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Naevie, une elfe à la chevelure cendrée, sent l’odeur âcre de brûlé envahir ses narines. Alors que ses yeux couleur ambre détaillent le village de Verte-Feuille en proie aux flammes. Les cris d’effroi résonnent dans cette atmosphère oppressante, une femme se débat face à deux créatures au dos voûté, leurs griffes acérées lacérant la peau pâle de l’elfe. Le spectacle est saisissant, un tableau de violence et de désolation. Naevie frissonne en parcourant l’allée, découvrant les corps inanimés de quelques voisins. Des formes sombres se déplacent avec agilité, leurs gueules béantes déchiquetant leur proie dans un déferlement d’hémoglobine, l’odeur de la chair et du sang vrillant ses sens.

Soudain, des pas lourds font trembler le sol. Une créature plus terrifiante encore s’avance vers elle. Sans attendre, Naevie se rue à l’intérieur de sa chaumière, refermant la porte avec fracas. L’affolement règne, ses parents tentent de la mettre à l’abri, mais un pan du mur s’effondre sur eux, projetant le corps de son père dans un coin de la pièce. Un écho sinistre envahit les alentours, un chant caverneux glaçant. La forme au-dessus d’elle est inconnue, d’une horreur inhumaine. Leur regard se croise, un instant figé dans la terreur.

Elle me réveille en sursaut, le visage dégoulinant de sueur et les vêtements trempés. Avec précipitation, la bouche pâteuse, j’empoigne le pichet d’eau sur le tabouret et bois directement la contenance. Me redressant dans ce châlit miteux, chacun de mes gestes émet un couinement sonore dû au mauvais état du bois, comme si c’était là sa dernière utilisation. Le materas de paille qui recouvre les lanières est très fin, quelques trous disséminés ici et là, il s’agit là de mon lieu de vie en attendant de pouvoir trouver mieux. Cette pièce n’est pas bien grande, à peine de quoi faire tenir une personne à l’intérieur. À ma gauche, une petite armoire y est installée afin d’y déposer quelques effets personnels, Elle m’y dirige pour prendre de nouveaux vêtements. Une fois vêtue de vêtements amples en lin, Elle récupère ceux qui sont trempés afin de les faire sécher à l’extérieur. Mon regard se détourne vers la fenêtre, nichée juste au-dessus de la tête du lit, on peut y observer la ville sous la pénombre. Une légère brise s’immisce dans la pièce, j’inspire à plein poumon et me déplace doucement jusqu’à la porte, qui s’ouvre avec raffut. Un homme d’une quarantaine d’années se tient devant moi, sa moustache et sa barbe grisonnante réfléchit la lumière de la torche qu’il porte d’une main. Son ton sévère n’indique rien de bon, le regard noir et les sourcils légèrement froncés, Elle constate sans tarder qu’un événement grave s’est produit. Laissant les vêtements sur le materas, Elle le suis à la trace et me dirige vers la place centrale du village de Dor-Numa.

Les habitations spécifiques des Saccages-Soleil sont bien différentes de celles des elfes, bien plus pittoresques et disgracieuses. Il m’a fallu du temps pour m’en accoutumer, au même titre que de leur culture et de leur patrimoine. Elle suis arrivée à Dor-Numa, il y a plusieurs dizaines de lunes, montrant au village de quoi Elle suis capable. Mon don de magie curative a sauvé la fille du chef O’lbrak, celle-ci a subit une violente attaque après être partie dans les profondeurs du désert, suite à une dispute familiale. Les orcs sont têtus et bien que l’esprit de famille soit important, il arrive qu’il y ait des dissonances. Heureusement pour elle, son père a senti que quelque chose n’allait pas et en a profité pour partir à sa recherche avec une brigade d’hommes armés. L’un des hommes qui l’a retrouvé n’est autre que Sader, celui-là même qui est venu me quérir dans mon logis. Une fois de retour au village, ceux-ci ont cherché désespérément de l’aide et c’est en cela que j’ai pu faire mes preuve envers ce village. Seulement, aujourd’hui, ce n’est pas la même histoire. Une vingtaines de personnes sont agglutinées autour d’une petite estrade, des corps sont ensanglantés et Elle remarque même un bras retenu par quelques tendons à l’un d’eux, son sang longeant son membre presque amputé. Une marre d’hémoglobine noie ses pas, d’autres ont déjà perdu connaissance. Le chef O’lbrak fait les quatre-cent-pas et se met à parler fortement et distinctement après avoir croisé mon regard.

— Mes frères et sœurs, un nouveau crime a été commis ! Dit-il en agitant son bras puissant vers le ciel nocturne. Elle ne tolérerai plus que ces bandits assiègent nos villages, pillent nos ressources et détruisent nos vies ! Son regard se pose vers les nomades. «Ces honnêtes gens ont vu l’enfer devant leurs yeux, nous n’allons pas laisser ces hommes agir de la sorte ! Une grande partie de leur cargaison a été volée, quelques-uns de leurs hommes ont été tués. Nous avons besoin d’eux, comme eux ont besoin de nous. Nous devons agir !»

Des hommes et des orcs du village de Nor-Duma s’exclament avec fierté, leur visage montrant une détermination infaillible. Le torse dressé, les armes levées, certains frappent du pied sur le sol et semblent prêts à l’action. Sader pose son épaisse main sur mon épaule, il sait que cela ne sera pas une tâche aisée pour moi. Au fur et à mesure que le temps avance et au nombre de combats auprès de Perdilem, j’ai réussi à vaincre ma peur à la vue du sang. Elle suis prête à les soutenir et à les aider du mieux possible.

O’lbrak descend de son estrade, regroupe les hommes qui souhaitent accomplir ce pour quoi ils sont nés. Le goût du sang et l’appât de la guerre sont quelque chose qui leur donne une certaine fierté, vouloir démontrer leur puissance et surtout, vouloir protéger leur famille. Le chef du village s’avance vers moi et me toise de toute sa grandeur, ses cheveux noirs et hirsutes descendent en cascade dans son dos, ses deux grands crocs à l’avant de sa bouche lui confère un air bourru. Sa voix s’élève et celui-ci me demande :

— Nous allons avoir encore besoin de toi, elfe. Sader sera celui qui te protégera.

— Elle peux me défendre, chef O’lbrak.

— Non, petite elfe. Ta force est faible.

Il s’en retourne auprès de ses hommes avec un regard déterminé. Une pointe de déception et de colère se faufile dans mon cœur, déçue de ne pas pouvoir prouver l’étendue de mes connaissances et de mes capacités. Toutefois, Elle sais qu’il a raison. Perdilem lui-même l’avait perçu bien que nous avons combattu ensemble et ce, jusqu’au moment où il disparu. En rang, Elle me place en dernière ligne aux côtés de Sader, O’lbrak est placé devant, sa masse an main, prêt à en découvre. Les torches levées, nous arpentons un sentier et déambulons jusqu’à atteindre l’endroit du sinistre.

La nuit est fraîche dans le désert, le pas lourd des guerriers s’enfonce un peu plus à chaque instant, à mesure que nous approchons du lieu de l’attaque. Les torches brandies nous éclairent le long du chemin parmi les dunes de sable. L’odeur de sang et de mort se prononce davantage, ce qui me rend nauséeuse. Certains hommes gardent la main sur la poignée de leur épée, guettant attentivement le moindre mouvement au-delà de la lumière des flammes dansantes, par-delà les ténèbres environnantes. O’lbrak lève son poing droit dans les airs en signe de halte, il cherche du regard quelque chose ou quelqu’un. Il renifle l’air et émet un râle de mécontentement, un signe de dégoût se lit sur son visage. Il sent que les malotrus ne sont certainement pas partis très loin, d’autant que l’odeur des cadavres a pu apporter son lot de bestioles voraces. La lune est en forme de croissant ce soir, elle ne donne pas énormément de visibilité aux hommes du groupe et nous ressentons une certaine tension dans l’atmosphère. Nous continuons, serrant les dents et la lame prête à être dégainée. Une fois sur les lieux du combat passé, nous trouvons les corps des nomades itinérants, hélas pour la plupart sans aucune once de vie. Certains ont la gorge tranchée tandis que d’autres ont tout simplement le corps criblé d’entailles. On retrouve également deux grandes charrettes complètement vides, a lesquelles il manque les roues, celles-ci sont inutilisables. Les bêtes qui tiraient les carrioles ont, quant à elles, disparues. Il est difficile de savoir si l’une d’elles était blessée, au vu du sang qui tapit la scène. Quelques vautours se sont affairés à trouver leur repas, leur bec se plantant dans la chair, s’égosillant d’avoir la panse pleine. La scène qui se dresse devant nous est la pire à laquelle j’ai pu assister, un acte ignoble et inhumain. Sans doute les actes d’êtres sans bonté d’âme et sans empathie, ayant simplement détruit des vies pour récupérer quelques biens et un peu de nourriture.

O’lbrak et toute l’équipe se divisent, afin de chercher quelques traces du passage des brigands ou encore, trouver une âme vivante parmi ces macchabées. L’un des hommes ne se sent pas très bien, de par sa Elleunesse, il n’a jamais vu jusqu’à aujourd’hui une telle ignominie. Après un haut-le-cœur, il se redresse et reprend la marche avec son partenaire, poussant du bout de l’épée certains corps ensevelis sous le sable. Elle me dirige avec Sader un peu plus loin, par-delà l’une des charrettes qui obstrue un pan de notre vision. L’étendue désertique qui se dresse devant nous est maEllestueuse, le chant du désert nous berce alors que l’odeur infecte des cadavres nous mettent mal à l’aise. Nous n’échangeons que quelques mots et observons des débris sur le sable. Le guerrier déploie le genou et récupère un morceau de bois entre ses gants, observant avec minutie le sable sur lequel il se trouve. Il commence à prendre une direction, Elle le suis à la trace sans oser lui demander ce qu’il a en tête. Elle Ellette un coup d’œil en arrière et admire les flammes des torches qui s’éloignent, laissant derrière nous O’lbrak et les autres guerriers. Une étrange sensation me submerge, comme si des yeux m’observent tandis que Elle me déplace sans pouvoir les repérer. Se retournant, Sader me dévisage et pose un doigt devant ses lèvres. Pas un mot. Il dégaine son arme et avance comme il peut, ses pas s’affaissent davantage dans la dune et tout à coup, une main sort du sable et un corps se relève tant bien que mal. Le guerrier se place devant moi et observe le corps de l’homme, le visage en sang et son autre main touchant son abdomen. Il est blessé. Elle commence à me diriger vers lui, seulement Sader m’empêche d’avancer et il déclare avec nonchalance :

— Qui êtes-vous ?

— *kof kof* Elle… suis un rescapé.

— Qui me dit que vous ne dissimulez aucune arme sous votre chemise de lin ?

L’étranger aux yeux noirs et au visage émacié le regarde avec froideur, avant de tousser et de laisser un filet de sang couler le long de ses lèvres. Il se place à genoux et décolle légèrement la main de sa blessure, montrant qu’il ne possède rien si ce n’est la douleur et la mort qui se rapproche.

— J’ai … *kof kof* besoin de soin.

Elle me précipite vers l’inconnu, bousculant légèrement Sader afin de me libérer le passage. Le corps de l’homme est endommagé, le sable s’est incrusté dans la plaie. Plaçant mes mains au-dessus de son abdomen, un halo blanchâtre illumine la zone infectée et voilà que la guérison opère. Le pauvre homme attend patiemment, Sader garde toujours son épée en main au moindre faux pas. Il n’a pas confiance. Après que la blessure eût été guérie, nous nous relevons et l’inconnu se redresse en tapotant son abdomen. Il ne crache plus de sang et il n’y a aucune cicatrice sur son corps, comme si rien n’avait eu lieu. Son regard est rempli d’admiration et il joint ses mains en prière, en s’inclinant légèrement avec pour seul mot « Merci ». Le guerrier, quant à lui, rengaine son arme et déclare avec un ton froid :

— Nous allons vous raccompagner. Quelques-uns de nos hommes sont sur le terrain, nous recherchons ceux qui vous ont attaqués.

— Elle vous suis. Elle vous dois la vie. La mort m’aurait eu au tournant sans votre aide.

— Vous avez pu fuir, vous pensez qu’ils vous cherchaient ?

— Probable. C’est pour cela que Elle me suis terré dans le sable. J’espérais éviter le même sort que mes compagnons de voyage. D’autres ont fuit mais pour la plupart …

Tout à coup, on entend le cri d’une femme un peu plus loin. Nous ne prenons pas la peine de nous regarder et courons en direction du lieu de l’attaque. Une fois revenu sur le sinistre, l’étranger s’arrête et pose une main devant sa bouche, ses genoux tombant à terre. Il reconnaît le visage de ses compagnons de route. Elle reste auprès de lui, laissant Sader rejoindre O’lbrak et les autres qui viennent de faire une découverte inopinée dans ce vaste désert. Elle réconforte l’inconnu qui se met à pleurer ses morts, joignant ses mains contre son coeur et parlant une vieille langue. Elle pose ma main sur son dos, me joignant avec lui dans sa prière. Soudain, derrière moi, j’entends un étrange sifflement.

Le corps écailleux du reptile contraste avec ses yeux orange corail dans lesquels la pupille fendue émet une lueur malsaine. La gueule du serpent est étrangement différente de ses congénères, des cicatrices sont visibles et sa chair est creusée tout en étant recouverte d’une peinture aux couleurs ocres. Le cobra s’enroule sur lui-même et toise avec oisiveté, Elletant un regard aux guerriers qui se sont dirigés vers O’lbrak, avant de détourner son faciès avec un sifflement sournois. Restant auprès de l’inconnu, Elle retire ma main et me relève pour être quasi à hauteur du cobra qui se dresse fièrement. Elletant un rapide coup d’œil en direction de Sader, celui-ci semble ne pas avoir remarqué la présence de cette bête écailleuse qui finit par se métamorphoser en un homme mince et élancé, vêtu d’une tunique noire aussi sombre que les ténèbres. Il se fond parfaitement dans l’obscurité, seul son regard méprisant me fascine. Comme s’il respirait à pleins poumons, les bras tendus, le nouvel arrivant s’introduit sous une autre forme plus humanoïde. L’individu à mes côtés l’observe silencieusement, les yeux rougis et le corps tremblant de fatigue et de chagrin. La voix de l’homme reptile est presque chantante, il fait même preuve de belles manières pour un être de sa trempe. Elle n’ai encore jamais vu ni connu le clan Al-Seken, hormis le nomade qui commence à virer au rouge. Son sang se glace et son regard est pris de panique. Prenant appui sur le sol, celui-ci se relève tant bien que mal et s’avance d’un pas vers l’homme-reptile.

— Vous … J’ai entendu parler de votre clan ! Vous portez le nom de ceux qui sèment le malheur, son visage se durcit et sa colère grandit. Qu’êtes-vous venu faire ici, vil serpent ?

Haussant un sourcil de stupeur, alors que la voix du nomade s’élève, Elle tente de calmer son ardeur véhémente, en vain. De l’autre côté, O’lbrak, Sader et les quelques soldats s’affairent à repérer quelques corps et inspectent diverses traces sanguinolentes, jusqu’à ce qu’une femme fasse son apparition. Quelques hommes lorgnent sur celle qui s’annonce, sa peau hâlée et les nombreux tatouages qui recouvrent son corps ne laissent aucun doute sur son appartenance au chamanisme. Sa dense crinière brune orne des traits fins délicats, celle-ci prend place face au grand orc et se présente sans aucune animosité. O’lbrak n’a même pas eu le temps de dire quoi que ce soit, la dénommée Valkia se met déjà à l’œuvre. La boule de feu à ses côtés émet un crépitement, la chamane prend place près d’une nomade aux portes de la mort. L’état de la victime s’aggrave, elle suffoque, pleure et gémit de douleur, alors que des mains se placent au-dessus du corps de la mourante et commencent à pratiquer une magie bienfaitrice et miraculeuse. Sader Ellette un regard dans ma direction, me voyant perturber par l’altercation entre le nomade qui ne cesse de vociférer des menaces envers l’homme-serpent et mon incapacité à gérer mon stress et ma nervosité vis-à-vis d’un être impulsif. Revenant sur ses pas, tout en maintenant une main sur le pommeau de son épée et l’autre tenant une torche, il me pousse légèrement avec son épaule et se dresse devant le nomade qui perd toute notion de contrôle des émotions. En même temps, qui peut le blâmer suite à la dure épreuve qu’il vient de subir ? Laissant une certaine distance entre lui et le nomade, le guerrier se penche vers lui et déclare calmement :

— Une des vôtres vient d’être sauvée. Elle vous conseille de la rejoindre.

Sans plus tarder, le nomade accourt, il aperçoit la Elleune femme encore allongée à même le sable. La scène est presque surréaliste, les vêtements imbibés de son propre sang, celle-ci remercie encore la chamane de l’avoir ramenée parmi les vivants. Lorsqu’elle croise le regard de son compagnon de route, une larme coule le long de sa joue et tout d’eux s’enlacent, laissant leurs émotions transparaître. Sader reprend la parole envers l’homme-reptile, sa moustache légèrement relevée et le visage revêche.

— Un Al-Seken ? Il est rare d’observer vos petites gens dans les parages, dédaigne avec un rictus le guerrier des sables. Que nous vaut « l’honneur » de votre présence ?

Elle me sens telle une enfant entre ces deux hommes, ne sachant comment aborder l’étranger qui s’est immiscé dans mon dos. Elle ne doit pas juger un livre à sa couverture, bien que Elle ressente une gêne en sa présence. Mon regard ambré croise celui de l’orange-corail, mes mains placées le long de mon corps telle une statue rigide. Sader est appelé par O’lbrak qui lui demande de venir auprès de lui, afin d’organiser la suite des opérations. Le quarantenaire nous laisse seul à seul, ce qui ne me plaît guère. Heureusement, l’arrivée de la chamane parvient à me rassurer, Elle est émerveillée par la beauté de celle qui vient de faire son apparition. Elle suis du regard la boule de feu qui virevolte tout autour d’elle, illuminant les alentours. Elle ne me serai pas attendue à voir autant de monde dans les parages. N’ayant pas énormément de connaissances sur les différents clans qui bondent Saccages-Soleil, Elle peux toutefois reconnaître une chamane lorsque j’en vois une. Les signes distinctifs sont présents et Elle n’ai aucun doute quant à l’aide qu’elle vient de fournir auprès des hommes de Dor-Numa. La voix de la chamane est presque discrète, d’autant que les circonstances sont maussades sous cette nuit étoilée et fraîche. J’émets un léger signe d’approbation envers l’arrivante, avant d’éclairer les circonstances du drame :

— Certains des nomades sont arrivés dans le village de Dor-Numa un peu plus tôt, leur corps couvert de sang et leur visage rempli d’effroi. Nous pensons qu’une attaque de bandits a eu lieu et le chef O’lbrak a décidé de partir enquêter. Ou tout du moins, si nous apercevons ces scélérats, nous leur rendrons la monnaie de leur pièce. Il y a déjà eu un cas similaire quelques lunes plus tôt. Seulement, nous n’avons aucune certitude sur les circonstances de ces attaques, dis-Elle en haussant les épaules. Mon regard se détourne de la chamane pour se diriger vers l’homme-reptile. Et vous, est-ce vrai que votre clan dispose d’un nom qui cause le mauvais œil ?

O’lbrak risque très certainement de vouloir vadrouiller avec quelques hommes, laissant les corps restant aux bêtes et aux chacals qui vivent dans le désert. Mon cœur se serre lorsque j’aperçois les cadavres inertes, leurs yeux sans orbite pour certains. On entend des hurlements d’animaux un peu plus loin, la nuit n’est jamais rassurante dans ces lieux bien que voir l’immensité étoilée au-dessus de nos têtes nous fassent rêver. En-tout-cas, elle ne me confère point de vertige. La voix du chef orc est plus forte et nous interpelle afin de les rejoindre, ce que nous fîmes après notre petite discussion. Nous entrons dans le cercle des guerriers de sable et écoutons les directives du chef. Il est en colère, il serre avec poigne sa masse et déclare avec ferveur :

— Elle veux une équipe qui s’occupe de rejoindre le village avec les blessés. Quatre hommes vous accompagneront, tout en maintenant un regard sévère envers les nomades du désert puis vers moi. Luvïel, tu vas avec eux.

— Mais… et s’il y en a d’autres ?

— J’ai dit, tu retourneras au village, dit-il avec un regard froid et sinistre.

— … Bien.

— Sader, tu accompagnes l’elfe, j’imagine ? Bon. Les autres, vous venez avec moi, nous allons continuer les recherches. Si cela ne mène à rien, nous réitérerons demain soir. Quant à vous, homme-serpent ? Valkia ? Souhaitez-vous vous joindre à nous ? Sader vous montrera la voie pour rejoindre notre village. Vous y serez en sécurité le temps que nous découvrions ce qu’il se trame.

Il n’en dit pas plus, bien que l’on ressente qu’il ne s’exprime pas totalement. Sader et trois hommes nous entourent, accompagnés des nomades qui vont pouvoir rejoindre quelques-uns de leurs compagnons de voyage. L’autre équipe se met en marche, continuant leur avancée dans le désert, torches en main. O’lbrak a encore du mal avec moi, ou tout du moins, j’ai cette sensation. Les nomades du désert son silencieux, leurs traits tirés et sans nul doute traumatisés par la scène morbide sur laquelle nous nous trouvons. Elle ne peux que compatir à leur douleur. J’attends de voir ce que l’homme-reptile et la femme chamane décident de faire.

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