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L’enfance de Bernard. 

Sa mère est une actrice, son père est un producteur, il est fils unique. Le métier des deux parents coïncide, ici on parle de métier dans la pornographie. Seulement, ça, Bernard l’aura appris bien tard. On lui cachait bien des vérités à Bernard. Il a vécut une enfance entourée de personnalités fringantes et vivaces alors que lui n’était qu’un gamin ordinaire avec un corps pas forcément attirant. Un enfant au regard vide avec ses lunettes grossissantes, un gamin dépourvu d’attention et n’aimant qu’écouter aux portes. Ce qu’il adorait faire, c’était écouter les ragots et écrire sur un carnet tout ce qu’il entendait. Le genre de gamin qui subit comme un bleu jusqu’à ce qu’il sorte les armes. Alors qu’il se faisait martyriser dans les toilettes ou dans la cour de récré par les petites racailles fortunées, qu’on pensait intouchables, Bernard s’est dit qu’il était temps de briser le glas. Il échangeait des objets de valeurs contre des renseignements à d’autres enfants, ne donnant jamais son vrai nom ou prénom. Il faut dire qu’il était malin le Bernard, cachant son jeu de petite victime abusée pour devenir la pire des pourritures. Alors qu’il écrivait un article à l’école sur un sujet houleux venant des familles des trois p’tits cons qui le harcelaient, il réussit à partager par mail à toute l’école des preuves compromettantes contre les parents des gamins. Histoire de tromperie entre tel et tel parent, soudoiement envers tel professeur et de passage sous le bureau. Il ne vit plus jamais ces enfoirés. En même temps, il venait d’être la pire des crapules à balancer à tout le monde une information compromettante. Il était doué à ce jeu là, connaître et chercher les petites bêtes qui en font frémir plus d’un. Bernard est un enfant que personne ne regarde et pourtant, il est toujours là. Il épie. Il traque. Il écoute.

Durant son adolescence, Bernard a toujours été le mec oublié. On ne faisait plus attention à lui, ou presque. Parfois, il se demande ce qu’il fout ici, à vivre parmi tous ces clampins qui râlent pour de simples frivolités. Certains sont intéressants lorsqu’ils évoquent les différents business et les investissements de leurs parents. Bernard ne s’invente pas une vie, il écrit celle des autres et la met à jour au public sur un petit site qu’il s’est créé. Une sorte de journal miséreux avec une base de code bancale et des publicités qui dénaturent son travail. Néanmoins, tout est là. Les débuts d’investigateur d’un gamin prépubère vivant en recul de la société. Bernard est un marginal, un type qui n’aime pas les codes sociaux. Néanmoins, ce qui était pratique c’était qu’il demandait peu de choses à ses parents hormis quelques affaires de bureaucratie. Faut dire qu’il est studieux et volontaire, un gamin restant dans son coin et reclus dans sa chambre avec pour seul passion, l’écriture. La seule chose qu’il demanda qui fit soulever un sourcil à ses parents fut une caméra connectée. Un modèle rétro et peu efficace comparé à ce qu’il possède aujourd’hui. Cependant, à l’époque, sa caméra connectée lui permettait de voir au-delà de son simple champ de vision. Le périmètre de vol étant large, de quelques miles, Bernard pouvait se permettre de photographier et enregistrer sur une base de données, interconnecté à son pc, des vidéos et images en temps réel. Quel plaisir pour les yeux. A l’époque, le son n’était pas aussi pro (a rappeler qu’il s’agissait d’un vieux modèle). Ses parents ne se foulaient pas pour lui. Faut avouer qu’il était malin, ce sale rat, à fouiner partout.

Il a longtemps songé à travailler pour la COPS, afin d’être un détective. Il lisait pas mal de bande dessinées à ce sujet. Il a mis de côté un temps l’écriture pour se mettre à élucider des enquêtes fictives, se prenant pour un Sherlock Holmes des temps modernes. Bernard se rendit bien compte que quelque chose lui manquait. Il n’était pas bête, même au contraire ! Son esprit logique et sa perspicacité, sa patience et sa détermination pouvaient faire de lui un homme grand dans ce genre d’affaires. Malheureusement, ce n’est pas un type charismatique et il aime être dans l’ombre, discret. En reprenant ses vieux effets personnels, Bernard sut que l’écriture était toute sa vie. Que la Vérité des faits et gestes de certains pouvaient les détrôner de leur chaise en or, voire les détruire. Les mots ont un réel impact. Du coup, Bernard s’est tu pour devenir « The Rat ».

Bernard est un type qui adore la technologie et aime les avancées techniques. Seulement, il sait à quel prix tout cela est dû. Une surveillance constante de la population, comme par exemple ces lunettes connectées. Le monde d’avant, décrit dans les livres numériques, n’existe plus. Une existence où même les publicités virtuelles n’étaient pas encore présentes, impossible de l’imaginer ! A l’heure actuelle, on nous implante une puce de naissance pour nos identités. Nous ne sommes même plus un simple numéro.

Cela lui est arrivé de partir avec sa petite caméra portative du côté des Strates, un des quartiers de la basse sphère. Il faut dire que l’ambiance est clairement moins chaleureuse que chez les Olympians et pourtant, la vie semble tellement plus prenante et jouissive. Ici, il ne faut pas se laisser déborder par l’accalmie d’une rue avant d’emprunter la seconde. Chaque recoin est différent et cela peut vite devenir un véritable raz de marée humain. Des gens de tout horizons, on y trouve des humains comme des cybernétiques, Bernard s’est même vu proposer des drogues complètement hallucinantes au détour d’une petite avenue. Cette société est dépravée et dépourvue de bon sens. La plupart des gens semblent vides, fades quand ils foulent un pas dans l’Underground et ont besoin de s’extirper dans des univers virtuels comme Virtuality. Il faut avouer qu’avoir une seconde vie apporte quelque chose d’attractif et d’addictif.

Quelques années plus tard, Bernard se retrouve à travailler chez Connect Inc, aux côtés de Marcia Vega qui en a pris la tête. En tant qu’enquêteur, il aura pu déceler la véracité des rumeurs quant à l’ancien CEO, avec les talents de Marcia. La cybercriminalité a eu raison de lui.

SITUATION ACTUELLE

Seul, sans femme ni enfant, Bernard est un gars qui n’aime pas vivre dans le luxe ni même dans les grandes chambres. Il est plutôt à aimer les endroits sombres et clos où il écrit sur son petit ordinateur les prochains titres pour la chaîne NBN. Journaliste de jour comme de nuit, Bernard est avant tout un investigateur. Il aime chercher des infos croustillantes à se mettre sous la dent et préfère avoir des images poignantes pour ses fameux titres. Toujours aux aguets pour avoir la source qui permettra de faire la une de tous les journaux. Ce n’est pas l’argent qui intéresse cet homme, plutôt la véritable information, celle qui fait grincer des dents.

Rumeurs et surnoms

The Rat est un pseudonyme que l’on peut lire sur des posts journalistiques ou bien encore sur Mind. Il faut avouer qu’on ne connaît pas le visage de la personne qui l’utilise. Cette image de rat ressort partout, on peut songer qu’il est complètement aliéné par la civilisation actuelle. Ses publications sont crues et véhémentes face à ces informations délayées. Les réactionnaires émettant leur jugement et ajoutant des petits smileys à ces notes lui ajoutent une certaine notoriété. Il est considéré comme l’un des piliers des véritables informations journalistiques numériques fondées. Personne n’arrive à comprendre qui il est et où il vit. Des familles auraient acheté des types louches afin de pirater son compte et d’avoir accès à son domicile. Seulement, The Rat est préparé et sait comment se tenir. La vérité fait mal ! La vérité blesse ! Gloire à l’information véritable !

23h42.

South Side. 

Encore une nuit où le sommeil ne vient pas. Cela fait trois jours que Bernard tente de trouver des idées pour son prochain article. Ce qui agace le rat, c’est de ne rien avoir à se mettre sous la dent. Il se ronge les ongles devant la page blanche de l’ordinateur. Il écrit une phrase, efface, en écrit une nouvelle et l’efface encore. Trois jours que Bernard est allé s’expatrier dans le South Side, après quelques rumeurs concernant le dôme. Cela aurait pu être une sacré affaire si le périmètre n’était pas bouclé par tous ces cops. Malheureusement, Bernard n’a pas pu avancer d’un pas sans qu’on lui mette des barrières. Faut dire que la flicaille n’aime pas trop les journalistes, surtout ce genre d’individu avec un regard vitreux et sa caméra. Le genre de type qui donne la nausée rien qu’en regardant son allure et ce crâne reflétant les lumières de la ruelle. La filature était compliquée dans cette zone, même le Rat ne pensait pas être tombé sur un si gros os. 

Calfeutré chez lui dans cette pièce délabrée, son cul posé sur le fauteuil en similicuir brun, les yeux rivés sur son logiciel d’écriture, Bernard se dit que cela ne rime à rien. Il n’abandonne pas, il attend encore un peu avant de se vêtir de son manteau noir et d’enfiler une cravate. Alors qu’il jette un coup d’œil dans un miroir fissuré, il analyse sa gestuelle ainsi que son crâne chauve, son regard désemparé avec ces quelques rides apparentes. Un type qui n’intéresse personne et qui se faufile dans les rues de l’Underground. Alors qu’il plaçait ses lunettes correctement pour la énième fois, il reçoit un appel d’une connaissance du nom de Pal. Pal, c’est une des seules femmes qui osent l’appeler pour lui demander si il va bien. Pal, c’est le genre de femme qui écoute attentivement les râgots dans les bars. En tant que barman, il faut avouer qu’elle sait y faire à verser de l’alcool dans les verres et à questionner les plus saoulent. Ainsi, Pal fait parvenir aux oreilles de Bernard une info plutôt inattendue et surprenante. 

— Allô, Bernard ? Ouais, salut mon grand, c’est Pal’. Écoute, je ne sais pas si t’es sur quelque chose en ce moment. J’ai sûrement une brindille qui pourrait t’intéresser. 

— Pal, ravie de t’avoir. J’arrive dans une trentaine de minutes.

— Parfait. A plus tard.

Bernard prend sa sacoche et sa caméra afin de partir en vadrouille du côté du “Pull & Bar”. Ses tourments finissent par se tasser dans un coin de la tête alors qu’il prend la direction d’un téléphérique urbain, il reçoit un SMS de Pal avec une émote de rat. Le signe d’un renseignement sûr pour la personne prête à prendre des risques pour un titre hors du commun. Il est minuit passé, la rue est un peu moins bondée qu’en plein jour dans ce quartier, encore faut-il que le jour se voit parmi tous ces buildings et ces publicités qui vous bourrent le crâne. Un gamin écoute une musique trop jeune pour les vieilles oreilles de Bernard, un mélange de synthé dégueulasse avec des paroles grotesques, toujours plus vulgaires. Bernard, c’est le type qui aimait l’ancienne génération musicale, avec un rythme plutôt doux et des paroles enivrantes tandis qu’aujourd’hui, tout lui paraît creux. Chaque personne dans ce téléphérique est vêtue avec un style différent, tous avec leurs lunettes connectées ou encore à jouer sur des téléphones avec une vitre holographique. Bernard se rend compte qu’il n’est pas né à la bonne époque et aurait préféré suivre le mouvement des années d’avant plutôt que de subir celle actuelle. 

Le temps passe et notre investigateur se retrouve à fouiner non loin du Pull & Bar. Là, assise sur un banc, une clope au bec, Pal lui jette un regard joueur. Sa longue crinière noire et son regard bleu toise Bernard, elle remplit ses poumons de fumée une dernière fois avant d’écraser son mégot avec ses doigts crasseux. Pal’ l’invite à s’asseoir à ses côtés, tapotant le banc. Il y a beaucoup de monde juste derrière le mur, le bar est bondé. On entend des verres s’entrechoquer, une ambiance festive avec des rires et des éclats de voix croassant des blagues vaseuses. Bernard n’aimait pas cet endroit, trop de monde. Faut dire qu’il n’aime pas les lieux où le monde est présent, la foule a toujours eu un impact négatif sur sa santé mentale. Elle lui murmure des petits mots doux à l’oreille :

— J’ai quelque chose qui va te faire vibrer. A 1h du matin, près du dôme côté Ouest, non loin du Pulse & co, il y a une étrange cargaison. Va voir ça de plus près, seulement je te préviens. Te fais pas choper.

— Merci. 

Le “Pulse & co” est un magasin de pièces détachées pour Androïde. Il faut savoir qu’il existe encore des vieux modèles et que tout le monde n’a pas encore pu s’offrir les services d’androïdes plus performants. Certains ne peuvent pas choisir d’avoir leur propre vie, certains existent pour servir l’être humain, ou du moins ce qu’il en reste. D’autres ont parfois besoin d’une réparation et le “Pulse & co” a une très bonne réputation. L’investigation allait commencer. Pal’ aurait sans doute donné plus d’indications si elle avait pu, seulement, il arrive qu’à trop creuser on y perde la vie. Et connaissant la dame, la source dont elle a parlé ne peut être qu’incroyable. Bernard n’a jamais été déçu d’elle. 

Arrivant non loin du “Pulse & co”, les ruelles sont bien vides voire inertes. Les publicités flottantes virtuelles sont à moitié parasitées, la lumière qui émane de ces encarts publicitaires ne suffit pas à tout éclairer. Bernard se cache au détour d’un coin, sortant de son sac une petite caméra. Il utilise sa caméra connectée qui s’envole dans les airs et se sert d’un de ses verres de contacts comme écran visuel. Un œil qui voit dans les airs, un œil qui voit sur la terre ferme. Bernard enquête, cherchant un moindre bruit, un moindre mouvement suspect jusqu’à ce qu’au bout de quelques instants, un type ramène un camion avec marqué “Pulse & co” dessus. Étrange. Que fait un véhicule de l’entreprise à cette heure aussi tardive ? Quelques clichés, netteté ajoutée ainsi qu’un focus sur la plaque et le logo. Des hommes sortent du camion par l’arrière, l’un d’eux possède une arme et s’apprête à faire un tour de la zone. Bernard comprend ce qu’il se passe et se déplace doucement jusqu’au fond du couloir où il se trouvait, restant dans une zone sombre. Il aperçoit l’homme utiliser une lampe munie d’une arme, le journaliste retient son souffle. Après tout, le gars ne fait que passer et la caméra est bien trop haute et éloignée pour qu’il puisse entendre un bruit suspect. 

Retournant sur ses pas, l’homme retourne près du camion et ordonne de sortir la cargaison. De là, un bruit sourd avec quelques cris, des jeunes femmes ainsi que des petites filles sortent du véhicule. Bernard a envie de rapprocher un peu plus sa caméra et utilise un focus. Les yeux des victimes sont cachés par des bandeaux. Bernard se demande pourquoi les cops n’ont envoyé aucune patrouille dans ce coin. Il faut dire qu’ils sont surchargés avec le problème du dôme. Bernard prend contact avec une certaine Isis, la coordinatrice des journalistes NBN et lui envoie les images de ce qui se trame sous son nez. Seulement, ce n’est pas tout. Notre journaliste n’est pas un détective ni même un simple flic, il ne possède aucune arme. Seulement, sa caméra détecte un visage reconnaissable entre ces jeunes femmes. Il s’agit d’un type qui fait belle figure sur les écrans avec son charisme hallucinant et ses cheveux grisonnants. Bernard prend le parti de rapprocher sa caméra, il tente un focus ainsi qu’un cliché sans avoir pu améliorer la netteté. Un des gars repère la caméra et commence à tirer. Bernard se met à sursauter, il contrôle la caméra, de sorte à ce qu’elle s’échappe ou puisse transférer les images à Isis. Notre journaliste ne peut pas rester là, il doit fuir. En attendant, les cris des jeunes femmes ainsi que le bruissement sec des roues du camion réveille une partie de la ville qui dort. Bernard ne regarde pas en arrière, il tente de sauver sa peau. 

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