans la salle du coffre. Une fortune sous la protection de l’homme aux habits de velours et aux cheveux grisonnants. Ses yeux fouillent l’assemblée, cherchant sûrement à offrir un spectacle mémorable à tous.

L’ordre est donné. Sans la moindre hésitation, le bourreau abat le levier qui actionne un mécanisme. La trappe sous les pieds du condamné se dérobe, le nœud coulant serre brusquement sa nuque dans un sinistre craquement. Le corps sans vie du supplicié restera désormais exposé sur la place publique pendant plusieurs jours, faisant office d’avertissement. Le bourgmestre repart de la potence, accueilli par un homme élancé à l’allure singulière. Son regard vif scrute tout autour d’eux avant de se poser sur celui de Lhen, qui ressent un léger malaise. Les citoyens repartent vers leurs chaumières, des bâtisses faites en pierre et en bois, leurs murs infestés de mauvaises herbes. La place devient déserte, hormis nos deux compères qui restent planter là, se concertant sur ce qu’ils peuvent faire. L’exilé, curieux, se rapproche du cadavre pour distinguer plus nettement son visage.

Maintenant inquiet, il essuie une partie des gouttelettes d’eau qui ruissellent et lui obstruent la vue. Il observe plus longuement et se raidit, comme s’il était pris de tétanie. Lhen tire sur sa manche afin de l’extirper de sa terreur ; celui-ci écarquille les yeux et regarde l’elfe aux traits de porcelaine et au visage ruisselant. Ses vêtements blancs et légèrement rosés sont devenus sales et crasseux, les mèches de cheveux entremêlées sur son visage et dans son dos n’entachent en rien son regard doux et la lueur de ses yeux. Il rapproche son visage anguleux près de la jeune femme et lui souffle avec un ton froid, «Cet homme n’est pas du tout un malandrin. Il s’agit d’un de mes frères d’armes.» Surprise, Lhen hausse un sourcil et trouve que le supplicié n’a rien d’un soldat. L’exilé renchérit, «Car ceux qui ont voulu le coincer ont dû récupérer ses effets personnels. Je crois qu’il serait préférable que nous nous séparions.»

Sous sa houppelande brune, l’exilé porte encore l’armure de son ancienne appartenance aux troupes d’Hodémon. L’elfe le sait très bien et comprend qu’il risque un grand danger si quelqu’un découvre qu’un prétendu soldat de l’envahisseur se trouve sur leur territoire. Il serait difficile de leur faire comprendre et entendre que celui qui l’accompagne a désormais tourné le dos à sa patrie. «Et si vous abandonniez vos effets dans la forêt ?» demande-t-elle avec naïveté. L’homme sourit, pensant que cette elfe est bien trop douce pour ce monde de brute. Alors qu’il allait rétorquer, un homme au teint sombre se tient derrière eux. Détournant leur regard, ils découvrent l’elfe noir qui attendait patiemment le retour du bourgmestre près de la potence. Lhen sent son pouls s’accélérer tandis que l’ancien soldat se redresse, gardant son calme.

«Vos visages me sont inconnus, vous faites peur aux habitants qui se demandent bien ce qu’une elfe et un homme font pour admirer ainsi un cadavre.» Il jette un regard rempli de haine envers la femme au teint de porcelaine, des vieilles querelles qui ne datent pas d’hier entre les elfes et les drows. Agissant en tant que bras droit du bourgmestre, il cherche avant tout à comprendre les agissements des nouveaux venus au sein de son village. «Nous n’avions jamais vu une telle … représentation.» Déclare l’exilé, comme pour dédramatiser leurs intentions. Restant sur ses arrières, l’ancien soldat prend les devants. «Je suis mercenaire, accompagné, comme vous pouvez le constater. Nous cherchions simplement un endroit pour passer la nuit. La visibilité est médiocre avec cette pluie incessante et nous avons du mal à nous repérer.» L’elfe noir reste silencieux, apparemment en train de réfléchir tout en continuant à se méfier. Les propos de l’exilé sont cohérents, même s’ils déforment la réalité, du moins en partie. Lhen se rend compte que cet homme a un don pour élaborer des récits lui permettant de se sortir de situations délicates. C’est à la fois captivant et effrayant.

L’elfe noir les guide à travers quelques ruelles avant de s’engager dans un chemin plus étroit. Les effluves d’alcool se mêlent aux odeurs de nourriture. Lhen n’avait pas eu l’occasion de se restaurer de manière convenable depuis plusieurs jours, leurs repas étant essentiellement composés de plantes de la forêt et de quelques champignons. Le bras droit du bourgmestre leur indique la porte légèrement enfoncée de l’établissement appelé L’Antre du Rat. «Vous et votre… compagne, vous pouvez passer la nuit ici. Soyez les bienvenus à Halfrebois.» Puis, il s’en retourne, disparaissant derrière un mur au coin de la rue. Lhen lance un regard interrogateur à l’exilé, qui éclate de rire avant de l’inviter à entrer dans la petite taverne. L’endroit est plutôt sinistre, une odeur âcre flotte dans l’air, les tables éparses sont mal entretenues. Un feu crépite dans la cheminée, quelques bougies vacillent de part et d’autre de la pièce. Les temps pluvieux rendent cet endroit encore plus lugubre.

Ils ne sont pas seuls à avoir trouvé refuge ici, quelques regards curieux se posent sur eux, en particulier celui du tavernier. Cet homme, chauve à l’exception d’une longue barbe brune, de petite taille, ressemble probablement à un nain. Son visage est illuminé par un large sourire, ses dents légèrement teintées, son tablier gras et taché d’alcool révèle un manque d’hygiène, ‘typique des nains,’ pense Lhen. L’exilé s’assoit au bar et commande deux verres de lait. À leur droite, un escalier menant probablement aux chambres, orné de portraits d’animaux de chasse dispersés le long du mur et au-dessus de la cheminée. L’ambiance est rustique mais plus accueillante que la sombre forêt qui entoure ce village. Les créatures qui rôdent deviennent de plus en plus féroces, surtout avec la présence de vladénites qui se fondent comme des ombres dans l’obscurité.

«Quelles sont les dernières nouvelles ? Nous avons erré pendant plusieurs jours sans entrer en contact avec quiconque», interroge l’ancien soldat. «Oh, vous savez, ce n’est plus très sûr de s’aventurer ainsi dans la forêt. On entend des cris étranges pendant la nuit», déclare-t-il en essuyant un gobelet en bois. Il marque une pause, se penchant vers l’exilé et ajoute, «Certains disent même que des individus porteurs de conflit approchent de nos frontières.» Concentré sur la conversation, l’exilé écoute attentivement les propos du tavernier. Il reste impassible, captivé par le sujet des cris nocturnes. Quelques toux retentissent dans la taverne, attirant l’attention de l’elfe aux cheveux immaculés qui parcourt la pièce, scrutant chaque visage.

Lhen se retrouve à échanger avec une femme au visage amical et aux yeux bleus, arborant une prestance naturelle. Vêtue de cuir et de fourrure, elle semble posséder une silhouette athlétique. Malgré son incertitude entre guerrière et druide, l’elfe centenaire demeure méfiante, même si la voix de l’inconnue dégage une aura compatissante. La discussion aborde le sujet de la guerre, plongeant Lhen dans un désarroi visible. Elle hoche la tête en signe d’assentiment face aux propos de son interlocutrice. Cette dernière lui souffle une question à voix basse, manifestant ainsi son inconfort. Jaugeant la situation, Lhen jette un regard vers Lars, l’exilé totalement absorbé par sa conversation avec le tavernier. Elle baisse le ton, esquisse un sourire sincère à l’égard de la jeune femme et lui avoue : « En ces temps troublés, garder le moral est un défi ». S’emparant de son verre de lait, elle invite l’inconnue à la rejoindre à une table proche de la cheminée.

Tout en essayant d’essorer ses longs cheveux encore humides des intempéries, l’elfe centenaire ressent le besoin impérieux de se réchauffer et de se reposer. La fatigue marque ses yeux cernés, signes évidents de plusieurs nuits agitées et de repas manqués. Trouver une compagnie féminine lui fait le plus grand bien car depuis qu’elle a quitté son hameau, elle n’a pas revu un seul des siens. Seule la présence du soldat exilé a été un réconfort, pourvu que cet homme au visage anguleux et au corps à l’entraînement solide soit quelqu’un de parole. En tout cas, il n’y a eu aucun faux pas et il a toujours levé son épée pour sauver l’elfe des créatures hantant les bois. Serrant sa chopine de lait entre ses doigts fins, Lhen entame la discussion avec l’étrangère.

— Je me nomme Lhen, mon compagnon de route et moi-même cherchions refuge suite à cette guerre. Comme vous dîtes si bien, personne n’est épargné. Nous nous dirigeons vers la terre des Hommes, afin de trouver ma nouvelle voie. Seule, je suis bien trop frêle.

Lhen dévisage la jeune femme, trouvant chez elle une part de singularité et d’authenticité. Elle aurait tellement aimé voir sa sœur grandir et être à ses côtés. Malheureusement, les événements de la vie ont fait que sa route est désormais sans sa famille. Il est difficile pour l’elfe centenaire de réussir à accorder sa confiance sans preuve. C’est pourquoi, il vaut mieux en dire le moins possible sur ses affinités avec le monde extérieur, sans toutefois rester enfermée dans un mal-être profond. Elle a besoin des autres et sait pertinemment qu’une communauté soudée est plus importante que la solitude, bien qu’elle ne dirait pas non à un coin de bibliothèque où elle pourrait se prélasser sans se soucier de la guerre.

— Et vous ? Qu’est-ce qui vous a amené ici ?

Tandis que la jeune femme et Lhen se prêtent dans une conversation, Lars remercie le tavernier et se place à la table, prenant une vieille chaise en bois avant de s’installer proche de l’elfe aux cheveux immaculés. Il balaie du regard la pièce et inspecte la demoiselle qui leur fait face. Haussant son regard, l’elfe lui sourit poliment, souhaitant passer aux présentations. Seulement, la main gantelet de l’exilé se pose sur son épaule avant qu’il ne lui murmure à l’oreille : « Je nous ai pris deux chambres séparées, si vous souhaitez vous reposer, demandez la clé au tavernier. Tout a déjà été réglé ». Lhen voulut rétorquer mais le soldat se leva et prit le chemin des escaliers menant aux chambres. Il va certainement s’écrouler de fatigue, au vu de ses traits tirés. Détournant le regard de Lars vers celui de l’étrangère, Lhen pose une main sous son menton et tient la chope de lait de l’autre.

— Je crois qu’il n’a plus de force pour converser. Excusez-le pour ses manières. 

Les flammes vacillantes des bougies offrent un éclairage tamisé, projetant des ombres dansantes sur les murs décrépits. Dans un coin sombre, quelques hommes s’adonnent à un jeu de dés, leurs rires étouffés par le crépitement de l’averse. Pendant ce temps, le tavernier s’est retiré dans la pièce à l’arrière du comptoir. Le crépitement des flammes dans l’âtre de la cheminée réconforte l’elfe, qui se sent enfin en sécurité malgré les rumeurs de cris nocturnes et l’hostilité des bois. Attentif à la voix et aux paroles choisies de l’étrangère, Lhen réalise qu’elle n’est pas une simple mercenaire. Ses yeux grisonnants s’illuminent de fascination, imaginant en elle une combattante défendant les siens. L’elfe centenaire a toujours admiré les femmes fortes et ingénieuses, qu’elles soient physiquement ou mentalement puissantes. Inconsciemment attirée par sa prestance et sa beauté sauvage, Lhen se rapproche lentement. Cependant, une part d’incertitude l’envahit : est-ce réellement une compagne d’armes ou une erreur de jugement ? Malgré cela, l’attitude bienveillante de l’inconnue envers Lhen est indéniable.

La question qu’elle lui pose la plonge dans une réflexion brève. Lars et elle cheminent ensemble, mais l’elfe ne peut affirmer qu’ils sont réellement amis. Pour l’instant, ils mettent leurs talents au service l’un de l’autre, dans l’attente de trouver une solution à leur situation. Finissant sa dernière gorgée de lait chaud, la femme aux oreilles pointues porte sa main à sa joue, observant les gaillards se divertir avec leurs dés, l’un d’eux buvant à grandes lampées leur boisson.

— Je ne sais pas vraiment ce qu’il souhaite, s’il compte me suivre jusqu’à la frontière. J’espère simplement que oui. Nos compétences nous ont déjà sortis de bien des situations. Mais…

Ses yeux perdent leur éclat, assombris par le souvenir pénible d’une vie où la mort et la peur étaient monnaie courante. Elle n’avait jamais imaginé ôter la vie à quiconque, et n’avait jamais franchi cette limite. L’exilé était celui qui affrontait les créatures de la forêt, utilisant les techniques acquises dans l’armée pour protéger leur survie commune. En réalité, elle ne connaît que très peu cet homme, partageant rarement des fragments de leurs vies passées, se concentrant plutôt sur la survie au jour le jour.

— Il est courageux et sait se battre, des qualités qui nous permettent de progresser, même si nous nous interrogeons sur ce qui pourrait se cacher à nos côtés. Nous restons en alerte constante, et nous n’avons pas eu l’occasion de manger convenablement. Heureusement, mes connaissances en herbologie nous ont permis de subsister quelques jours supplémentaires au cœur de la forêt. D’ailleurs, les arbres ne semblent plus communiquer comme autrefois.

Leur échange la captive, mais la fatigue commence à prendre le dessus sur le corps frêle de l’elfe. Ses yeux gris se ferment lentement avant que la voix douce de l’inconnue ne la tire de sa torpeur :

— Je suis désolée ! Ce n’est pas que votre récit m’ennuie, mais je vais devoir aller me coucher. Nous aurons sans doute l’occasion de reprendre notre conversation demain matin. Oh, au fait, comment vous appelez-vous ? Je suis ravie de rencontrer une femme aussi charmante ici ! Bonne nuit.

Se levant doucement, la jeune femme à moitié endormie se dirige vers le comptoir pour obtenir une clé en argent du tavernier. Remerciant ce dernier, elle se dirige, d’un pas mal assuré, vers les escaliers et monte à l’étage. Il est sombre, sans fenêtres, éclairé faiblement par la lumière du rez-de-chaussée. La chambre qui lui est destinée est la deuxième porte à sa droite. À l’intérieur, elle découvre une chambre simple, un lit recouvert d’une peau de vache, une desserte vide et une chaise. Dommage qu’elle ne sache pas où se trouve Lars. Non pas pour l’épier, mais plutôt par précaution. Après tout, ils se retrouvent dans un endroit peu engageant, néanmoins bien meilleur que les bois. Elle pose ses vêtements secs sur la chaise, gardant un linge léger pour éviter le contact direct avec la peau de vache. L’hygiène dans ce lieu est loin d’être parfaite. Bientôt, épuisée, elle s’endort et plonge dans un sommeil troublé par d’étranges rêves. 

Un cri déchirant, peut-être celui d’une femme ou d’une entité terrifiée, la tire brusquement de son sommeil. La pluie ayant cessé, seul le sifflement du vent contre la toiture persiste. Désorientée, elle se remémore les événements de la veille pour pouvoir se recentrer. D’un geste de la main, une petite lueur virevolte autour d’elle pour illuminer la pièce. Prenant ses effets personnels, la jeune femme se rhabille vite avant de sortir avec précaution, ses pas légers contre le plancher. Des ronflements se mêlent au murmure du vent, et ces cris persistants.La petite boule de lumière la suit à la trace, tandis qu’elle s’en va descendre les escaliers pour retourner au rez-de-chaussée. Le feu est éteint, plus aucune bougie est allumée et une odeur âcre remplit ses narines. La jeune femme commence à se diriger vers le comptoir lorsqu’une main gantée vint la prendre par le bras et l’autre devant la bouche. Paniquée, Lhen essaie de se débattre mais elle comprend vite qu’il s’agit de son allié.

— Calmez-vous, Lhen. C’est moi, chuchote-t-il. Je ne pensais pas avoir été si bruyant. Excusez-moi. Il relâche sa prise et recule, son épée prête à être dégainée. Vous entendez ces voix ?

— J’appellerais plutôt ça des cris, Lars.

La faible lueur n’éclaire qu’une partie de la pièce, limitant leurs capacités alors qu’ils sont en alerte. Lhen n’est plus habituée à dormir dans un tel endroit, même si son sommeil fut bref. « Lars, j’ai l’impression que les cris se rapprochent », murmure-t-elle.

— Ce ne sont pas seulement des hurlements… Regardez. » Il désigne les fenêtres où des ombres se meuvent. Puis, un regard suffisant à Lhen pour lui demander d’éteindre son sort de lumière. « Faut-il que j’alerte les autres ? Ou bien …» 

Une angoisse envahit le regard de l’elfe au teint porcelaine, tandis que Lars baisse la voix et désigne la fenêtre du doigt : « Des bêtes rodent dehors, je ne parviens pas à distinguer leur forme. J’allais m’approcher lorsque Lhen est arrivée. Restez ici, je vais jeter un œil. » Le sifflement du vent dans la cheminée s’ajoute à l’ambiance lugubre de la scène ; quelque chose de sinistre semble se profiler à l’horizon. Les craquements du bois sous la bourrasque et les ombres mouvantes à l’extérieur ne rassurent en rien. Serrant son bâton entre ses mains, l’elfe croise à nouveau le regard de Myriée dans la pénombre et murmure : « Avant d’arriver ici, nous avons été pourchassés dans la forêt. J’ai le pressentiment que quelque chose de sombre s’installe dans les bois. Ils ne sont plus sûrs. » Un soupir léger suit ces mots, l’espoir étant d’éviter un nouveau conflit dans ce hameau infortuné. Malheureusement, les cris venant d’une maison voisine les alertent. Lars s’approche des fenêtres, espérant faire le moins de bruit possible bien que son pas lourd sur le bois émet quelques grincements. Il tire le rideau du bout de son épée et découvre la tête d’une araignée géante, ses huit yeux aussi noirs que le vide le fixe avec une étincelle malveillante. Lars recule précipitamment alors que l’araignée pousse un cri strident, exhibant ses énormes chélicères, cherchant à briser la vitre qui la sépare de sa proie. Les ronflements à l’étage cessent, ils se réveillent brusquement. Tandis que les dormeurs se précipitent, Myriée, Lars et Lhen se retrouvent face à une arachnide immense, brisant la vitre en morceaux. Le raffût alerte le village qui sonne le cor, un son grave qui résonne à travers la clairière. Leur ennemie tente de pénétrer dans l’enceinte de la taverne, mais Lars dégaine son épée et, d’un coup, lacère l’un des membres velus de la bête. Son cri de détresse alerte ses congénères qui convergent vers lui : la taverne est encerclée. Le tavernier, armé d’une hache, abasourdi par les événements, se met à hurler d’une voix rauque : « Tous ceux qui ont une arme, préparez-vous à sauver votre peau ! Ces immondes bestioles n’ont rien à faire sur nos terres ! ». 

Trois hommes armés, chacun équipé d’une épée, de deux lames recourbées et d’un labrys, s’unissent pour barricader la porte d’entrée et quelques fenêtres du mieux possible. Ils renversent les tables pour libérer l’espace central de la pièce, s’assurant une certaine mobilité. Lars se tourne vers les deux jeunes femmes en arrière et leur ordonne : « Allez à l’étage, barricadez les autres fenêtres autant que possible. Espérons qu’elles ne parviennent pas à pénétrer à l’intérieur. » Lhen ne se fait pas prier et se précipite vers les escaliers, la peur grimpant en elle. Elle n’a jamais été encline à se battre et redoute particulièrement les araignées. La faible luminosité du deuxième étage ne facilite pas la visibilité, et il est probable que ces arachnides se déplacent également sur le toit. Lhen commence par les chambres à sa gauche, utilisant les couvertures des lits et des morceaux de bois pour barricader les petites fenêtres. La peur grandit en elle et il est difficile pour elle de trouver le courage nécessaire. L’endroit où ils se trouvent est vétuste, mal entretenu, et le toit semble peu solide face au poids de ces monstres. Rejoignant Myriée, elle lui confie d’une voix tremblante : « Je suis terrifiée. Je n’ai aucune expérience dans le combat, mais je peux agiter mon bâton. »

Au rez-de-chaussée, deux autres araignées s’acharnent sur la porte d’entrée et une seconde fenêtre. Lars et le tavernier réussissent à sectionner l’une des pattes de la créature qui recule, son sang noir souillant le sol. Coincés dans cet espace étroit, ils s’unissent et se préparent à tout pour survivre. Tenant fermement son arme, Lhen jette un regard inquiet vers le toit. « Que devrions-nous faire, guerrière ? Attendons-nous que le plafond nous écrase ou tentons-nous de sortir ? » La seconde option, plus risquée, offrirait une perspective extérieure pour évaluer la situation hors des murs. Bien que Lhen se trouve dans une situation désespérée, elle n’est pas seule. Entourée de compagnons expérimentés dans le combat, elle refuse de se laisser abattre, déterminée à maintenir le moral du groupe. Dans l’obscurité de la nuit, une simple lueur peut susciter l’espoir !

Elle ouvre les yeux, enveloppée par une chaleur accueillante. L’elfe au teint de porcelaine pénètre dans un lieu animé.  L’air est chargé de senteurs de viande grillée et d’hydromel. Des convives partagent des chopes, d’autres se livrent à des jeux de dés ou de cartes, misant quelques pièces. Aucun visage familier ne se distingue dans cette foule, et une légère angoisse se dessine sur le visage de Lhen.Les endroits animés ne sont pas son fort, préférant la quiétude des lieux paisibles où son esprit peut vagabonder librement. Néanmoins, entendre de tels éclats de rire et voir de la bonne camaraderie lui donnent du baume au cœur. Depuis la mort de sa sœur et les nombreuses bêtes qu’ils ont dû affronter avec Lars, son compère exilé, atterrir dans cet endroit lui permet de souffler un peu. Elle s’accorde à entrer parmi toute cette agitation, d’un pas agile et discret, jusqu’à une table éloignée de la porte d’entrée. Il est difficile de raisonner parmi tout ce vacarme incessant, alors l’elfe observe calmement. Saisissant du regard les visages qui l’entourent pour pouvoir les imprégner dans son esprit, peut-être espère-t-elle avoir une conversation avec quelqu’un de cordial et ainsi libérer une partie de ces maux. Un homme au visage marqué, probablement par des combats à en juger par la cicatrice ornant son œil gauche, mais aussi par son âge avancé et ses cheveux grisonnants, lui demande poliment l’autorisation de s’asseoir à sa table. D’un signe de tête, elle l’invite à s’installer en face d’elle et entame la discussion. Cet homme à la carrure bien bâti démontre une certaine force, ayant peut-être affronté des dangers auxquels elle ne peut même pas imaginer. Sa barbe soignée et sa posture révélent un homme soucieux de son image. Elle se demande intérieurement si cet homme est connu. En tout cas, sans même demander ce qu’il désirait, un garçon pose une pinte devant l’étranger, se tournant vers elle pour savoir ce qu’elle désire boire. D’une voix légèrement plus forte pour couvrir le bruit tonitruant de l’auberge, Lhen déclare avec un sourire « De l’eau, je vous prie. » Le garçon semble surprit, se dirige au niveau du comptoir pour satisfaire sa demande. Pendant ce temps, la jeune femme observe les vêtements et la prestance de son compagnon de table. Son apparence laisse entendre qu’il occupe un rang élevé. « Je vous remercie, mais je n’ai pas beaucoup de moyens et je préfère me contenter d’un verre d’eau. Je ne suis pas friande d’alcool », explique-t-elle, passant une main dans sa chevelure blonde polaire. Une pointe d’anxiété s’insinue en elle. Les gens aimables se font rares ces temps-ci, surtout dans l’environnement hostile où elle évolue aux côtés de Lars. D’ailleurs, où peut-il bien se trouver ? Elle interroge l’inconnu : « Excusez-moi, n’auriez-vous pas vu un homme d’une trentaine d’années, cheveux noirs, vêtu d’une houppelande brune ? C’est mon compagnon de route mais je ne le vois pas. » Elle redoute qu’il lui soit arrivé quelque chose, la laissant seule dans cet endroit étrange. Une fois le garçon de retour, elle prend des deux mains son verre et boit quelques gorgées. D’une voix calme, Lhen questionne l’étranger « Vous semblez être un habitué des lieux. Je ne sais pas si je dois vous appelez messire ou utiliser un tout autre qualificatif. Je me présente, Lhen, enchantée de faire votre connaissance. Les quelques hommes que j’ai pu rencontrer n’étaient pas aussi courtois.»

La guerrière cherche des mots réconfortants pour apaiser les tourments de l’elfe aux cheveux polaires. D’un pas décisif, elle s’empresse de récupérer quelque chose à l’intérieur d’une des chambres, et finit par s’arrêter et prendre dans un sac – qui doit certainement lui appartenir – deux petites roches. Lhen, surprise, se questionne quant aux agissements de Myriée. C’est en la voyant saisir la lanterne et briser l’unique chaise de la chambrée, attrapant ainsi les pieds, que l’elfe comprit où elle voulait en venir. Après avoir enflammé l’un des bouts de bois et enveloppé le tout dans son oreiller et un amas de tissus, elle tourne son regard vers l’elfe et lui déclare que ce sera une diversion qui, elle l’espère, attirera les bêtes aux longues pattes juste devant l’entrée de l’auberge. Un deuxième pied de chaise brisé s’enflamma, telle une torche de fortune, qu’elle tendit à l’elfe. Puis, la guerrière se rue dans la chambre opposée afin de retirer ce qui encombre la fenêtre et y jeter l’amas de lins qui émet un nuage de fumée. Une odeur de brûlé s’intensifie, le temps presse. Il n’y eut qu’un bruit sourd lorsque la pile de tissus se déversa sur le sol tandis que les flammes consumaient les draps. Elle prit également des mains la deuxième torche de fortune, la lançant contre le linge sur le sol en contrebas, avant de rabattre les effets de la chambrée contre la fenêtre austère. Myriée l’invite à la suivre, s’empare de la lanterne et souffle sur la flamme vacillante, afin d’éviter d’être repérée par la lumière et pouvoir se faufiler discrètement à l’extérieur de la bâtisse. Ce sentiment, voir une femme se démenant pour contenir le mal, est grisant, surtout lorsqu’elle révèle des aspects auxquels elle n’aurait pas pensé.

La guerrière se déplace avec agilité sur le toit, tandis que l’elfe lui demande de tenir son bâton pour faciliter son ascension. Une fois son arme récupérée, celle-ci tend ses mains vers l’elfe au visage doux pour l’attirer à elle. La vue depuis le toit est impressionnante, les bâtiments autour sont endommagés et les araignées errent dans les ruelles. Derrière elle se dresse une grange dans un état plus ou moins avancé. La plupart des habitants sont retranchés chez eux, certains tentent de repousser les attaques. Lhen s’interroge sur la localisation du bourgmestre et de ses gardes pour protéger le village. Le vacarme est assourdissant, laissant peu de place au murmure de la forêt. La combattante ramène la jeune femme à la réalité en l’entraînant vers l’arrière du bâtiment, se déplaçant furtivement. Après une inspection rapide des environs, elles se glissent sur le sol, un mélange d’herbe et de boue, due aux intempéries de la veille. Près du mur, la guerrière retient sa compagne de route pour se dissimuler, une araignée à huit pattes rôde. Les mains de Myriée attirent l’attention de celle-ci, qui d’un geste rapide, usa de sa magie pour créer un petit lopin de terre qui se fracassa un peu plus loin, l’araignée géante alla se diriger vers la source du son. Afin de la protéger, la femme aux cheveux sombres invita l’elfe à se cacher dans un abri où est entreposé du bois de stockage. La brunette se dirige jusqu’à la grange et disparaît hors de la vue de Lhen. 

Soudain, son regard dévie vers l’araignée géante qui fait marche arrière, pénétrant dans l’allée où les deux femmes se sont séparées. Des lueurs orangées se diffusent à l’intérieur du vieux bâtiment, un feu crépite, et l’elfe au teint de porcelaine se doute qu’il s’agit de sa compagne de route. Une pensée lui traverse l’esprit : « Peut-être a-t-elle des tendances pyromanciennes ?». Toutefois, cette monstruosité obstrue le passage et il est impensable pour l’elfe aux cheveux polaire d’arriver à battre cette bête. Malheureusement, si elle n’agit pas rapidement, Myriée risque de se retrouver soit coincée dans les flammes, soit être face à son ennemi et tomber devant ses énormes mandibules. Prenant son courage entre les mains, Lhen sort de sa cachette et décide de s’approcher de l’énorme bestiole. Elle inspire profondément, bien que ses jambes soient tremblotantes. L’araignée ne l’a pas remarqué, du moins, pas encore, et reste figée devant la grange qui s’enflamme de l’intérieur. La guérisseuse place une main devant et éclaire sa position. Elle servira d’appât s’il faut. L’araignée se retourne et décèle la présence de la jeune femme. Ses pattes en avant, elle s’approche dangereusement et dévoile ses huit yeux couleur onyx sous la lueur de la lune. La peur ressentie empêche l’elfe de faire quoi que ce soit, à vrai dire, elle n’avait jamais vu pareil monstre sauf dans les histoires. Elle ne pensait pas que le monde pouvait être si sombre, si dangereux. Vivre dans son havre de paix ne lui a jamais permis d’ouvrir les yeux sur ce qu’il se passe réellement. 

Elle n’arrive pas à crier, son corps tremblotant ne parvient pas à faire le moindre geste et cette petite lueur disparaît, la laissant s’envelopper dans les ténèbres de la nuit. L’araignée émet un râle étrange, prête à charger mais un cor résonne un peu plus loin et des bruits assourdissants remplissent les environs. Une explosion retentit vers le centre du hameau et vers l’avant de l’auberge. Des hommes armés se déplacent en hurlant de tout cœur à l’avant de l’auberge, agitant leur hache et leurs épées. C’est alors que Lhen aperçoit Lars un peu plus loin, tandis que les mandibules de la monstruosité se rapprochent dangereusement de sa proie. Il voit la scène au loin, les flammes de la grange éclairent les environs et dévoilent le monstre qui sépare Myriée et sa protégée. D’un élan presque surhumain, l’adrénaline prenant possession de lui, il se rue jusqu’à Lhen, qui tient son bâton fermement. Elle le place devant elle comme pour se convaincre que cela la protègera. L’araignée déploie ses mandibules et, avec un cri strident, tente de broyer sa cible. La jeune femme lance un regard plein de désespoir envers son compère, qui tente d’arriver au bon moment pour la secourir. Lhen espère que la guerrière ai réussi à sortir à temps, avant que la grange soit complètement enfumée de l’intérieur. 

Alors que l’homme exprime ses paroles avec délicatesse, il avoue ne pas avoir aperçu son compagnon de route dans les environs. Autour d’eux, les voix des autres clients se mêlent dans un brouhaha animé : des éclats de rire suite à une blague grivoise, des discussions pour trouver une place libre. Cependant, une ombre s’avance jusqu’à leur table, portant un air peu engageant. L’être à la peau sombre se déplace avec agilité, comme si la simple vue des deux personnes l’indisposait. Pour Lhen, c’est une première rencontre avec un drow, ces êtres sur lesquels circulent des récits sinistres. Ils incarnent la malveillance et la duplicité, cherchant avant tout le gain et le sang. La jeune femme, aux oreilles pointues, observe ce visage ténébreux avec une curiosité mesurée. Lodagan prend la parole avec assurance, ne se laissant pas intimider aisément. Un léger sourire accompagne son clin d’œil, mais Lhen, restant impassible, rétorque : [color=#ecbbd1]« Le monde est déjà suffisamment chargé de négativité. Nous sommes ici pour nous reposer et échanger agréablement. Si ce n’est pas votre intention, rien ne vous retient à notre table. Je n’avais encore jamais rencontré l’un de votre peuple, mais il semblerait que vous en incarniez parfaitement les traits. »[/color]

Ce genre de personnalité désinvolte et dépourvue de valeurs morales est rare pour Lhen, qui avant la grande guerre n’aurait jamais imaginé croiser un individu de ce genre. Dans son monde d’avant, c’était inconcevable. Son regard, d’un gris-bleu mélancolique, peine à savoir comment réagir face à l’elfe noir. Habituellement axée sur l’écoute et la compassion, Lhen se retrouve face à une ombre absorbante, éructant son mépris envers les autres peuples d’Esterya. Elle se saisit timidement de son verre, mais n’y porte pas attention, cherchant juste un ancrage pour se rassurer. Fragile et vulnérable, elle projette une douceur qui trahit un être meurtri par un monde impitoyable. Elle ne laisse rien transparaître sur son visage de porcelaine, tâchant de dissimuler toute faiblesse. Elle se sait si fragile qu’un simple coup pourrait la briser. La présence de Myriée ou de Lars à ses côtés la rassurerait, mais là, seule avec Lodagan, elle ne parvient pas à accorder une confiance totale. Même les sourires les plus charmeurs dissimulent souvent bien des choses.

Alors qu’elle essaie d’en apprendre davantage sur les événements en cours, cherchant peut-être des réponses à des questions qu’elle n’aurait pas l’occasion de poser en dehors de cette auberge, Lhen déclare d’une voix teintée d’intérêt : « Lodagan, racontez-moi un peu vos aventures. Vous devez très certainement être un homme chevronné ! J’aimerais bien écouter votre histoire, si vous me le permettez. »[/color] Depuis plusieurs semaines, Lhen ne peut plus lire, et les récents événements l’ont plongée dans un tourbillon inattendu. Elle se demande si c’est une situation générale ou si c’est la guerre qui égare la forêt où elle a grandi. La nature se rebelle, les créatures s’agitent, tandis qu’une sinistre énergie semble s’emparer de sa terre natale.

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