Sélectionner une page

Dans la ville de Paris, nichée au cœur de la capitale française, réside une famille dont les valeurs semblent déconnectées de leur époque. Le père, autoritaire et distant envers son entourage, se plie aux conventions d’une société malade, possédant des multinationales à travers le monde. Les richesses affluent, investies principalement dans l’immobilier, tandis que ceux qui travaillent d’arrache-pied pour lui peinent à partager ne serait-ce qu’un fragment de ces gains colossaux. Ses principes ne sont que pur égoïsme, son humanité étouffée par sa suffisance et le pouvoir qu’il exerce sur les autres.

À l’intérieur de leur appartement du XVIe arrondissement, il réprimande sa femme pour la lenteur de sa comptabilité. Un juron fuse avant qu’il ne la frappe au visage, marquant son mécontentement. Leur fille, Fenn, encore bien jeune, est témoin de ce spectacle avant qu’un majordome ne referme prestement les portes et l’emmène par la main dans la salle de jeu. Fenn grandit dans une solitude pesante. Son père lui offre les meilleurs services, s’entourant d’éminents éducateurs. Pourtant, il demeure distant, à peine une caresse, à peine un « je t’aime ». Seule sa mère l’enveloppe d’affection, parsemant son visage d’innombrables baisers.

La grossesse avait été pénible pour sa mère, un choix délibéré de vivre cette expérience dans la douleur. Elle avait frôlé la mort lors d’une hémorragie interne. Aujourd’hui, elle se porte mieux, même si son mari ne lui accorde plus guère d’attention. Elle reste, résolue à offrir à sa fille la meilleure chance dans la vie. Une vie où Fenn manquera de peu, où son éducation sera confiée à des personnalités influentes, compétentes et bien introduites dans leur cercle social. Un cercle où sévissent des opportunistes, des prédateurs qui ne cherchent qu’à exploiter autrui, se gaussant de ceux qui travaillent pour eux, n’accordant qu’un maigre lopin de pain.

À l’adolescence, Fenn fait la rencontre de Meryll, une jeune fille du même âge devenue sa servante. Meryll a fui le Pakistan pour échapper aux guerres incessantes et aux souffrances infligées aux femmes. Sa mère n’a pas survécu lors de leur fuite, leur groupe ayant été attaqué par les talibans. Cependant, deux femmes l’ont emmenée avec elles, au-delà des frontières pakistanaises. Leur rêve s’est réalisé lorsqu’elles ont atteint la France, à Paris. Aujourd’hui, Meryll trouve refuge au sein de la famille Bellecombe. Une connaissance du père de Fenn l’a recueillie, bien qu’il n’ait en tête qu’une utilisation lucrative. Les deux jeunes filles se partagent tout et apprennent même la langue des signes auprès d’un spécialiste. Au fur et à mesure des mois qui passent, leur compréhension mutuelle s’affine.

_____________________

À l’aube de ses dix-huit ans, alors que son enseignement particulier touchait à sa fin pour laisser place à une entrée prochaine dans les écoles les plus prestigieuses, Fenn découvrit la terreur de la socialisation et du monde qui l’entourait. Dans sa tour d’argent, entourée de majordomes, de servantes comme Meryll et d’une éducation noble et rigoureuse, le père de Fenn la convoque en privé. Une surprise l’attendait lorsqu’elle fut invitée à le rejoindre dans son bureau. Un homme corpulent, au teint livide et au visage empourpré, lui adressa un sourire carnassier. Il était paré de bijoux coûteux, bagues ornant ses doigts et collier scintillant. Cet ami de son père, ou du moins, cette relation toxique qui s’insinuent dans leur vie depuis des années, l’avait toujours observée, scrutant ses moindres faits et gestes. Peinant à dissimuler son malaise, la jeune femme esquissa un maigre sourire avant de prendre place sur le siège qui lui était destiné. Son père fit le tour du bureau, tapa l’épaule de son ami, puis capta le regard de sa fille. Brusquement, il lui annonce qu’elle devrait épouser cet homme, pour le bien de la famille et du pouvoir que cela leur conférerait. « Tout cela n’est que pure folie », répliqua-t-elle. Qui consentirait à marier sa fille à ce porc, dans un monde où l’individu peut choisir son compagnon ? Mais pour son père, cela n’était que futilité, car la hiérarchie à laquelle ils appartenaient était bien différente de celle du vulgaire peuple. Fenn tint bon et rejeta ce choix qui lui était imposé. Son père s’approcha, mais c’est son ami qui lui agrippa la manche de sa veste, un sourire diabolique aux lèvres. « Laisse-lui le temps », chuchota-t-il à son oreille.

Après cette entrevue, la jeune femme se dirigea vers sa chambre, préparant un sac de voyage. Meryll la regarda, incrédule, tandis que la jeune femme lui exposait le futur que son père lui réservait. Un avenir où depuis sa plus tendre enfance, elle n’avait jamais eu d’autre choix que de subir le joug de son père et les tourments de sa mère. Une mère qui était restée aux côtés d’un homme froid, agressif et distant. Fenn était à bout et décida avec son amie de fuir ce lieu qu’elle n’avait jamais supporté. Cette tour d’ivoire l’avait rendue invisible au monde, l’emprisonnant entre ces murs massifs.

La même soirée, les deux jeunes femmes élaborèrent un plan pour récupérer les clés du bureau de son père, transgresser les règles et s’éclipser en silence. Réussissant leur coup, elles se mirent en route pour quitter la capitale et explorer le monde avec un regard neuf. En visitant d’autres quartiers, bien éloignés du XVIe, Fenn découvrit la vie des plus démunis. Les graffitis sur les murs, l’atmosphère glaciale, les lieux insalubres et bien d’autres aspects qu’elle n’avait jamais connus la révulsèrent. Les deux femmes entreprirent ainsi de découvrir un univers inédit, bien que l’année 4XXX leur offre des technologies de pointe et une ère de monnaie numérique, rien ne les protégeait de la folie des hommes. Elles furent attaquées par trois marginaux, mais Meryll les remit à leur place pour protéger celle avec qui elle entretient une relation fusionnelle. S’enfuyant à travers les ruelles, elles trouvèrent refuge dans un hôtel où elles purent reprendre leur souffle.

Le lendemain, Fenn réalisa qu’elle ne pouvait plus utiliser son porte-monnaie numérique, son père lui ayant certainement coupé l’accès à son compte bancaire. Heureusement, Meryll put utiliser le sien et elles survécurent ainsi quelque temps. Bien que l’amie travaillait pour la famille Bellecombe, son père ne la payait qu’avec un salaire modeste tout au long de son séjour. Heureusement, ne manquant de rien, elle avait pu économiser, vivant sous leur toit pour subvenir aux besoins de son amie. Elles apprendront qu’elles sont recherchées et l’espèce de baron porcelet est prêt à payer une somme considérable pour récupérer sa “femme”. Fenn peste gravement tandis que Meryll l’enlace pour la calmer, comme si elle lui disait “Tout ira bien”.

Des jours de cavales s’ensuivent, elle réussiront à partir de la capitale pour se réfugier dans le nord près de Lille. Là-bas, elles découvriront une ville magnifique où les couleurs sont vives, bien plus qu’à Paris. Elles essaieront de se trouver un petit travail tout en dormant dans des hôtels pas chers. Fenn découvre les joies des murs simples, où l’on entend absolument tout autour d’eux. Elles finiront par se trouver un travail et économiser de l’argent. Vivant là-bas un temps, changeant de coiffure et s’habillant différemment, les deux femmes vivront comme les pauvres qui travaillent d’arrache-pied pour survivre. Malheureusement pour elle, le monde est petit et des hommes travaillant pour l’une des firmes de son père l’avertissent. Quelques heures plus tard, celles-ci sont rapatriées dans la tour d’ivoire où son père et le baron porcelet l’attendent.

Forcée à épouser le baron porcelet, Fenn devient une femme battue et prisonnière d’une nouvelle tour d’ivoire. Meryll l’accompagne dans cette épreuve, étant le pilier silencieux qui permet à son amie de tenir bon. Plus tard, Meryll découvre l’existence d’une organisation. En communiquant en langue des signes, elle lui explique qu’elle doit s’absenter un moment pour chercher les précieuses clés. Fenn, n’ayant aucun contrôle sur son compte bancaire car son époux, le baron porcelet, en a la mainmise, laisse sa servante et fidèle amie partir en quête. Trouvant une explication plausible pour justifier l’absence de Meryll, le baron porcelet ricane et lui dit « Bon débarras ».

Les mois passent, et les larmes de Fenn continuent de couler. Elle refuse de manger et peine à se lever. Une nuit tardive, alors que le baron porcelet ronfle à ses côtés, elle entend du bruit et se dirige vers le salon. Une silhouette sombre et familière lui tend les bras : Meryll est de retour. Fenn se précipite pour la prendre dans ses bras, et son amie lui tend une clé en or. « En as-tu une aussi ? », demande-t-elle. Son amie acquiesce. Le temps presse, le baron porcelet risque de se réveiller. La dame des lieux saisit un couteau dans la cuisine, tranche la paume de sa main et laisse le sang s’écouler sur le bijou incrusté dans la clé. Il n’y a plus qu’à attendre.

Alors que Meryll allait s’emparer du couteau, le baron porcelet se réveille et accourt vers la servante, la bousculant et récupérant la clé qu’elle avait entre les mains. Le baron regarde sa femme, le regard mauvais, et tente de la frapper avec une force inouïe. Cependant, Meryll se relève et s’empare d’un objet lourd avec lequel elle frappe le crâne du porcelet. Tombant dans les pommes, la servante récupère sa clé, et toutes deux s’échappent de cet empire macabre. Descendant les escaliers au lieu de prendre l’ascenseur high-tech, nos deux camarades courent aussi loin que possible de cette abomination et de ce lieu maudit.

Après une longue cavale, elles se retrouvent dans les ruelles des quartiers huppés. Se plaçant dans un coin reculé, la servante entaille sa peau avec un objet contondant, place sa clé sous son sang et laisse le liquide vermeil couler sur leur solution de miséricorde. Elles attendent patiemment dans ce coin jusqu’à ce que deux agents interviennent pour les récupérer. Ainsi commence leur nouvelle aventure, dans l’espoir de se venger du baron porcelet. Fenn, dans un accès de colère, retire sa bague et la jette aussi loin que possible. Dans ce monde, elle n’existera plus et sera enfin libre. Meryll lui tient la main et pleure avec elle, tandis que toutes deux fuient la Terre pour vivre dans un monde idyllique. Leur ADN modifié, les deux jeunes femmes espèrent se retrouver de l’autre côté.

_______________________________________

error: Content is protected !!