{"id":499,"date":"2025-12-25T20:58:10","date_gmt":"2025-12-25T19:58:10","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire.luviel.fr\/?p=499"},"modified":"2025-12-25T22:56:17","modified_gmt":"2025-12-25T21:56:17","slug":"quietus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire.luviel.fr\/?p=499","title":{"rendered":"Quietus"},"content":{"rendered":"\n[et_pb_section][et_pb_row][et_pb_column type=\u00a0\u00bb4_4&Prime;][et_pb_text]<!-- divi:paragraph -->\n<p>Fragment issu d\u2019une \u00e9criture partag\u00e9e, conserv\u00e9 ici pour ce qu\u2019il dit de Luv\u00efel, et non pour ce qu\u2019il fut ailleurs.<br><br>D\u00e9but F\u00e9vrier an 4<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:image -->\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i.pinimg.com\/564x\/db\/da\/90\/dbda902677cf0e509bb5589c8e497c7a.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n<!-- \/divi:image -->\n\n<!-- divi:embed {\"url\":\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/Z2MqThIzAss\",\"type\":\"rich\",\"providerNameSlug\":\"prise-en-charge-des-contenus-embarqu-s\",\"responsive\":true,\"className\":\"wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio\"} -->\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-rich is-provider-prise-en-charge-des-contenus-embarqu-s wp-block-embed-prise-en-charge-des-contenus-embarqu-s wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Debris and Bugs\" width=\"1080\" height=\"810\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/Z2MqThIzAss?feature=oembed\"  allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n<!-- \/divi:embed -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Le Reike. Un empire aux multiples facettes, nimb\u00e9 de paysages color\u00e9s ou d\u00e9sertiques, aux peuples h\u00e9t\u00e9roclites, \u00e0 la culture singuli\u00e8re et aux villages aust\u00e8res. Je n&rsquo;aurai jamais cru d\u00e9couvrir par moi-m\u00eame toutes ces nouvelles contr\u00e9es, ces rencontres qui m&rsquo;ont impact\u00e9e et sans oublier les abominations que j&rsquo;ai du affronter. L\u00e0 encore, je me rends compte que Shoume\u00ef n&rsquo;est pas une exception, qu&rsquo;il existe de nombreux monstres tapis dans le sable ou derri\u00e8re un plateau ardent, qu&rsquo;il y a des entit\u00e9s \u00e9tranges parcourant les terres du Nord ou encore des hommes et des femmes vouant un culte envers le soleil et la lune. Depuis un long moment, je n&rsquo;ai plus rev\u00eat mes ailes, de peur des repr\u00e9sailles des Hommes comme au temps jadis, lors de la Grande Guerre. Les anges sont mal vus, d&rsquo;autant plus lorsqu&rsquo;ils sont croyants envers les titans. Je me cache sous une houppelande blanche, calfeutrant mon visage sous cette capuche pour ne pas \u00eatre reconnaissable. Ce monde, veut-il de moi, de ma lumi\u00e8re ? Je suis un peu perdue au milieu de ce d\u00e9sert, Fay autour de mon cou sous la capuche, pour \u00e9chapper au soleil de plomb qui se dresse dans un ciel bleut\u00e9 et sans nuages. Je me sens las et fatigu\u00e9e. Depuis combien de temps, j&rsquo;erre par-del\u00e0 les fronti\u00e8res reikoises ? Vais-je pouvoir rentrer chez moi alors que je me perds dans cet environnement hostile ? Je me sens si seule. Une l\u00e9g\u00e8re brise fait claquer mes habits, je marche sur un sentier de terre et de sable, longeant les lieux de passage des marchands itin\u00e9rants. Depuis mon d\u00e9part de Kyouji, je navigue sur le son tumultueux du vent, pied \u00e0 terre sur le sable br\u00fblant, les yeux riv\u00e9s vers l&rsquo;horizon. Lors de notre passage, nous avons fait la rencontre d&rsquo;un petit homme trapu et au visage jovial sur le chemin, accompagn\u00e9 de son \u00e2ne et d&rsquo;une charrette contenant divers objets, tonneaux et tapis. Il s&rsquo;arr\u00eata \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s avant de d\u00e9clarer :<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>\u2014 Bonjour \u00e9trang\u00e8re, puis-je vous aider ? L&rsquo;homme au corps vo\u00fbt\u00e9 et aux yeux de couleurs cendr\u00e9s tient les r\u00eanes en main. Sur sa t\u00eate, est dress\u00e9e une coiffe de paille pour \u00e9viter les rayons du soleil sur sa peau blanche. V\u00eatu de v\u00eatements l\u00e9gers, un petit coutelas \u00e0 son ceinturon, une aura bienveillante se d\u00e9gage de sa personne. Chose rare depuis que je suis partie de C\u00e9lestia, la plupart des mortels me paraissent si tristes, si vides, si apeur\u00e9s. Ce petit bout d&rsquo;homme m&rsquo;\u00e9claire d&rsquo;un sourire chaleureux.<br>\u2014&nbsp;Bonjour. Actuellement, je voyage \u00e0 travers le pays, sans r\u00e9ellement trouver ce que je recherche,&nbsp;dis-je d&rsquo;un ton triste.<br>\u2014 Que cherchez-vous, gente dame ? Venez vous prot\u00e9ger du soleil dans ma charrette, vous semblez \u00e9puis\u00e9e.<br>Je r\u00e9fl\u00e9chis un instant, qu&rsquo;ai-je \u00e0 perdre, de toute fa\u00e7on ? Je balaie le tissu du chariot b\u00e2ch\u00e9 en passant par l&rsquo;arri\u00e8re et m&rsquo;installe pr\u00e8s des tonneaux. Je retire ma capuche, le f\u00e9lin au poil noir\u00e2tre se pose sur le couvercle d&rsquo;un tonnelet et s&rsquo;\u00e9tire de tout son long. Le nain reprend son trajet, claquant les r\u00eanes et nous voil\u00e0 de nouveau en route. Je souffle un instant et regarde le haut de la b\u00e2che.<br>\u2014 Vous avez des ennuis ? Demande-t-il.<br>\u2014&nbsp;Non. Pas vraiment.<br>\u2014 Ce ne sont peut-\u00eatre pas mes affaires, mais, \u00e0 vous voir lorsque je me suis arr\u00eat\u00e9, j&rsquo;ai vu votre regard si triste.<br>Un soupir.<br>\u2014&nbsp;Je crois que je me suis perdue.<br>\u2014 Ah ! Vous \u00eates tomb\u00e9 sur la bonne personne ! Sachez que je pars en direction de Taisen, dans un village pour les approvisionner en denr\u00e9es de toute sorte !<br>\u2014&nbsp;Oh ! Et bien si vous me le permettez, je serai ravie de vous accompagner. Ce sera tr\u00e8s certainement une bonne opportunit\u00e9 d&rsquo;en d\u00e9couvrir bien plus sur le Reike.<br>\u2014 Ah oui ? Et bien, avec plaisir.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Le cheminement jusqu&rsquo;\u00e0 un petit village autochtone va \u00eatre long, je n&rsquo;ai pas d&rsquo;argent pour pouvoir aider le nain. En contrepartie, je lui explique que, quoi qu&rsquo;il advienne, je saurai nous prot\u00e9ger. Il me rit au nez jusqu&rsquo;\u00e0 ce que je lui fasse un exemple de mon pouvoir de lumi\u00e8re. Celui-ci, bouche b\u00e9e, se tut et hoche la t\u00eate en signe d&rsquo;approbation. D&rsquo;une voix l\u00e9g\u00e8rement angoiss\u00e9e, il d\u00e9clare \u00eatre bien heureux d&rsquo;avoir crois\u00e9 ma route. D&rsquo;ailleurs, celui-ci n&rsquo;a pas d&rsquo;escorte, ce que je trouve assez \u00e9trange et lui fais remarquer. Faisant une moue renfrogn\u00e9e, le nain d\u00e9clare avoir perdu une grande partie de sa cargaison il y a quelques semaines pass\u00e9es, manquant cruellement de provisions et autres objets \u00e0 vendre puisqu&rsquo;il fut attaqu\u00e9 par les mercenaires qu&rsquo;il avait commandit\u00e9. Ces sc\u00e9l\u00e9rats n&rsquo;ont pas eu la moindre piti\u00e9, lui volant ses deux chevaux et sa grande carriole. Il ne lui reste plus qu&rsquo;un \u00e2ne et ce chariot de bois. Je per\u00e7ois une certaine tristesse, le pauvre homme est cantonn\u00e9 \u00e0 survivre avec le peu de marchandises qu&rsquo;il lui reste. Le monde est impitoyable, cruel et vorace. Les gens bons finissent par subir t\u00f4t ou tard, pourtant, je d\u00e9c\u00e8le chez ce marchand une grande d\u00e9termination.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Nous nous posons pr\u00e8s de la route principale de nuit, installant un feu de camp et mangeons une esp\u00e8ce de soupe \u00e0 base de pommes de terre avec quelques plantes et \u00e9pices. Le froid nous assaille, je ne m&rsquo;y ferai jamais au changement de temp\u00e9rature. Shoume\u00ef me manque. Le nain me tend un bol, nous avons \u00e9chang\u00e9 des r\u00e9cits de vie, nos noms, des anecdotes funestes ou amusantes. Je fais de plus en plus confiance \u00e0 cet \u00e9tranger reikois qui me fixe de son regard taquin, prenant plaisir \u00e0 se vautrer de blagues grivoises. Il me tend une gourde contenant un liquide \u00e0 l&rsquo;odeur \u00e2cre. Alors que j&rsquo;allais poser mes l\u00e8vres sur le r\u00e9cipient, nous entendons un grondement sonore. Une explosion vint \u00e9clater la charrette, balan\u00e7ant \u00e0 plusieurs miles l&rsquo;\u00e2ne qui fit un vol plan\u00e9 dans les airs, avant de s&rsquo;\u00e9craser de tout son long contre le sol dans un bruit d&rsquo;os bris\u00e9s et d&rsquo;organes \u00e9clat\u00e9s. Une b\u00eate \u00e9norme, envelopp\u00e9e de pics et de roches sort de terre, une queue formant une esp\u00e8ce de gros marteau, marqu\u00e9e par une esp\u00e8ce de rune, sa gueule b\u00e9ante et sa musculature d\u00e9montrent la puissance du monstre des sables. Se tournant vers nous, je commence \u00e0 prot\u00e9ger le nain en pla\u00e7ant une barri\u00e8re protectrice autour de lui, Fay s&rsquo;y r\u00e9fugie \u00e9galement. J&rsquo;ai \u00e0 peine le temps de terminer mon sort que la cr\u00e9ature se cambre, hurle. Un r\u00e2le qui r\u00e9sonne dans l&rsquo;atmosph\u00e8re, celle-ci balaie des cactus avec sa queue avant de foncer dans ma direction. Je m&rsquo;entoure d&rsquo;\u00e9p\u00e9es de lumi\u00e8re qui virevoltent autour de moi et tente d&rsquo;esquiver le g\u00e9ant des roches. Le hurlement de la b\u00eate fait rage, tandis que je me confronte \u00e0 lui. Seulement, j&rsquo;aper\u00e7ois le nain du coin de l&rsquo;\u0153il se pr\u00e9cipiter vers l&rsquo;\u00e2ne d\u00e9c\u00e9d\u00e9, s&rsquo;agenouillant vers son petit destrier. Toute sa cargaison lui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9rob\u00e9e et son seul et dernier alli\u00e9 vient de lui \u00eatre retir\u00e9. Le nain, furieux, prend son couteau et se dirige vers l&rsquo;entit\u00e9. Les lames de lumi\u00e8re tranchent la carapace de roches de la b\u00eate, il semble ne pas prendre en compte l&rsquo;attaque et montre ses crocs. Celui-ci veut me mordre, mais les \u00e9p\u00e9es l&#8217;emp\u00eachent de s&rsquo;approcher.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Le nain s&rsquo;\u00e9lance vers le dos de la bestiole, je le vois avec des yeux \u00e9bahis en lui criant \u00ab\u00a0Ne faites pas \u00e7a !\u00a0\u00bb. Seulement, le coup de queue fut brutal. Le nain re\u00e7oit le marteau dans le cr\u00e2ne qui explose avec violence, le sang se r\u00e9pand sur la sc\u00e8ne, sur la b\u00eate et sur moi-m\u00eame. Le marchand n&rsquo;est plus. Son corps chaud tombe lourdement et je n&rsquo;ai pas le temps de faire quoi que ce soit. La cr\u00e9ature des sables s&#8217;empare avec sa m\u00e2choire d&rsquo;une des \u00e9p\u00e9es avec sa gueule et la fait virevolter, la lumi\u00e8re lui br\u00fble les incisives. La douleur le fait hurler, il recule d&rsquo;un pas, je profite alors de cr\u00e9er un faisceau de lumi\u00e8re sur l&rsquo;abomination qui finit grill\u00e9. Sa carapace fond, sa gueule b\u00e9ante dispara\u00eet dans un amas de poussi\u00e8re. Mon corps se sent affaibli, je suis ext\u00e9nu\u00e9e et je manque de rester debout. Fay se pr\u00e9cipite vers moi, cherchant \u00e0 voir si tout va bien. Non. Rien ne va. Je m&rsquo;approche du cadavre, il n&rsquo;y a clairement plus de visage. J&rsquo;eus un haut-le-c\u0153ur et me rends compte que, quoi que je fasse, quoi que j&rsquo;essaie, je perds toujours quelqu&rsquo;un, ou alors ils s&rsquo;\u00e9loignent tous. Je serre les poings, mes v\u00eatements t\u00e2ch\u00e9s de sang de la t\u00eate aux pieds et continue sur le chemin principal menant \u00e0 Taisen.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Quelque chose en moi se brise.<br><br>https:\/\/www.youtube.com\/embed\/ucU_d861a9Y<br>Je d\u00e9ambule sans trop savoir quoi faire, sans trop savoir o\u00f9 aller, perdue dans mes pens\u00e9es sombres apr\u00e8s la mort du nain que je n&rsquo;ai pas pu sauver. \u00c0 quoi puis-je servir si je n&rsquo;arrive pas \u00e0 prot\u00e9ger les mortels de ma lumi\u00e8re bienfaitrice ? Est-ce vraiment ma faute ? Si seulement il ne s&rsquo;\u00e9tait pas emport\u00e9 dans une haine incontr\u00f4lable, il serait certainement encore en vie. Je me rappelle de cette hargne que j&rsquo;ai ressentie contre l&rsquo;ange n\u00e9crotique ou contre le d\u00e9mon aux multiples bras dans les terres du nord. Heureusement pour moi, Fay m&rsquo;a permis de reprendre le contr\u00f4le de mes \u00e9tats d&rsquo;\u00e2me, plut\u00f4t que de me jeter t\u00eate baiss\u00e9e contre le danger. \u00c0 ce moment, je compris que les \u00e9motions peuvent \u00eatre un frein, elles envahissent la personne et cr\u00e9ent un voile sur la raison. Les \u00e9motions m&rsquo;ont contr\u00f4l\u00e9 l&rsquo;espace d&rsquo;un instant, simple pantin d&rsquo;une r\u00e9action primaire. En ce qui concerne le marchand, je ne pus rien faire. Ce visage jovial et souriant, qui m&rsquo;a tendu la main, fut dilapid\u00e9 d&rsquo;un coup brutal. Je me sens inutile, et ce, depuis plusieurs semaines. Sancta a pour moi \u00e9t\u00e9 un \u00e9chec, puisque sans l&rsquo;aide de Seagan, nous n&rsquo;aurions jamais pu sortir de cette bulle temporelle. Depuis cette exp\u00e9dition, j&rsquo;ai la nette impression d&rsquo;avoir r\u00e9gress\u00e9 et que tout ce que j&rsquo;entreprends ne m\u00e8ne \u00e0 rien. Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de ma sortie avec Fay sur les terres de Shoume\u00ef, d&rsquo;aller qu\u00eater avec Aryan, de la recherche de Cornue, de mon combat avec la multiple, de cette femme li\u00e9e au soleil et \u00e0 la lune &#8230; Tout ne se passe pas comme pr\u00e9vu. Mon monde s&rsquo;effondre et mes espoirs avec. Ma rencontre avec R\u00eave a \u00e9t\u00e9 d\u00e9terminante dans mes r\u00e9flexions et pourtant, \u00e0 l&rsquo;heure actuelle, je ne suis ni l&rsquo;\u00e9p\u00e9e, ni l&rsquo;\u00e9gide, ni la porteuse. Je me tiens l\u00e0, errant comme un animal sauvage dans des terres inconnues, remplie de sang et de crasse. La douce Luv\u00efel des for\u00eats des pins argent\u00e9s n&rsquo;est plus que l&rsquo;ombre d&rsquo;elle-m\u00eame.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Un vacarme me sort de mes pens\u00e9es n\u00e9gatives, un cavalier se rapproche sur la route principale en provenance de Taisen. Je me tiens aux aguets, pr\u00eate \u00e0 d\u00e9gainer une \u00e9p\u00e9e de lumi\u00e8re s&rsquo;il venait \u00e0 vouloir croiser le fer. Fay se fond dans la nuit, un des rares pouvoirs qui ne lui a pas \u00e9t\u00e9 retir\u00e9 dans cette enveloppe de chair et de poils. La noiraude se faufile derri\u00e8re un cactus et observe de son regard malicieux la sc\u00e8ne qui s&rsquo;ensuit. Le cavalier s&rsquo;arr\u00eate, me barre la route et descend de son cheval, s&rsquo;approche avant de para\u00eetre incr\u00e9dule et vire sa capuche. Mes sombres pens\u00e9es se lib\u00e8rent imm\u00e9diatement \u00e0 la vue de cet homme, ce chevalier aux sombres armoiries. Mon c\u0153ur fait un bond \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de mon plexus solaire. Il d\u00e9gage une aura particuli\u00e8re, il est plus impressionnant et plus charismatique. Quelque chose a chang\u00e9. Le poids sur mes \u00e9paules se d\u00e9lie, j&rsquo;accours vers lui dans un \u00e9lan affectif, l&rsquo;enla\u00e7ant au niveau de la taille. Mon visage contre l&rsquo;armure froide et noire, je m&rsquo;apaise. Mon corps tremble de fatigue et d&rsquo;\u00e9motion, je ne pensais pas le trouver ici. Il ne pose pas de questions sur les taches de sang, il doit se douter que les terres du Reike soient infest\u00e9es de cr\u00e9atures et de bandits. Le sang frais sur mes v\u00eatements a impr\u00e9gn\u00e9 la houppelande, elle est d\u00e9sormais fichue. Mon visage se d\u00e9tourne vers le sien, j&rsquo;ancre de nouveau son visage plus \u00e9maci\u00e9, plus p\u00e2le et me baigne dans son regard.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>\u2014&nbsp;Tant de jours ont pass\u00e9. Tant de choses sont arriv\u00e9es,&nbsp;lui dis-je dans un murmure.&nbsp;Vous m&rsquo;avez manqu\u00e9, Deydreus.<br>Les rayons lunaires nous baignent dans ce d\u00e9sert, au milieu d&rsquo;un territoire hostile. Je me sens pourtant apais\u00e9e en sa pr\u00e9sence. Fay sort de sa cachette avec un miaulement craintif.<br>\u2014&nbsp;Tu n&rsquo;as pas \u00e0 avoir peur, dis-je en direction du chat. Je d\u00e9tache mon \u00e9treinte et inspecte intens\u00e9ment le guerrier. Je crois que nous avons beaucoup de choses \u00e0 nous dire. Je tiens \u00e0 pr\u00e9senter Fay, il s&rsquo;agit d&rsquo;un d\u00e9mon que j&rsquo;ai recueilli peu de temps apr\u00e8s une exp\u00e9dition dans les terres de Shoume\u00ef. La petite est malheureusement maudite, cantonn\u00e9e \u00e0 rester dans ce corps de f\u00e9lid\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 ce que mort s&rsquo;ensuive. Je compte trouver un rem\u00e8de ou quelqu&rsquo;un capable de la lib\u00e9rer.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>La petite chatte grimpe sur mon \u00e9paule, surveille l&rsquo;homme qui se tient face \u00e0 moi. Je le trouve diff\u00e9rent, son regard est plus dur et je per\u00e7ois une \u00e9trange vibration dans son \u00eatre. Il va falloir rattraper le temps perdu. J&rsquo;observe son \u00e9quid\u00e9 et lui demande si je peux monter avec lui. Ce n&rsquo;est pas un endroit propice \u00e0 la discussion au vu des monstres qui r\u00f4de. D&rsquo;autant que je me sens \u00e9puis\u00e9e et que la violence du combat tant\u00f4t a marqu\u00e9 \u00e0 jamais ma m\u00e9moire. Une l\u00e9g\u00e8re brise balaie nos visages, je suis captiv\u00e9e par lui, par son aura, pour ce qu&rsquo;il est. Cela fait trois mois que nous ne nous sommes pas vus et j&rsquo;avais peur d&rsquo;un rejet apr\u00e8s cette longue absence. Tandis que nous nous installons sur le cheval, Fay entre mes jambes, nous avan\u00e7ons dans le d\u00e9sert nocturne pour trouver un meilleur refuge. Sur le parcours, je me mets \u00e0 r\u00eavasser, l&rsquo;esprit embrum\u00e9 et une esp\u00e8ce de noirceur qui envahit mon c\u0153ur. Et si, lui aussi, voyait que j&rsquo;ai chang\u00e9 ? Je me laisse bercer, le paysage d\u00e9file devant mes yeux. Le d\u00e9sert offre un v\u00e9ritable spectacle de nuit, je suis subjugu\u00e9e par cet environnement singulier. Les v\u00eatements claquent contre le vent, je sais que je suis entre de bonnes mains et qu&rsquo;il n&rsquo;y a aucune raison pour que je perde pied.<br><br><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/VWGr_89_xdU\">https:\/\/www.youtube.com\/embed\/VWGr_89_xdU<\/a><\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Apercevant les remparts de la grande cit\u00e9, j&rsquo;observe silencieusement les reikois qui nous saluent lors de notre passage. Est-ce un rituel de saluer tous les citoyens qui se pr\u00e9sentent dans la cit\u00e9 ? Nous d\u00e9ambulons \u00e0 travers la ville, j&rsquo;admire les b\u00e2timents et leur architecture bien particuli\u00e8re. Ici, il n&rsquo;y a point de tours d&rsquo;or et d&rsquo;ivoire, il n&rsquo;y a point de grandes statues \u00e0 l&rsquo;effigie des titans. Les habitants se r\u00e9veillent, les \u00e9tals s&rsquo;installent et les \u00e9choppes s&rsquo;illuminent, me voil\u00e0 enfin dans la cit\u00e9 imp\u00e9riale. La voix de Deydreus s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve, sortant de ma torpeur, je souris bri\u00e8vement et hoche la t\u00eate pour acquiescer. Je suis impatiente de revoir les valeureux guerriers avec qui j&rsquo;ai affront\u00e9 des morts-vivants et autres entit\u00e9s au sein d&rsquo;Alfregium. Nous nous arr\u00eatons pr\u00e8s d&rsquo;un manoir, je garde Fay sur mon \u00e9paule et descends de la monture. Je reconnais Aki et Vivien qui s&#8217;empressent de me retrouver, la joie se lit sur mon visage fatigu\u00e9. Ils sont vivants. Ils vont bien. Envahis par de multiples questions, je ne sais pas par o\u00f9 commencer et le f\u00e9lin ne sait plus o\u00f9 se mettre. Le guerrier aux sombres armoiries calme le jeu, les deux serres reprennent leur position, alors que nous nous avan\u00e7ons jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du b\u00e2timent. Je compare ma chambre de bonne \u00e0 C\u00e9lestia en comparaison de cet endroit. Je n&rsquo;ai jamais connu ce qu&rsquo;est une v\u00e9ritable maison, cantonn\u00e9e \u00e0 dormir dans une petite pi\u00e8ce avec pour seuls mobiliers un lit en bois et un buffet pour \u00e9crire. L&rsquo;endroit est charmant, rempli de d\u00e9tails et d&rsquo;ornements, mes yeux se posent partout et je distingue clairement une diff\u00e9rence de richesse. Mon regard ambr\u00e9 se pose dans le dos du chevalier, qui m&rsquo;invite par la suite \u00e0 entrer dans une pi\u00e8ce. Cela fait trois mois que nous ne nous sommes pas vus et j&rsquo;aime sa mani\u00e8re de me traiter avec douceur. Il s&rsquo;\u00e9clipse dans sa chambre et je referme la porte derri\u00e8re moi. Fay se pr\u00e9cipite sur le sol, tandis que je retire mes v\u00eatements imbib\u00e9s de sang, ma robe orn\u00e9e de croix ainsi que mes chaussures. Je place les seaux d&rsquo;eau dans la baignoire et m&rsquo;installe \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. L&rsquo;eau chaude me fait un bien fou, je me sens lib\u00e9r\u00e9e d&rsquo;un poids, la conscience plus tranquille vis-\u00e0-vis du nain reikois.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Je plonge la t\u00eate dans l&rsquo;eau et me recroqueville \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la petite baignoire, me d\u00e9connectant un instant de la r\u00e9alit\u00e9 qui m&rsquo;accapare. Fermant les yeux, j&rsquo;\u00e9coute simplement le battement de mon c\u0153ur qui r\u00e9sonne \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de mes tempes. Retenant mon souffle, je cherche avant tout le calme et la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 afin de me recentrer sur mes pens\u00e9es de ces quelques mois pass\u00e9s. Je suis fi\u00e8re d&rsquo;avoir fait tout ce chemin, bien que je n&rsquo;ai pas r\u00e9ussi tout ce que j&rsquo;ai entrepris jusque-l\u00e0. Le plus difficile pour moi aura \u00e9t\u00e9 mon envie de me s\u00e9parer du Nouvel Ordre qui se fait de plus en plus pr\u00e9sent, de plus en plus in\u00e9vitable. Il faudra que je lui parle de mon profond d\u00e9sarroi, des \u00e2mes que je n&rsquo;ai pas pu sauver, des dangers omnipr\u00e9sents, des douleurs subits et mon envie irr\u00e9pressible d&rsquo;\u00eatre aupr\u00e8s de lui. Je ne souhaite pas errer ind\u00e9finiment sur les terres, j&rsquo;ai besoin de trouver ma place dans cet univers. Je reprends mon souffle, sortant la t\u00eate de l&rsquo;eau et observant le plafond. Le f\u00e9lin se rapproche de la baignoire et me demande comment je vais. Nous communiquons par t\u00e9l\u00e9pathie, me laissant envahir par sa voix aig\u00fce et mielleuse. Elle n&rsquo;a jamais pu blairer les guerriers, les trouvant b\u00eates de suivre des r\u00e8gles pr\u00e9\u00e9tablis. Je ris, seule dans mon bain, me demandant o\u00f9 le destin va me mener et si ma vie sera r\u00e9ellement aupr\u00e8s du reikois, ou ailleurs. Il n&rsquo;y a pas de r\u00e8gles. Il n&rsquo;y a que des choix. Et ces choix entra\u00eenent des cons\u00e9quences immuables. Sortant de la baignoire, je m&rsquo;en vais dans la chambre d&rsquo;\u00e0 c\u00f4t\u00e9 apr\u00e8s avoir enfil\u00e9 un grand linge en coton, bien trop grand pour mon corps menu. Le f\u00e9lin noir m&rsquo;accompagne, je trouve Deydreus sans son armure d&rsquo;\u00e9b\u00e8ne, celui-ci est assit pr\u00e8s d&rsquo;un buffet, tenant ma plume avec une main particuli\u00e8re. Je sens en moi un feu vif, qui m&rsquo;inonde de douceur et je m&rsquo;approche. Mes yeux s&rsquo;\u00e9carquillent et d&rsquo;un geste, il la repose avant de me demander tout ce qu&rsquo;il m&rsquo;est arriv\u00e9. Je m&rsquo;approche de lui, l&#8217;embrasse sur le front avec amour puis, m&rsquo;installe sur le lit bien plus luxueux et confortable que celui dans lequel je dors habituellement. Je me vautre contre le mur, que le chat s&rsquo;installe entre mes jambes pour se faire c\u00e2liner. Ainsi, je reprends depuis le d\u00e9but. Le ton grave, le regard froid, plonger dans mes souvenirs, je lui d\u00e9clare :<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>\u2014&nbsp;Je vois que nous avons chacun subit quelques &#8230; Traumatismes. Tu me parais si p\u00e2le et plus &#8230; Je ne comprends pas ce qu&rsquo;il se passe. Ton aura est &#8230; Diff\u00e9rente. Enfin, passons. Je vais te raconter tous les d\u00e9tails de mon aventure.&nbsp;Prenant une profonde inspiration, reprenant calmement.&nbsp;Comme tu peux le constater, je ne montre pas mes ailes de peur de me faire tuer \u00e0 vue. Alors, je marche. Des heures, des jours, des semaines. Durant mon trajet jusqu&rsquo;\u00e0 Taisen, un nain s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9 et m&rsquo;a demand\u00e9 si je d\u00e9sirais de l&rsquo;aide. Il allait en direction de la cit\u00e9 imp\u00e9riale, ce qui \u00e9tait une aubaine. Donc, avec sa petite charrette et son \u00e2ne, nous avons avanc\u00e9 plusieurs heures jusqu&rsquo;\u00e0 la nuit tomb\u00e9e o\u00f9 nous nous sommes arr\u00eat\u00e9s. Nous allions souper et un monstre de sable et de roche nous a attaqu\u00e9s, \u00e9jectant l&rsquo;animal et la charrette \u00e0 plusieurs m\u00e8tres de notre position. S&rsquo;ensuit un combat contre cette cr\u00e9ature, mais le nain n&rsquo;a pas support\u00e9 perdre ce qu&rsquo;il lui restait. Son histoire \u00e9tait triste et elle s&rsquo;est termin\u00e9e par un coup de queue brutal, explosant sa t\u00eate avec une telle &#8230; Violence. J&rsquo;aurai d\u00fb agir plus t\u00f4t. J&rsquo;aurai d\u00fb utiliser mon sort le plus puissant instantan\u00e9ment plut\u00f4t que de vouloir en venir \u00e0 bout avec mes \u00e9p\u00e9es de lumi\u00e8res. Je me sens si confuse&#8230; Je l&rsquo;avais pourtant prot\u00e9g\u00e9 dans une barri\u00e8re protectrice avec Fay.&nbsp;Je sers les poings et ferme les yeux, un exc\u00e8s de rage bouillonne dans tout mon \u00eatre. Depuis l&rsquo;exp\u00e9dition \u00e0 Sancta, ma vie est devenue un v\u00e9ritable enfer et je n&rsquo;ai pas connu le repos un seul instant. Je respire et continue en observant Deydreus avec attention.&nbsp;J&rsquo;ai \u00e9chou\u00e9. Tout ce que je fais n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e9chec. La mission des titans. L&rsquo;exp\u00e9dition du Nouvel Ordre. La perte de mon mentor. La disparition de Cornue. Mes nombreux combats au sein des terres du Reike et encore tant \u00e0 raconter. Je ne suis pas bien, Dey. Je ne vais pas bien. Mon monde s&rsquo;effondre. Ma maison s&rsquo;\u00e9croule. Fay a tout vu depuis que je suis rentr\u00e9e de mon exp\u00e9dition. J&rsquo;ai le c\u0153ur lourd. Si lourd &#8230;<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Une haine, profonde, ancr\u00e9e dans mon \u00e2me s&rsquo;installe, persiste, grandit. Une aversion envers ma propre stupidit\u00e9, mon incapacit\u00e9, mes choix. Seul R\u00eave a su me donner les mots sur mes ambitions, il ne faut pas que je faiblisse. Ce sont des \u00e9preuves qui me permettront de grandir seulement, je n&rsquo;arrive pas \u00e0 garder tout cela sur mes \u00e9paules. Je ne vais pas pouvoir continuer ainsi. Fay se blottit contre moi et ronronne, quel \u00e9trange d\u00e9mon qui s&rsquo;est pris d&rsquo;affection pour un ange. Je me ressaisis, profitant d&rsquo;un instant de lucidit\u00e9 pour \u00e9viter de sombrer dans les pens\u00e9es n\u00e9gatives.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>\u2014&nbsp;Viens pr\u00e8s de moi, s&rsquo;il te pla\u00eet et raconte-moi ce qu&rsquo;il s&rsquo;est pass\u00e9. Pourquoi ta main est &#8230; Ainsi ? Est-ce une maladie mortelle ? Est-ce que &#8230; toi aussi &#8230; Je vais te perdre, Dey ?<br><br>Cela fait tellement de temps que je n&rsquo;ai pas ressenti sa chaleur. Je me blottis contre lui et bois ses paroles, je sais qu&rsquo;il a raison lorsqu&rsquo;il \u00e9voque la mort in\u00e9vitable du nain. La culpabilit\u00e9 ne doit pas me ronger, bien qu&rsquo;elle le fasse d\u00e9j\u00e0. La mort est in\u00e9vitable, il a choisi de se diriger vers la cr\u00e9ature sans r\u00e9fl\u00e9chir aux cons\u00e9quences. Pris dans un d\u00e9sespoir, le marchand s&rsquo;est projet\u00e9 et c&rsquo;en est fini. Deydreus parle d&rsquo;une voix calme, je ressens les battements de mon c\u0153ur devenir plus fort, mes pens\u00e9es fusent puis, lorsque le chevalier caresse mes cheveux, je me sens un peu plus apais\u00e9e. Il sent que j&rsquo;ai besoin de lui, d&rsquo;un ton affectueux, il me rassure. Je sais que je peux raconter mes maux sans avoir d&rsquo;a priori, car apr\u00e8s tout, nous partageons quelque chose d&rsquo;unique. Ah. La douceur. L&rsquo;amour. Une flamme \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de mon \u00eatre br\u00fble si fort pour le guerrier, tel un brasier, elle grandit sans jamais se tarir. Mon regard plonge dans le sien, la couleur de ses iris est si vive, si singuli\u00e8re, qu&rsquo;elle s&rsquo;impr\u00e8gne dans ma t\u00eate. Si il savait \u00e0 quel point je l&rsquo;admire, \u00e0 quel point je l&rsquo;adore, a tel point j&rsquo;ai envie de d\u00e9vorer chaque partie de son corps. Il lib\u00e8re ses maux, celle d&rsquo;une mort qui allait \u00eatre in\u00e9vitable. Mes aiguillettes se dressent et mes yeux s&rsquo;\u00e9carquillent. Ce silence me terrifie. Continuant son r\u00e9cit, j&rsquo;apprends son combat contre l&#8217;empereur, l&rsquo;\u00eatre que j&rsquo;ai d\u00e9couvert une fois par un sort illusoire lors d&rsquo;un entra\u00eenement avec Seagan. Tensa\u00ef. Un \u00eatre terrible, vorace, mesquin et cruel. Lorsque j&rsquo;apprends que son bras a \u00e9t\u00e9 tranch\u00e9, qu&rsquo;aucun soigneur ne put le gu\u00e9rir, mes dents se serrent. Il m&rsquo;explique avoir contract\u00e9 une mal\u00e9diction. Je recule l\u00e9g\u00e8rement la t\u00eate, restant silencieuse face \u00e0 ses dires. Le sang b\u00e9ni. Je n&rsquo;en ai jamais entendu parl\u00e9 et quand bien m\u00eame, j&rsquo;aper\u00e7ois une pointe d&rsquo;amertume dans le regard du guerrier. De nouveau ce silence avant de m&rsquo;expliquer que son nom s&rsquo;est r\u00e9pandu \u00e0 travers tout le Reike. Notre lien est \u00e9trange et fort, il m&rsquo;enlace avant de placer une de mes mains contre sa joue, son visage p\u00e2le avant de me demander de sonder son esprit. Ce que j&rsquo;\u00e9xecute.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Baissant l\u00e9g\u00e8rement la t\u00eate, je concentre ma magie pour rentrer dans ses souvenirs avec bienveillance. Scindant sa m\u00e9moire, fermant les yeux, des volutes font place \u00e0 des images o\u00f9 j&rsquo;aper\u00e7ois un camp de harpies. Je vois \u00e0 travers les yeux de celui pour qui je suis \u00e9prise, j&rsquo;y aper\u00e7ois l&rsquo;homme tenir une pierre. Je fronce les sourcils et oscille entre les souvenirs qui apparaissent par bribe. J&rsquo;y vois une grotte merveilleuse avec une statue d&rsquo;une femme \u00e0 la fois \u00e9difiante et terrifiante en guise d&rsquo;accueil. Je ressens l&rsquo;ardeur d&rsquo;un combat, le sang et la folie sanguinaire. Puis il y a cette \u00e9trange ombre spectrale qui l&rsquo;interpelle, sans savoir ce que c&rsquo;est. Je contemple alors un petit village dans la neige, je vois des entit\u00e9s d\u00e9vorer et d\u00e9chiqueter les habitants, les flammes et la haine. Puis un enfant \u00f4 combien inqui\u00e9tant. Ensuite, il y a une grotte, discutant avec un homme \u00e9l\u00e9gant. Puis je vois une salle o\u00f9 il s&rsquo;allonge, son corps qui se tortille, sa soif. Je vois du sang, beaucoup de sang avant de revoir l&rsquo;homme \u00e9l\u00e9gant se faire trancher en deux. Il y a un b\u00fbcher g\u00e9ant pour les morts et une autre image appara\u00eet, celle encore cette forme spectrale qui danse avec ses volupt\u00e9s noir\u00e2tres. Je vois un homme en armure si grand qu&rsquo;il me fascine, en armure rouge et d&rsquo;\u00e9b\u00e8ne. Tant de visages inconnus. Tant de violence. Tant de sang. \u00c0 des pens\u00e9es o\u00f9 l&rsquo;immortalit\u00e9 est devenue sa nouvelle existence. Reprenant mes esprits, cela ne prit que quelques secondes pour voir les quelques passages de sa vie. Je n&rsquo;ai pas les mots. L&rsquo;homme que j&rsquo;aime s&rsquo;est transform\u00e9, abandonnant sa mortalit\u00e9. Il semble qu&rsquo;il ait voulu tester divers chemins pour parvenir \u00e0 d\u00e9truire cette mal\u00e9diction. Il n&rsquo;avait plus le temps. Sa vie \u00e9tait en jeu. Silence. Ses explications me fascinent, je n&rsquo;ai jamais connu un \u00eatre aussi exceptionnel, aussi intriguant. Je m&rsquo;installe pr\u00e8s de lui et me sens d\u00e9munie. J&rsquo;ai tant de questions, tant d&rsquo;histoire \u00e0 lui raconter. Tandis que je place mes l\u00e8vres contre son front, puis sur ses joues, jusqu&rsquo;\u00e0 retrouver les siennes, je retrouve cette passion d\u00e9vorante qui m&rsquo;anime. Ah. Il m&rsquo;a tant manqu\u00e9. Cette sensation, ce d\u00e9sir br\u00fblant qui m&#8217;embrase. Je l&rsquo;enlace tendrement et passe une main dans son dos, sous le tissu de ses habits. Une caresse avant de lui raconter tout ce que j&rsquo;ai sur le c\u0153ur.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>\u2014 Deydreus, l&rsquo;immortalit\u00e9 peut-\u00eatre un fardeau. J&rsquo;ai pu voir des parties de ton v\u00e9cu, des passages de ton existence \u00e0 travers ton regard. J&rsquo;ai pu voir la mort. Le sang dans ton sillage. Et cette forme noir\u00e2tre qui t&rsquo;interpelle. Qu&rsquo;est-ce donc ? Et ton bras &#8230; Si seulement j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 l\u00e0. Peut-\u00eatre aurai-je pu d\u00e9celer cette mal\u00e9diction ? Tu me dis ne pas vouloir me faire de mal, mais, et si, je pouvais t&rsquo;aider ? Tu es devenu une cr\u00e9ature de la nuit avec ce membre tr\u00e8s &#8230; Uhm &#8230; Reprenons le terme, \u00ab\u00a0atypique\u00a0\u00bb. Est-ce que tu ressens quelque chose lorsque tu te bats avec ce bras ? Je veux dire. Ce n&rsquo;est pas du cristal. Ressens-tu la chaleur ou le froid ? J&rsquo;ai pu admirer tes combats en passant \u00e0 travers tes yeux, j&rsquo;ai pu te voir d\u00e9couper la t\u00eate de l&rsquo;enfant sauvage qui d\u00e9truisait ce village. Je sais que tu as aid\u00e9 ces habitants, tes Serres, ton peuple en agissant de la sorte. Il ne t&rsquo;as pas laiss\u00e9 le choix. Tuer ou \u00eatre tu\u00e9, hein. Je baisse l\u00e9g\u00e8rement la t\u00eate et viens me blottir contre lui, avant d&rsquo;entamer dans un murmure. Deydreus, depuis mon monde s&rsquo;est effondr\u00e9. Le Nouvel Ordre n&rsquo;a plus son haut-pr\u00eatre. Il a disparu devant moi, lors de mon exp\u00e9dition \u00e0 Sancta. Partir me lib\u00e8re la t\u00eate, heureusement qu&rsquo;Aryan est venu me chercher pour que je puisse m&rsquo;extirper de tout cela.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Je pose mes l\u00e8vres contre son cou, extirpant ma main de son dos pour venir caresser sa chevelure d&rsquo;\u00e9b\u00e8ne entre mes doigts. Ma peau de porcelaine boue, mais mes pens\u00e9es n\u00e9gatives me freinent dans mon \u00e9lan. Je lui murmure \u00e0 l&rsquo;oreille.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>\u2014 On m&rsquo;a laiss\u00e9 une partie des r\u00eanes au sein de C\u00e9lestia. Je suis perdue, apeur\u00e9e, attrist\u00e9e. Que vais-je faire, Deydreus ? Mon c\u0153ur veut te suivre l\u00e0 o\u00f9 ma raison me dit d&rsquo;aider les citoyens de Shoume\u00ef, les grands croyants. Je ne veux pas choisir. Je n&rsquo;ai pas arr\u00eat\u00e9 d&rsquo;\u00e9chouer. J&rsquo;ai fait une rencontre durant mon voyage, celle d&rsquo;un \u00eatre unique, si beau, si grand qu&rsquo;il m&rsquo;a envelopp\u00e9 de ses plumes c\u00e9leste pour me dire \u00ab\u00a0Seras-tu l&rsquo;\u00e9p\u00e9e, le bouclier, ou celle qui les portent ?\u00a0\u00bb. Car un jour, Dey, je serai confront\u00e9e \u00e0 une dure r\u00e9alit\u00e9. Celle de la guerre contre les mortels, il ne fait aucun doute. Tu es la seule personne avec qui j&rsquo;ai ce lien si particulier, si unique. Cet amour que je te porte est si diff\u00e9rent, plus fort et si sinc\u00e8re. J&rsquo;ai eu peur que tu me rejettes apr\u00e8s tant de temps. J&rsquo;ai \u00e9crit une lettre que j&rsquo;ai donn\u00e9e \u00e0 un homme \u00e0 qui j&rsquo;ai rendu la vue, je ne sais pas si tu l&rsquo;as re\u00e7ue. En tout cas, d\u00e9sormais, je suis l\u00e0.<br><br>Sombrer dans une folie sanguinaire, ne plus avoir le contr\u00f4le de soi-m\u00eame, cela doit-\u00eatre un v\u00e9ritable calvaire. Deydreus, ancien mortel, est devenu vampire pour \u00e9viter une mort atroce, douloureuse et irr\u00e9pressible. Lorsqu&rsquo;il m&rsquo;enlace, je sens ses doigts longilignes et griffus qui effleurent ma peau. Je n&rsquo;ai pas \u00e9norm\u00e9ment de connaissances sur les vampires, \u00e0 part la base folklorique : boire du sang pour vivre, ne doit pas \u00eatre expos\u00e9 au soleil, peut-\u00eatre aussi avoir peu de sommeil. Il faut dire que je manque encore cruellement d&rsquo;exp\u00e9rience sur le monde qui m&rsquo;entoure. Partir sur les terres du Reike est une chance que je saisis, puisque cela me permet de nourrir ma soif de connaissance sur le monde des mortels. La conversation sur Sancta est de loin celle qui me touche le plus, l&rsquo;organisation du Nouvel Ordre va \u00eatre longue \u00e0 se mettre en place. Je pense aux nombreux citoyens de C\u00e9lestia perdus, sous le choc et leur foi mise \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve. Toutefois, bien que les objectifs du Nouvel Ordre soient clairs, je souhaite apporter ma pierre \u00e0 l&rsquo;\u00e9difice en plus des pr\u00e9ceptes d\u00e9j\u00e0 \u00e9tablis. La Main va prendre les r\u00eanes, un temps. Et moi dans tout \u00e7a ? Et bien, je r\u00e9fl\u00e9chis sur ma situation et sur mon envie de vivre aupr\u00e8s de lui. Les croyants ont besoin de moi, je ne peux pas les laisser entre les mains de Malazach, j&rsquo;imagine le pire. Je finirais par trouver un compromis. D&rsquo;ailleurs, si Deydreus est devenu un membre important au sein du Reike, que son nom r\u00e9sonne \u00e0 travers tout le pays, peut-\u00eatre pourra-t-il m&rsquo;aider dans cette prise de d\u00e9cision ? Dans tous les cas, l&rsquo;homme aux yeux vairons a raison, je ne peux sauver tout le monde et peu importe le choix qu&rsquo;il me faudra prendre, il y aura des cons\u00e9quences. Peut-\u00eatre m\u00eame des morts sur la conscience. Mes \u00e9paules s&rsquo;affaissent, mes aiguillettes tombent en arri\u00e8re et un sentiment de tristesse me submerge. Ses mains touchent mon dos, je ressens la chaleur \u00e0 travers le tissu de lin, je suis \u00e9prise de ce reikois. Ah. Si seulement, j&rsquo;avais pu parler \u00e0 Seagan, poser les questions avant sa disparition. Il me laisse en plan, sans avoir eu cette confrontation, ne sachant pas pourquoi il a fait un pacte avec le d\u00e9mon Sampiero. Je me mords la l\u00e8vre de stress, l&rsquo;esprit confus. Tout ceci s&rsquo;envole quand mon chevalier m&#8217;embrasse, si tendrement, si d\u00e9licatement. Je suis une poup\u00e9e de porcelaine, fragile, douce et pleine d&rsquo;envie. Le linge de lin se d\u00e9lie, mon corps contre le sien.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>L&rsquo;avenir est incertain, mais nous ressentons tous les deux qu&rsquo;il y aura de nombreux combats, ou bien une guerre in\u00e9vitable. Les hommes sont des loups pour les hommes. Les mortels sont ainsi faits, il n&rsquo;existe pas de vivants v\u00eatus tout de blanc ou de noir, ils sont un m\u00e9lange indissociable. Les paroles de Deydreus sont emplies de conviction, d&rsquo;une d\u00e9termination vis-\u00e0-vis des plus forts pouvant prot\u00e9ger les plus faibles. Une nation qu&rsquo;il nomme Empire, pr\u00eat \u00e0 d\u00e9truire un ennemi commun. Peut importe comment l&rsquo;avenir sera, il me certifie qu&rsquo;il sera pr\u00e9sent, \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s. La seule chose que je puisse faire, c&rsquo;est m&rsquo;\u00e9lever vers la pi\u00e9t\u00e9, rester une femme capable de surmonter les pires \u00e9preuves et que je ne serai plus jamais seule. M\u00eame si Fay finit par retrouver sa forme originelle, je pense qu&rsquo;elle restera \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s tout comme celui qui a abandonn\u00e9 son immortalit\u00e9. Je l&rsquo;esp\u00e8re. Il y a tant de questions sur le monde qui nous entoure, tant d&rsquo;adversit\u00e9 et tr\u00e8s peu de r\u00e9pit alors ce soir, je profite d&rsquo;un moment d&rsquo;accalmie. Les derni\u00e8res paroles du reikois me mettent en \u00e9moi, mon visage s&#8217;empourpre et je sens cette envie irr\u00e9sistible qui nous lie. Passion. Le mot caract\u00e9rise bien plus que mon adoration pour les mortels. Ce mot est la symbolique d&rsquo;un d\u00e9sir ardent d&rsquo;aller toujours plus loin, toujours plus haut. Une passion d\u00e9vorante qui me donne envie de l&rsquo;aimer un peu plus chaque jour, de lui apporter la lumi\u00e8re dont il a besoin. Nous avons attendu de pouvoir nous retrouver, sachant chaque jour pouvant \u00eatre le dernier. Je prends sa t\u00eate entre mes mains, le regarde droit dans les yeux et d\u00e9clare :<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>\u2014 Tu es dor\u00e9navant un pilier de mon existence. Ce chapitre ne fait que commencer et je sais que nous avons une longue route qui nous attend. Je veux veiller sur toi, t&rsquo;apporter de l&rsquo;attention, de la douceur et surtout, un amour sinc\u00e8re. Alors, laisse-moi te montrer toute l&rsquo;\u00e9tendue de ce que je ressens.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Je colle mon front contre le sien, laisse la passion d\u00e9vorante me consumer. Je l&rsquo;aime. Si profond\u00e9ment, mais je n&rsquo;ose lui avouer. Alors dans un \u00e9lan d&rsquo;amour et d&rsquo;adoration, je l&#8217;embrasse fougueusement et me colle contre lui. Mon c\u0153ur bondit, mon corps est tel un brasier effervescent, je le veux mien. Mes l\u00e8vres descendent lentement jusqu&rsquo;\u00e0 atteindre son cou, ma respiration est comme le souffle d&rsquo;un dragon, je d\u00e9vore chaque parcelle de son corps. Mes doigts touchent les cicatrices qui parcourent sa chair, c&rsquo;est comme lorsque nous \u00e9tions tous les deux sous cette tente, entour\u00e9s par les Serres endormis. Je place mes mains sur son torse et continue \u00e0 montrer mon affection. Fay se cache quelque part, sachant pertinemment que nous avons besoin de nous retrouver lui et moi. Entier. Mon regard ambr\u00e9 s&rsquo;illumine, je souhaite lui donner toute la richesse de mon amour, ce sentiment qui inonde mon \u00e2me et me donne un grand pouvoir. Oui. Le monde a besoin de \u00e7a. Je rel\u00e8ve la t\u00eate et d\u00e9clare :<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>\u2014 \u00d4 toi qui es devenu immortel, c\u00e9l\u00e9brons ensemble ton entr\u00e9e dans l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9. Je voulais te dire &#8230;<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Un silence. Et si &#8230;<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>\u2014 Je t&rsquo;aime, Dey.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Puis je referme les yeux et me laisse d\u00e9vorer par l&rsquo;amour que j&rsquo;ai pour lui. Ce n&rsquo;est pas la foi qui m&rsquo;anime, pas m\u00eame mes p\u00e8res qui me dictent. Rien ni personne au monde ne peut parler \u00e0 ma place et mes mots m&rsquo;appartiennent. Il est parfois difficile de transmettre une \u00e9motion, de mettre un mot sur des sentiments qui paraissent si forts, si beaux, si intenses. Alors je me laisse porter par le courant, esp\u00e9rant que je ne me br\u00fblerai pas les ailes envers ce prince nocturne. Ah. S&rsquo;il savait. Alors ce soir, en cette nuit d&rsquo;hiver, les deux corps s&rsquo;entrem\u00ealent.<br><br>ette nuit, j&rsquo;ai r\u00eav\u00e9. Ce n&rsquo;est pas qu&rsquo;un cauchemar comme j&rsquo;en fais habituellement, cette fois-ci, j&rsquo;ai pu ressentir une peur grandissante au sein m\u00eame des terres du Reike. Mes pieds foulent le sable chaud du d\u00e9sert et les ailes d\u00e9ploy\u00e9es dans mon dos, j&rsquo;avance sans savoir o\u00f9 aller. Derri\u00e8re moi, une voix forte qui me hurle de partir. Une voix qui me dicte que si je reste sur ces terres, je finirais par en payer le prix. Alors, dans mon sommeil, je d\u00e9ploie une grande lumi\u00e8re et puis plus rien. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;un r\u00eave, dont je ne connais ni le sens, ni l&rsquo;interpr\u00e9tation. Ouvrant les yeux, une main glisse dans mes cheveux, je croise le regard du reikois qui m&#8217;embrasse le front. Ce moment est un des rares o\u00f9 je me sens en s\u00e9curit\u00e9 et o\u00f9 je peux \u00eatre moi-m\u00eame. Une poup\u00e9e de porcelaine. Alors qu&rsquo;il se l\u00e8ve, je re\u00e7ois une gourde d&rsquo;une mixture \u00e0 l&rsquo;odeur all\u00e9chante, bien qu&rsquo;un peu forte. Cela nous rappelle des souvenirs. Les rayons de lumi\u00e8re m&rsquo;illuminent tandis que le vampire tire sur les rideaux, celui-ci m&rsquo;indique sa mission du jour. Je l&rsquo;\u00e9coute attentivement, la gourde \u00e0 mes l\u00e8vres, buvant quelques gorg\u00e9es pour me mettre d&rsquo;aplomb. Je n&rsquo;ai pas besoin de boire, ni de manger seulement, je veux partager ce simple instant. Je retire la couette et laisse les rayons baigner mon corps de cette douce lueur, comme pour me ressourcer, avant de me lever, m&rsquo;approcher de l&rsquo;armoire et enfiler les quelques effets \u00e0 mon intention. Deydreus a raison, il est pr\u00e9voyant et avis\u00e9 sur ce que peut repr\u00e9senter mes symboles sur mes v\u00eatements. J&rsquo;ai pu en faire les frais il y a quelque temps, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse du petit village dans les terres du Nord avec Aryan, ou encore avec cette femme pro-shierak.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Le chevalier a des obligations ce matin, devant s&rsquo;occuper de divers papiers \u00e0 r\u00e9diger sur son bureau, je me mets en qu\u00eate de rejoindre les Serres qui s&rsquo;entra\u00eenent un peu plus bas dans la cour. Cela me fera certainement du bien de retrouver Ikaryon, Vivien, Aki et tous les autres dont je n&rsquo;ai pas pu donner de mes nouvelles pendant trois mois. Je le laisse vaquer \u00e0 ses occupations, rejoignant l&rsquo;ext\u00e9rieur et \u00e9coutant attentivement le chant matinal des oiseaux, sentant la petite brise qui s&rsquo;engouffre dans les ruelles de Taisen et surtout, entendre les coups d&rsquo;\u00e9p\u00e9es et les voix des hommes situ\u00e9s \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re du manoir. J&rsquo;approche d&rsquo;un pas d\u00e9cid\u00e9, avec une l\u00e9g\u00e8re appr\u00e9hension dans le c\u0153ur, comme si j&rsquo;avais encore une certaine frayeur. Certainement d\u00fb au fait que je risque de me faire bombarder de questions, mais qu&rsquo;importe. Je fais le tour du b\u00e2timent et trouve un grand terrain d&rsquo;entra\u00eenement. Les hommes sont d\u00e9j\u00e0 v\u00eatis de leurs \u00e9p\u00e9es, boucliers et armure \u00e0 l&rsquo;effigie des Serres Pourpres, teint\u00e9es de noir et de rouge. Ils sont disciplin\u00e9s, agiles, utilisent diverses techniques dont je ne connais pas le nom. Apr\u00e8s tout, je ne suis pas une guerri\u00e8re et loin de moi l&rsquo;id\u00e9e de pouvoir exceller en combat singulier. Depuis mon d\u00e9part \u00e0 Sancta, il est vrai que je me suis relativement pos\u00e9 des questions sur l&rsquo;art de la guerre. J&rsquo;aimerais pouvoir apprendre et savoir o\u00f9 et quand frapper. Je me rapproche de Vivien qui semble un peu en retrait. Ses yeux me fixent et un sourire illumine son visage. Arrivant \u00e0 son niveau, celui-ci me prend dans ses bras avant de me faire une tape sur l&rsquo;\u00e9paule.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Certains s&rsquo;arr\u00eatent et viennent me rencontrer, nous \u00e9changeons quelques dizaines de minutes. Je leur raconte alors ma travers\u00e9e depuis C\u00e9lestia jusqu&rsquo;aux portes de Taisen, ce long p\u00e9riple qui m&rsquo;aura men\u00e9 jusqu&rsquo;ici, esp\u00e9rant pouvoir les retrouver apr\u00e8s moult p\u00e9rip\u00e9ties. Je leur explique \u00e9galement avoir d\u00fb combattre, que j&rsquo;ai subi la violence et la douleur et qu&rsquo;il me faut apprendre \u00e0 manier convenablement une arme, m\u00eame si celle-ci est faite de lumi\u00e8re. Ikaryon et Vivien se portent volontaire pour me donner des conseils, tout en pratiquant un entra\u00eenement rigoureux comme ils ont l&rsquo;habitude de faire. Ce que j&rsquo;aime chez eux, c&rsquo;est ce comportement droit et fier, ces valeureux guerriers ne l\u00e9sineront pas leurs coups, car je suis une femme. Je n&rsquo;utiliserai pas mes pouvoirs alors, on me donne une \u00e9p\u00e9e longue et des protections pour pouvoir encaisser les coups. L&rsquo;armure est un peu trop grande, mais cela fera l&rsquo;affaire, car apr\u00e8s tout, un jour, peut-\u00eatre, je veux pouvoir brandir l&rsquo;\u00e9tendard des Serres. Nous nous mettons en place, tandis que les autres d\u00e9gagent une partie du terrain pour nous laisser de la marge. Je sens le poids de l&rsquo;armure, de m\u00eame pour l&rsquo;\u00e9p\u00e9e, il va falloir que je m&rsquo;endurcisse pour \u00e9viter de fatiguer trop vite.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Aki est vif dans ses mouvements, tandis que Vivien m&rsquo;\u00e9claire sur les postures que je dois appliquer selon les d\u00e9placements de mon adversaire. Lorsque je me m\u2019avance maladroitement, Aki fait une halte pour se placer \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s, afin d\u2019\u00eatre un miroir. J&rsquo;\u00e9change de partenaire, Vivien se dresse face \u00e0 moi et me montre de nouvelles techniques de combat, ainsi que des parades. Le temps file \u00e0 toute vitesse, je tente de m&rsquo;impr\u00e9gner de ces \u00e9ducations militaires bien qu&rsquo;il y ai beaucoup \u00e0 apprendre, \u00e0 analyser et \u00e0 ex\u00e9cuter. Les Serres sont ordonn\u00e9es, on ressent l&rsquo;intelligence de leur mouvement, leur coordination et une grande ma\u00eetrise. Je demande de faire une pause, mes bras sont engourdis et je ne sens plus mes jambes. Aki et Vivien me font un grand sourire, me laissent me reposer en prenant de grandes inspirations. Bon sang, ce sont donc de vrais entra\u00eenements ? \u00c0 C\u00e9lestia, nous manquons r\u00e9ellement de ma\u00eetrises. Les shoum\u00e9\u00efens n&rsquo;ont clairement pas la m\u00eame habilit\u00e9 que les reikois. Les fervents croyants ne pourront jamais se battre contre l&rsquo;Empire, vu leur nombre et leur enseignement militaire bien trop maigre en comparaison du Reike.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>\u2014 Je n&rsquo;aurai jamais cru que les entra\u00eenements soient si \u00e9puisants. J&rsquo;admets que mes pouvoirs sont bien plus impressionnants que ma ma\u00eetrise martiale. Ah &#8230;<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Soudain, une voix s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve, ce n&rsquo;est pas celle de mon r\u00eave, fort heureusement. Quoi qu&rsquo;il en co\u00fbte, quoi qu&rsquo;il advienne, ce n&rsquo;est pas un r\u00eave qui m&rsquo;effraiera. Une stature imposante et grave intervient, celle pour qui je serai capable de brandir le fer et sauver les \u00e2mes.<br><br>Apr\u00e8s avoir observ\u00e9 le chevalier aux sombres armoiries \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre, je comprends pourquoi celui-ci est devenu la Griffe de l&rsquo;Empire. Son nom r\u00e9sonne \u00e0 travers les d\u00e9serts arides pr\u00e8s de Taisen, tout comme il sera port\u00e9 loin dans les terres hivernales par-del\u00e0 les for\u00eats de pins et les montagnes. Il incarne la droiture et la fiert\u00e9, tandis que je repr\u00e9sente douceur et bont\u00e9. Le voir s&rsquo;entra\u00eener aupr\u00e8s des Serres Pourpres est instructif, vivifiant et je suis subjugu\u00e9e par les mouvements, l&rsquo;anticipation et la ma\u00eetrise de son arme. Puis, un peu plus tard, la Griffe s&rsquo;assoit \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s, une caresse avant de me demander quel est ma d\u00e9cision concernant la mission de cet apr\u00e8s-midi. Sans \u00e9quivoque, je r\u00e9torque avec un large sourire que je suis motiv\u00e9e et curieuse de me d\u00e9placer aupr\u00e8s de lui. J&rsquo;ose croire que ce sera diff\u00e9rent des terres de Shoume\u00ef. Ces nombreux combats et ces entit\u00e9s sordides m&rsquo;auront fait faire de nombreux cauchemars. Et puis avoir une personne capable de gu\u00e9rir les maux et les blessures, est toujours bonne \u00e0 prendre dans un groupe de guerriers aguerris, car tout peur arriver. De retour au manoir, le chevalier me demande de l&rsquo;aide pour v\u00eatir son armure. Haussant un sourcil, un rictus s&rsquo;affiche sur mon visage comprenant que ce n&rsquo;est qu&rsquo;un stratag\u00e8me pour un dernier moment seul \u00e0 seul. M&#8217;emparant des pi\u00e8ces, je les place par-dessus ses v\u00eatements tout en contemplant la stature de l&rsquo;homme. J&rsquo;ancre cette image dans un coin de mon esprit, ce nouveau-n\u00e9 immortel a encore tant \u00e0 m&rsquo;apprendre, tant \u00e0 m&rsquo;offrir et je compte \u00eatre son soutien, devenir un de ses piliers de vie.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>***<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Plac\u00e9e derri\u00e8re le sombre chevalier sur son destrier, Fay dans mes bras, nous avan\u00e7ons accompagn\u00e9s des Serres dans les terres de sable chaud. Le soleil est plac\u00e9 haut dans le ciel et je sais qu&rsquo;il est, d\u00e9sormais, le pire ennemi du vampire. Le Reike est immense, sauvage avec des paysages bluffants. Le trajet n&rsquo;est pas si long, tout du moins, mes pens\u00e9es vagabondent le temps que nous arrivions dans un village construit \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;un canyon. Nous parvenons \u00e0 notre destination avant la tomb\u00e9e de la nuit. L&rsquo;architecture est tellement diff\u00e9rente de tout ce que j&rsquo;ai pu observer durant mon voyage. Parmi les palmiers dress\u00e9s et les maisons tapis \u00e0 l&rsquo;ombre des rayons du soleil, quelques habitants nous examine avec int\u00e9r\u00eat. Parvenant jusqu&rsquo;\u00e0 un b\u00e2timent dont la magnificence m&rsquo;impressionne, un elfe fait une r\u00e9v\u00e9rence avant d&rsquo;entamer un dialogue avec le dirigeant des Serres. Deydreus me laisse le choix, soit de l&rsquo;accompagner ou de suivre les Serres. Descendant \u00e9galement de la monture, je d\u00e9clare avec une voix apais\u00e9e et le regard lumineux :<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>\u2014 \u00c0 vrai dire, je vais contempler les richesses de ce village. Je vais rester avec le reste du groupe.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Apr\u00e8s une l\u00e9g\u00e8re courbette \u00e0 l&rsquo;intention du chef du village, je d\u00e9cide de suivre Vivien tandis que Deydreus et sa suite accompagnent l&rsquo;elfe. Vivien tient les r\u00eanes d&rsquo;Hellhestr, je marche \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s en contemplant chaque b\u00e2timent, chaque habitant, chaque plante qui pousse dans ce lieu aride. Une femme assise sur une pierre au-dessus du point d&rsquo;eau, attend sagement une canne \u00e0 la main, un panier en osier \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. Deux enfants jouent avec de morceaux de bois, regardent les guerriers s&rsquo;avancer avec des yeux \u00e9carquill\u00e9s. Tout semble si calme, si imperturbable, je me demande quels sont les maux de cet endroit au milieu des roches et du sable. Le blat\u00e8rement des dromadaires, le b\u00ealement des ch\u00e8vres, le chant des oiseaux permettent au moins une certaine connexion avec la nature. Je regarde Hellhestr du coin de l&rsquo;\u0153il, il marmonne qu&rsquo;il a chaud, ce qui me fait sourire. Je comprends parfaitement le langage des animaux, ayant v\u00e9cu des mill\u00e9naires dans une for\u00eat grouillant de b\u00eates sauvages.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>\u2014 Je suis content que tu nous accompagnes, d\u00e9clare Vivien.<br>Je d\u00e9tourne mon regard pour croiser le sien, il semble satisfait voir enjou\u00e9. Ce type de mission doit \u00eatre habituel pour lui, toutefois, je les rejoins enfin sur leur propre terre. Cela me fait quelque chose, \u00eatre si loin de ma maison \u00e0 C\u00e9lestia, penser aux crois\u00e9s et aux jumelles que j&rsquo;ai laiss\u00e9 l\u00e0-bas, en compagnie de Malazach et du reste.<br>\u2014 Merci Vivien, tu n&rsquo;imagines pas tout ce que j&rsquo;ai v\u00e9cu depuis votre d\u00e9part.<br>\u2014 Tu souhaites en discuter ?<br>Baissant les yeux, je ne sais pas si c&rsquo;est une bonne id\u00e9e d&rsquo;en parler imm\u00e9diatement avec lui, bien qu&rsquo;il me consid\u00e8re comme une s\u0153ur d&rsquo;arme. J&rsquo;allais ouvrir la bouche quand nous arrivons enfin \u00e0 l&rsquo;ancienne caserne dont a parl\u00e9 le chef du village. Le groupe a commenc\u00e9 \u00e0 s&rsquo;y installer alors que deux femmes terminent de ranger quelques seaux d&rsquo;eau.<br>\u2014 Nous en discuterons certainement un peu plus tard. J&rsquo;ai h\u00e2te de d\u00e9couvrir ce qu&rsquo;il en sera. Veux-tu continuer \u00e0 te balader \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s ?<br>\u2014 Bien \u00e9videmment.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Vivien accroche les r\u00eanes contre un poteau en bois et se d\u00e9place avec moi au sein du village. Tandis que les rayons de lumi\u00e8re s&rsquo;effacent peu \u00e0 peu, je lui d\u00e9clare avec une voix l\u00e9g\u00e8rement perturb\u00e9e.<br>\u2014 Je compte quitter le Nouvel Ordre.<br><br>Vivien s&rsquo;arr\u00eate, \u00e9chappe un sourire sur ses l\u00e8vres et me demande avec incr\u00e9dulit\u00e9 si ce que je viens de dire est r\u00e9el. J&rsquo;acquiesce et celui-ci semble \u00e0 la fois ravi et circonspect. Je ne lui d\u00e9clare pas les raisons qui me poussent \u00e0 prendre cette d\u00e9cision, car t\u00f4t ou tard, j&rsquo;en parlerai aupr\u00e8s de la Griffe. Nous nous baladons quelques instants, prenant le temps de regarder le petit village et ses habitants. Fascin\u00e9e par les v\u00eatements qu&rsquo;ils v\u00eatissent et leur fa\u00e7on de vivre, je remarque qu&rsquo;aucun d&rsquo;entre eux n&rsquo;arbore de symbole religieux, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse du divinisme, du culte des ombres ou m\u00eame du Shierak. Je sais qu&rsquo;il est impossible de leur parler des titans ou m\u00eame du Nouvel Ordre, cela cr\u00e9erait trop de d\u00e9sordre. Bien que je veuille abandonner mon r\u00f4le de protectrice du peuple, je suivrai toujours les m\u00eames pr\u00e9ceptes au fond de mon c\u0153ur : aider, aimer et pardonner. Faire le bien est un choix et non une vocation. Mon r\u00f4le n&rsquo;est pas termin\u00e9, j&rsquo;ai encore tant \u00e0 faire, tant \u00e0 accomplir, tant \u00e0 esp\u00e9rer. Lorsque mes yeux se posent sur Vivien, v\u00eatit de son armure rouge et noire, je me rends compte que c&rsquo;est certainement aupr\u00e8s d&rsquo;eux que je souhaiterais changer de vie. Le Nouvel Ordre n&rsquo;est plus ce qu&rsquo;il est avec la disparition de mon mentor. D&rsquo;autant que je n&rsquo;ai pas le m\u00eame charisme ni la m\u00eame pens\u00e9e que lui, il sera impossible de changer les m\u0153urs et les coutumes des shou\u00e9meiens rapatri\u00e9s. Sentant l&rsquo;air frais sur mon visage, j&rsquo;entends comme un \u00e9trange \u00e9cho lointain, une voix cristalline port\u00e9e au loin. Vivien ne semble pas l&rsquo;entendre, ou bien est-il tout simplement obnubil\u00e9 par ce qui nous entoure, restant concentr\u00e9 sur la marche \u00e0 suivre. Je tourne mon regard en arri\u00e8re, par-del\u00e0 les roches et en un battement de cils, j&rsquo;ai cru voir une forme f\u00e9minine. Ce n&rsquo;est peut-\u00eatre que mon imagination. D\u00e9tournant mon regard vers Vivien, nous revenons vers la caserne o\u00f9 Deydreus nous r\u00e9unit, afin de nous faire le topo sur la situation. Une fois les explications apport\u00e9es, la mission est d\u00e9clar\u00e9e commenc\u00e9e. Une main gant\u00e9e vint soulever mon visage, il souhaite que je l&rsquo;accompagne \u00e0 la repr\u00e9sentation, j&rsquo;opine du chef.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Accompagnant le chevalier aux sombres armoiries, Fay sur mon \u00e9paule, l&rsquo;ambiance est douce et chaleureuse au sein du village. Nich\u00e9e dans les hauteurs des rocheuses, des banderoles color\u00e9es sont raccord\u00e9es, des lanternes sont suspendues, de nombreux bancs sont dispos\u00e9s et la plupart des habitants viennent s&rsquo;y installer. Nous retrouvons l&rsquo;elfe vu plus t\u00f4t, l\u00e0 encore, je suis surprise par son accoutrement et le d\u00e9visage avec attention. Nous entrons dans la loge, attendons patiemment que la repr\u00e9sentation ait lieu. Mes pens\u00e9es sont ailleurs et j&rsquo;entends cet \u00e9trange \u00e9cho, encore une fois, l&rsquo;appel d&rsquo;un chant cristallin presque imperceptible. Je cherche du regard quelque chose ou quelqu&rsquo;un, utilisant ma senseur magique pour comprendre d&rsquo;o\u00f9 cela vient-il. Or, il ne se passe rien. Puis, un tintement de cloche r\u00e9sonna dans la gorge, laissant voir des personnages masqu\u00e9s faire leur entr\u00e9e sur sc\u00e8ne. Concentr\u00e9e sur ce qu&rsquo;il se passe, j&rsquo;admire les dialogues et les danses enivrantes des repr\u00e9sentants du spectacle. Les musiciens jouent au rythme du jeu, balayant la peur et laissant les spectateurs s&rsquo;\u00e9chapper un instant de la dure r\u00e9alit\u00e9 qui les accablent. Soudain, j&rsquo;entends un sifflement lointain avant de dispara\u00eetre, coup\u00e9 par le son des instruments et des acclamations des habitants. Les sourcils fronc\u00e9s, les sens en alerte, je pose ma main sur le bras de Deydreus afin de l&rsquo;interpeller, mais ce fut de courte dur\u00e9e.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Un sifflement strident, un vrombissement dans les airs, une fl\u00e8che vint se ficher dans le bras de l&rsquo;elfe assit \u00e0 nos c\u00f4t\u00e9s. Un cri strident, la repr\u00e9sentation s&rsquo;arr\u00eate et tous semblent avoir le souffle coup\u00e9. L&rsquo;elfe se tient le bras ensanglant\u00e9, tir\u00e9 en arri\u00e8re par deux serres afin de le mettre hors de port\u00e9e, celui-ci est mis \u00e0 terre tandis qu&rsquo;il hurle de douleur. Fay se calfeutre, je m&rsquo;approche de l&rsquo;elfe et commence \u00e0 retirer la fl\u00e8che, le sang sur les mains, j&rsquo;ex\u00e9cute les premiers soins. Un nouveau sifflement strident, on entend au loin des aboiements et un cor sonn\u00e9. \u00c0 l&rsquo;ext\u00e9rieur de la ville, il se passe quelque chose et les villageois commencent \u00e0 courir, prirent dans une panique. Ils hurlent, ils pi\u00e9tinent, ils bousculent, ahuris dans l&rsquo;incompr\u00e9hension et dans la frayeur. Une fois gu\u00e9rit, l&rsquo;elfe me remercie et se rel\u00e8ve, les serres se regroupent et cherchent des yeux l&rsquo;ennemi. Si tant est qu&rsquo;il s&rsquo;agit de quelqu&rsquo;un qui provienne de la foule ou bien d&rsquo;une ombre cach\u00e9e dans la nuit. Je remarque sur la fl\u00e8che bris\u00e9e un morceau de papier enroul\u00e9, tach\u00e9 par le sang. Je le prends entre mes mains et tente de lire ce qu&rsquo;il y a \u00e9crit, malheureusement, c&rsquo;est devenu illisible. Je peste.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Les villageois se mettent \u00e0 l&rsquo;abri dans leur maison, lib\u00e9rant la place centrale de la ville. Les gardes de Kirmura, les serres et moi-m\u00eame gardons la t\u00eate froide. Le ma\u00eetre de la ville est rapatri\u00e9 dans l&rsquo;enceinte de son domaine, nous d\u00e9cidons de l&rsquo;accompagner afin de lui fournir une protection. Soudain, encore cet \u00e9cho, plus fort, plus violent et qui devient de plus en plus strident. Mes mains contre ma t\u00eate, un mal de t\u00eate me ronge l&rsquo;esprit et je n&rsquo;arrive pas \u00e0 me concentrer. Plus loin, on entend des pas lourds arriver dans notre direction, des gens hurlent et une petite fille et sa m\u00e8re se font poursuivre dans l&rsquo;all\u00e9e principale, nous demandant de l&rsquo;aide. Derri\u00e8re elle, une ombre surgit, une forme animale et sinistre dot\u00e9e de cornes protub\u00e9rantes et d&rsquo;une carrure gargantuesque recouverte de poils. Je n&rsquo;avais jamais vu ce type de b\u00eate. Il est seul, seulement on sent dans son regard une malveillance certaine. D&rsquo;un coup de corne, la b\u00eate embroche la m\u00e8re tandis que la petite fille tombe \u00e0 terre. Je me concentre garder mon esprit intact, esp\u00e9rant que cela suffise \u00e0 \u00e9viter l&rsquo;\u00e9trange \u00e9cho qui r\u00e9sonne dans mon esprit avant de lib\u00e9rer mes ailes et de voler en direction de l&rsquo;enfant. La patte de la b\u00eate se l\u00e8ve, pr\u00eate \u00e0 \u00e9craser. Il s&rsquo;en est fallu d&rsquo;un cheveu pour que j&rsquo;agrippe la petite dans mes bras et m&rsquo;envole pour retourner vers la sc\u00e8ne de repr\u00e9sentation. En levant les yeux, je vois que l&rsquo;\u00e9norme b\u00eate a d\u00e9truit de nombreuses habitations, des corps gisent \u00e0 m\u00eame le sol et les quelques lampions suspendus permettent d&rsquo;admirer une sc\u00e8ne sordide. En l&rsquo;espace d&rsquo;un instant, ce petit village paisible se retrouve en partie sous des d\u00e9combres. Quelque chose de mauvais est \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre et cet animal ne semble pas \u00eatre lui-m\u00eame. L&rsquo;enfant pleure, sa m\u00e8re n&rsquo;est plus et les grandes ailes dans mon dos ne peuvent me trahir.<br><br><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/nw9v9d3ckdA\">https:\/\/www.youtube.com\/embed\/nw9v9d3ckdA<\/a><\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Sans tarder, je d\u00e9ploie les ailes de nouveaux, laissant l&rsquo;enfant et Fay aupr\u00e8s de quelques serres restant en arri\u00e8re, tandis que d&rsquo;autres arpentent les escaliers pour arriver au-dessus de la gorge. Il fait nuit noire et je per\u00e7ois le mouvement des mortels qui brandissent leur arc, leurs fl\u00e8ches pr\u00eatent \u00e0 \u00eatre d\u00e9coch\u00e9es dans ma direction. Ils sont une vingtaine tout au plus, je ressens une certaine tension et quand bien m\u00eame j&rsquo;ose m&rsquo;approcher sans mauvaise intention, l&rsquo;un d&rsquo;eux s&#8217;empresse de tirer. Ne me laissant gu\u00e8re le temps de parler, j&rsquo;esquive en virevoltant sur le c\u00f4t\u00e9 avant de tendre une main vers le ciel et l&rsquo;autre, pointant les archers. Un homme d&rsquo;une quarantaine d&rsquo;ann\u00e9es s&rsquo;avance nonchalamment, son visage dur et carr\u00e9 lui donne un air mena\u00e7ant, d&rsquo;autant qu&rsquo;il arbore des sourcils broussaill\u00e9s et un cr\u00e2ne d\u00e9garni. Sa carrure imposante d\u00e9montre un entra\u00eenement intensif. Je remarque dans son cou le symbole d&rsquo;un dragon, comme celui de Deydreus sur son poignet gauche. D&rsquo;une voix rauque, l&rsquo;homme \u00e0 la t\u00eate des archers demande :<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>\u2014&nbsp;<strong>Tiens. Une cr\u00e9ature des titans. Combien d&rsquo;autres monstres aussi abjectes d\u00e9tiennent encore le Reike ?<br><\/strong><br>Les serres grimpent les marches avec rapidit\u00e9, le cliquetis de leurs armures r\u00e9sonnent dans l&rsquo;espace. Toujours \u00e0 quelques m\u00e8tres du sol, je cherche avant tout \u00e0 comprendre les agissements de ces hommes vis-\u00e0-vis du village en contrebas. Les humains peuvent \u00eatre cruels, durs et antipathiques, toutefois, j&rsquo;ose croire qu&rsquo;ils sont peut-\u00eatre guid\u00e9s par une voie qui n&rsquo;est pas la leur. Un mortel ne peut choisir le mal par conviction, du moins, c&rsquo;est ce que je pense. L&rsquo;homme m&rsquo;interpelle de nouveau, sans \u00eatre inquiet, je remarque dans son regard une pointe de malice, et m\u00eame une lueur malsaine. \u00ab\u00a0<em>Tous les hommes ne peuvent \u00eatre sauv\u00e9s<\/em>\u00a0\u00bb m&rsquo;avait-on d\u00e9j\u00e0 expliqu\u00e9. Je ne veux pas le croire. Je suis certaine que les mots peuvent apporter la paix plut\u00f4t que de brandir les armes.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>\u2014&nbsp;<strong>Je me r\u00e9jouirai d&rsquo;avoir cette paire d&rsquo;ailes en troph\u00e9e, qu&rsquo;est-ce que vous en d\u00eetes les gars ?<\/strong><\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Les hommes se mettent \u00e0 rire tandis que les pas des serres se rapprochent. Les archers reprennent rapidement leur s\u00e9rieux et je remarque qu&rsquo;ils se d\u00e9placent en cercle, attendant que les hommes de Deydreus sortent de l&#8217;embouchure des escaliers pour tirer. Je pose un pied-\u00e0-terre et me place \u00e0 quelques m\u00e8tres de l&rsquo;homme au ton sinistre, tentant de canaliser leur attention sur moi.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>\u2014&nbsp;Pourquoi avoir agi ainsi ? Pourquoi vouloir attaquer ces pauvres gens ?&nbsp;Dis-je avec une pointe d&rsquo;amertume.&nbsp;Vous n&rsquo;avez pas besoin de tuer pour vous sentir libre.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Le reikois me toise et s&rsquo;esclaffe, il n&rsquo;a aucun compte \u00e0 me rendre et me le fait bien savoir. Quoi que je dise, quoi que je fasse, je ne suis qu&rsquo;un bout de viande \u00e0 mettre sur un pic. Un troph\u00e9e de chasse pour ce boucher sans aucune once de compassion. Un mortel pr\u00eat \u00e0 d\u00e9truire et \u00e0 semer le chaos, un de ces impies que Seagan torturerait sans pr\u00e9avis. Je songe \u00e0 ce que j&rsquo;ai v\u00e9cu en d\u00e9cembre contre une entit\u00e9 unique, celle qui dilapidait tous les animaux dans les terres du Nord, une multitude qui cherche \u00e0 r\u00e9pandre le sang et la violence partout o\u00f9 elle passe. Peut-\u00eatre que l&rsquo;entit\u00e9 avait raison, peut-\u00eatre que les mortels ont un lourd fardeau qui n&rsquo;est autre que l&rsquo;existence. Pourtant, j&rsquo;ai toujours cru qu&rsquo;il serait bon de venir en aide aux Hommes de ce monde, que malgr\u00e9 la part d&rsquo;ombre de chacun, il suffit d&rsquo;une petite pointe de lumi\u00e8re pour qu&rsquo;enfin les mortels renaissent et retrouve le droit chemin.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Que nenni.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Les Serres Pourpres sont arriv\u00e9es et chaque archer d\u00e9coche une fl\u00e8che. Utilisant ma t\u00e9l\u00e9kin\u00e9sie, les fl\u00e8ches se stoppent net \u00e0 mon niveau avant de tomber sur le sol comme si elles n&rsquo;avaient jamais \u00e9t\u00e9 d\u00e9coch\u00e9es. Les archers sont dubitatifs et regardent leur chef. Les hommes de Deydreus se mettent en position \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s, nous sommes quasiment \u00e0 nombre \u00e9gal et je pense sinc\u00e8rement que la force dont nous disposons est sup\u00e9rieure \u00e0 la leur. Je m&rsquo;approche d&rsquo;un pas, le reikois sort de son ceinturon deux stilettos qu&rsquo;il maintient fermement. Je m&rsquo;arr\u00eate et m&rsquo;exprime avec calme :<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>\u2014&nbsp;La mort peut \u00eatre \u00e9vit\u00e9e, l\u00e2chez vos armes.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Le reikois ne veut pas m&rsquo;\u00e9couter, son air renfrogn\u00e9 et ses l\u00e8vres relev\u00e9es me font penser \u00e0 une b\u00eate sauvage et agressive. Il n&rsquo;a aucunement l&rsquo;intention de se laisser faire. Je r\u00e9it\u00e8re.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>\u2014&nbsp;La vie est pr\u00e9cieuse. Ne faites pas l&rsquo;erreur de tout g\u00e2cher,&nbsp;dis-je en tendant la main dans sa direction.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Une erreur. Le reikois siffle entre ses l\u00e8vres et les archers choisissent de prendre \u00e9p\u00e9es et dagues \u00e0 leur ceinturon avant de venir d\u00e9verser leur haine \u00e0 notre encontre. Il n&rsquo;y a donc pas le choix. Un grand homme m&rsquo;a dit un jour \u00ab\u00a0Tu\u00e9 ou \u00eatre tu\u00e9\u00a0\u00bb. Le chef des archers s&rsquo;avance vers moi avec une grande d\u00e9termination, muscles saillants et ses yeux inject\u00e9s de sang. Il n&rsquo;a qu&rsquo;une envie, laisser place \u00e0 la violence. Chaque serre se met en place contre un ennemi tandis que je me retrouve \u00e0 esquiver les attaques de leur chef. Je ne veux pas le tuer. Je ne souhaite pas le tuer. \u201dTu ne peux pas aider ce qui ne veut pas l\u2019\u00eatre, mais tu peux les lib\u00e9rer de leur fardeau qu\u2019est l\u2019Existence.\u201d Cette voix r\u00e9sonne encore dans mon esprit, elle m&rsquo;effraie et je ressens une adr\u00e9naline me prendre aux tripes. Le reikois me tire par une aile, celle qui fut bless\u00e9e jadis par l&rsquo;arme noire puis par la lame de la multitude avant de vouloir y arracher quelques plumes. Mon esprit s&#8217;embrume, comme un voile opaque et je me laisse guider par une \u00e9motion qui me fait vibrer au plus profond de mon \u00eatre. Une \u00e9motion refoul\u00e9e et pourtant pr\u00e9sente depuis tant d&rsquo;ann\u00e9es. Elle explose et projette alors une envie irr\u00e9pressible de lib\u00e9rer les \u00e2mes des impies. Cr\u00e9ant une dizaine d&rsquo;\u00e9p\u00e9es de lumi\u00e8re autour de moi, dont une entre mes mains, je me retourne et regarde droit dans les yeux le reikois au cr\u00e2ne d\u00e9garni.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>\u2014&nbsp;Amen.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Et dans une gicl\u00e9e de sang, je transperce la peau de l&rsquo;homme qui hurle de douleur. La lumi\u00e8re irradie si bien qu&rsquo;elle le consume de l&rsquo;int\u00e9rieur, ses organes fondent et son visage est d\u00e9form\u00e9. De sa bouche, est projet\u00e9e une gerbe d&rsquo;un rouge vif, ses yeux se r\u00e9vulsent et l&rsquo;enti\u00e8ret\u00e9 de son corps se transforme en poussi\u00e8re sous mes yeux. Mon aile lib\u00e9r\u00e9e, je regarde le ciel nocturne tandis que le bruit des lames qui s&rsquo;entrechoquent et des cliquetis des armures me ram\u00e8nent plusieurs milliers d&rsquo;ann\u00e9es en arri\u00e8re. La peur m&rsquo;avait assailli. J&rsquo;ai laiss\u00e9 p\u00e9rir tant d&rsquo;hommes et de femmes par ma l\u00e2chet\u00e9, pr\u00e9f\u00e9rant fuir mes responsabilit\u00e9s qui m&rsquo;avaient \u00e9t\u00e9 confi\u00e9s. Est-ce une des raisons qui font que mes p\u00e8res m&rsquo;ont abandonn\u00e9 ? Les \u00e9p\u00e9es de lumi\u00e8re tournoient autour de moi et d&rsquo;un geste du bras, je pointe chaque mortel qui combat une serre. Chacune des \u00e9p\u00e9es vient en aide, d\u00e9coupant les membres, tranchant dans la chair, dilapidant les ennemis. \u00c0 mes pieds, les cendres du reikois s&rsquo;envolent tandis que le combat se termine. Le vent effleure mon visage et la brume dans mon esprit se dissipe. L&rsquo;\u00e9p\u00e9e de lumi\u00e8re en main, je contemple le paysage charnier qui me fait face et regarde froidement le sang \u00e9parpill\u00e9. Vivien s&rsquo;approche et avant qu&rsquo;il ne fasse un pas de plus, je lui d\u00e9clare avec un sourire et le regard rempli d&rsquo;un sentiment amer :<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>\u2014&nbsp;J&rsquo;ai tu\u00e9 mon premier mortel.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Je n&rsquo;avais nul autre choix.<br><br>Les cendres de l&rsquo;homme disparaissent, un go\u00fbt amer et le cerveau en \u00e9bullition, j&rsquo;ai l&rsquo;impression que cet instant se fige \u00e0 jamais. Je sus \u00e0 ce moment que ma vie prendrait un tout autre tournant. Qu&rsquo;ai-je fait ? \u00c9tait-ce la bonne solution ? Suis-je en train de prendre la mauvaise voie ? Je ferme les poings et garde cet \u00e9trange sourire tandis que mon regard plonge dans le ciel nocturne. Les \u00e9toiles sont timides ce soir, elles ne se montrent pas. Les corps bris\u00e9s et d\u00e9chiquet\u00e9s des brigands baignant dans leur propre sang me perturbent. Je viens de commettre un acte meurtrier. Je tremble, non pas de peur, mais d&rsquo;une certaine excitation. L&rsquo;adr\u00e9naline m&rsquo;a procur\u00e9 un sentiment si galvanisant que j&rsquo;en ai perdu mes rep\u00e8res. Subjugu\u00e9e par un sentiment si puissant : la rage. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas de la haine \u00e0 proprement parler, mais bien d&rsquo;une envie de d\u00e9truire. Le mortel a choisi son destin, je sonne le glas de son tr\u00e9pas et le voil\u00e0 r\u00e9duit en cendres \u00e0 mes pieds. Quel triste destin. Deux mains se posent sur mes joues, je red\u00e9couvre ses yeux vairons qui me fixent, cette voix grave qui me murmure que ce n&rsquo;est certes pas facile, tout en ayant la certitude que j&rsquo;ai bien agi. Son front contre le mien, comme s&rsquo;il voulait apaiser mes pens\u00e9es sombres qui m&rsquo;obscurcissent mon \u00e2me, un seul homme parvient \u00e0 m&rsquo;approcher et \u00e0 me toucher sans que j&rsquo;ai la crainte d&rsquo;y laisser des plumes : Deydreus. Alors que je l&rsquo;\u00e9coute, celui-ci se rapproche du pr\u00e9cipice et continue son dialogue avec ce ton poignant, ce m\u00eame ton qu&rsquo;il emploie quand les moments importants marquent la vie d&rsquo;un homme. Aujourd&rsquo;hui, en cette nuit de f\u00e9vrier de l&rsquo;an 4, j&rsquo;ai tu\u00e9 de sang-froid. \u00ab\u00a0<em>Ils le m\u00e9ritaient<\/em>\u00ab\u00a0. Il est vrai que nous n&rsquo;avons pas eu le choix. Revenant de nouveau vers moi, caressant mon \u00e9paule et mes plumes, un l\u00e9ger frisson me parcourt.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Depuis notre rencontre \u00e0 Alfregium, l&rsquo;une de mes ailes est profond\u00e9ment marqu\u00e9e et je dois avouer qu&rsquo;il m&rsquo;est difficile d&rsquo;imaginer quelqu&rsquo;un d&rsquo;autres vouloir les toucher. Depuis que je suis arriv\u00e9e sur les terres du Reike, j&rsquo;ai d\u00fb cacher ma v\u00e9ritable identit\u00e9, de peur de me faire lapider par ceux qui ne supportent nullement les engeances des titans. Cet homme aux cheveux d&rsquo;\u00e9b\u00e8ne ne me fera pas de mal, il n&rsquo;est ni comme mon mentor, ni comme n&rsquo;importe quel autre homme que j&rsquo;ai pu rencontrer jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent. Tout nous oppose et pourtant, il est le pilier sur lequel je peux compter. D&rsquo;ailleurs, j&rsquo;ai encore du mal \u00e0 croire qu&rsquo;il ne soit plus mortel. Lorsqu&rsquo;il \u00e9voque le mot \u00ab\u00a0famille\u00a0\u00bb, mon c\u0153ur se serre et des images tourbillonnent dans mon esprit. Lorsqu&rsquo;il se rapproche, le temps s&rsquo;arr\u00eate et j&rsquo;ancre mon regard sur les l\u00e8vres de celui qui m&rsquo;alerte en cette nuit froide et cruelle. D&rsquo;autres horreurs viendront, ce n&rsquo;est qu&rsquo;un d\u00e9but. La question du \u00ab\u00a0si\u00a0\u00bb revient dans ma t\u00eate. Si je rejoins Deydreus, que vont devenir les jumelles et mes crois\u00e9s laiss\u00e9s \u00e0 C\u00e9lestia ? Eux aussi font partie de ma famille, je ne veux pas les abandonner, ni les laisser entre les mains de la nouvelle r\u00e9gente ayant pris la place de mon mentor. Mon sourire s&rsquo;efface et alors que des pleurs et des cris s&rsquo;\u00e9chappent du village en contrebas, une peine immense remplit mon \u00eatre tout entier. Nous finissons par rejoindre les citoyens, descendant les escaliers dans un silence de plomb. Je d\u00e9couvre le cadavre de l&rsquo;animal bris\u00e9 un peu plus loin, je ne suis pas vraiment surprise de le voir avec la m\u00e2choire d\u00e9chir\u00e9e. Parfois, je me dis que si la Griffe aurait \u00e9t\u00e9 mon ennemi, je serai peut-\u00eatre \u00e0 la place de ce B\u00e9h\u00e9moth. Je sais de quoi il est capable, je suis bien aise de l&rsquo;avoir \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s bien qu&rsquo;il soit un \u00eatre rempli de noirceur. Qu&rsquo;est-ce qui nous lie, alors que nous sommes si diff\u00e9rents ? Aujourd&rsquo;hui, j&rsquo;ai fait mes preuves envers lui, envers les Serres, envers moi-m\u00eame. J&rsquo;ai d\u00e9couvert de quoi j&rsquo;\u00e9tais capable, bien que je n&rsquo;en sois pas fi\u00e8re.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Nous arrivons chez le r\u00e9gent, sa demeure est immense et nous constatons de nombreux bless\u00e9s \u00e9tendus sur des esp\u00e8ces de brancards personnalis\u00e9s. Quelques serres s&rsquo;en vont aider ceux dans le besoin et la tourmente, tandis que l&rsquo;elfe s&rsquo;approche et prend mes mains dans les siennes. Hochant doucement la t\u00eate, je rel\u00e2che \u00e9galement la pression qui me p\u00e8se sur les \u00e9paules en sachant que la petite fille et lui vont bien. Sans notre aide, sans celles des Serres, de la Griffe ou de moi-m\u00eame, les choses auraient \u00e9t\u00e9 d&rsquo;une tout autre tournure. Alors qu&rsquo;il \u00e9voque ma nature ang\u00e9lique, je suis \u00e9galement surprise de savoir que je devienne une alli\u00e9e de ce village nich\u00e9e dans les gorges du d\u00e9sert du Reike. Je m&rsquo;incline l\u00e9g\u00e8rement en signe de respect. Toutefois, ce fut de courte dur\u00e9e puisque la Griffe reprend son ton solennel et froid, menant la r\u00e9alit\u00e9 sur le devant de la sc\u00e8ne. Le reikois aux yeux vairons demande des \u00e9claircissements sur l&rsquo;attaque, ce \u00e0 quoi, je donne des indications sur le bandit que j&rsquo;ai affront\u00e9, \u00e9num\u00e9rant le symbole dans le cou, ses atours et l&rsquo;arme qu&rsquo;il a utilis\u00e9. Je ne trouve rien de bien pr\u00e9cis \u00e0 r\u00e9torquer. Un froid s&rsquo;installe, bien que ses mots soient justes bien que s\u00e9v\u00e8res. Diriger ne doit pas \u00eatre de tout repos, surtout lorsque votre village entier se fait attaquer de toute part et nous sommes loin d&rsquo;avoir terrass\u00e9 le mal qui s\u00e9vit sur Kirmura. Nous laissant seuls, le reikois \u00e0 l&rsquo;armure noire me proposent plusieurs choix et c&rsquo;est sans conteste que je d\u00e9sire aider les quelques gens encore en difficult\u00e9 ou s\u00e9v\u00e8rement touch\u00e9s. Je lib\u00e8re mon esprit des pens\u00e9es n\u00e9gatives qui me hantent, permettant ainsi \u00e0 ma magie bienfaitrice d&rsquo;\u0153uvrer pour le bien de ces gens. Certains me remercient, d&rsquo;autres sont encore dans un coma profond et le plus important, aucun n&rsquo;aura besoin de se faire couper un bras ou une jambe. Stoppant les h\u00e9morragies, r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration des tissus, mon mana op\u00e8re et r\u00e9pare ces corps si fr\u00eales des mortels encore en vie. Certains ont, h\u00e9las, rendu l&rsquo;\u00e2me, laissant parent et enfant en pleurs. J&rsquo;ai \u00e9galement connu la mort d&rsquo;un proche, mais elle ne m&rsquo;a pas d\u00e9truite. Je pense que si je venais \u00e0 perdre les jumelles, Alphys ou pire encore, Deydreus, je ne serai plus jamais la m\u00eame.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>C&rsquo;est alors qu&rsquo;une petite fille sort de sa cachette, la m\u00eame ayant perdu sa m\u00e8re un peu plus t\u00f4t dans la soir\u00e9e, tranch\u00e9e par le b\u00e9h\u00e9moth. Les yeux rougis, elle me remercie comme elle peut, hoquetant et me serrant dans ses bras. Parfois, un simple geste a bien plus de significations que des mots. Cette jeune fille esp\u00e8re devenir une grande femme forte et capable de soigner, afin d&rsquo;\u00eatre un membre important, capable de soutenir ceux qui en sont d\u00e9pourvus. Je lui offre mon plus beau sourire. Elle n&rsquo;a pas tort. Que seraient ces hommes sans une personne capable de couvrir leurs blessures ? Elle s&rsquo;en va, sans pouvoir trouver le sommeil. Une enfant perturb\u00e9e qui sera hant\u00e9e par les cauchemars de sa m\u00e8re d\u00e9coup\u00e9e. Je vois cette enfant s&rsquo;\u00e9loigner et mon c\u0153ur se brise, je ressens cette immense tristesse et ce grand vide, si petite, si fragile. Je r\u00e9cup\u00e8re Fay, prostr\u00e9e dans un coin de la pi\u00e8ce, attendant sagement que sa ma\u00eetresse revienne. Le f\u00e9lid\u00e9 toise la Griffe du regard lorsque nous sortons de la b\u00e2tisse, elle ressent une magie sinistre autour de lui. Elle ne dit rien, mais elle n&rsquo;en pense pas moins. Elle se m\u00e9fie. Je proclame vouloir retirer tout ce sang sur mon corps et sur mes plumes, ne me sentant pas tr\u00e8s \u00e0 l&rsquo;aise des suites de ce combat. Ce sang qui ne m&rsquo;appartient pas. Le sang d&rsquo;un homme. Je prends une profonde inspiration tandis que nous empruntons un autre chemin, nous \u00e9cartant de la population.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>\u2014&nbsp;J&rsquo;ai p\u00e9ch\u00e9. Il est dit dans nos enseignements qu&rsquo;il ne faut jamais tuer un homme. Alors, oui, j&rsquo;ai entendu ce que tu as dit. Laisse-moi juste le temps de m&rsquo;impr\u00e9gner de cette le\u00e7on. Je ne fais plus partie du Nouvel Ordre, dor\u00e9navant.&nbsp;Un silence.&nbsp;Enfin &#8230; A vrai dire, j&rsquo;ai d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 Vivien que je d\u00e9sirais le quitter. Je ne m&rsquo;y sens plus \u00e0 ma place. Le monde est si diff\u00e9rent de ce que j&rsquo;avais imagin\u00e9. Je ne sais m\u00eame pas si j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 dup\u00e9 tout le long aux c\u00f4t\u00e9s de mon mentor. J&rsquo;ai compris d\u00e9sormais pourquoi les titans m&rsquo;ont abandonn\u00e9e sur cette terre. Il n&rsquo;y a rien de plus que de l&rsquo;arrogance. Mes parents &#8230; Sont indignes. Ils ne sont pas ma famille.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Je ferme les yeux un instant et me rem\u00e9more les moments forts de mon existence, je me souviens avoir quitt\u00e9 le royaume des cieux pour vivre \u00e9ternellement sur ces terres remplies de monstres uniques et assoiff\u00e9s de sang. Je pensais \u00eatre une enfant pure et innocente, aujourd&rsquo;hui, j&rsquo;ai compris quel est ma v\u00e9ritable nature. Une enfant des titans d\u00e9truit, annihile et s\u00e8me le chaos. N\u00e9anmoins, je continue \u00e0 croire en mes pr\u00e9ceptes et ne compte pas laisser la rage et la douleur inonder mon \u00e2me. Je saisis la main de mon amant et m&rsquo;arr\u00eate au beau milieu de ce chaos, en cette nuit sordide et brutale.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>\u2014&nbsp;Deydreus, fais de moi un membre de ta famille. Montre-moi comment devenir une serre. Je promets de vous prot\u00e9ger et &#8230; je saurai faire les bons choix. Je ne dis pas que je serai capable de tuer des mortels aussi facilement que vous en \u00eates capables, car tu sais ce que je d\u00e9sire plus que tout. Seulement &#8230; J&rsquo;ai vu. J&rsquo;ai saisi tes paroles. J&rsquo;ai d\u00e9couvert une part de violence en moi. J&rsquo;ai vu quel \u00e9tait ma v\u00e9ritable nature en tant que cr\u00e9ation des titans. Et elle m&rsquo;effraie.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Mon c\u0153ur se serre et Fay s&rsquo;enroule autour de mon cou, ressentant mon stress. Je tremble encore une fois, non pas d&rsquo;exaltation, mais de peur. Je redoute ce que je suis r\u00e9ellement alors que je pensais \u00eatre tout autrement. Mon aile droite est marqu\u00e9e \u00e0 jamais par les cicatrices des combats et encore bien d&rsquo;autres appara\u00eetront.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>\u2014&nbsp;Un jour, j&rsquo;ai rencontr\u00e9 un \u00eatre. Si irr\u00e9el. Se baladant dans les terres du nord. Cet \u00eatre m&rsquo;a transform\u00e9, Dey. Elle a puis\u00e9 en moi un sentiment que j&rsquo;avais refoul\u00e9, dont je ne pensais m\u00eame pas capable la retrouver. Un sentiment encore plus fort que ma rage contre l&rsquo;ange du manoir ou lors de mon combat contre l&rsquo;ap\u00f4tre Raguiel. Quelque chose que je n&rsquo;osais pas employer lorsqu&rsquo;on m&rsquo;a demand\u00e9 de rallier les hommes sous une seule et m\u00eame banni\u00e8re. La violence. Une violence si terrifiante, si palpable, qu&rsquo;elle me galvanise. Je ne veux pas \u00eatre un monstre. Je veux \u00eatre &#8230; Moi !<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Je place mes mains contre mon plexus et regarde le sol de terre battue, la l\u00e9g\u00e8re brise balaye les grains de sable et de poussi\u00e8re. Les cris et les pleurs des citoyens un peu plus loin m&rsquo;extirpent de mes songes avant de lui demander :<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>\u2014&nbsp;Personne ne peut purifier mon \u00e2me. Je l&rsquo;ai souill\u00e9. Qui suis-je d\u00e9sormais ? Je pensais devenir Luv\u00efel la protectrice du peuple, maintenant, je suis Luv\u00efel, la pers\u00e9cutrice.&nbsp;Un soupir.&nbsp;Vais-je r\u00e9ellement pouvoir apporter la lumi\u00e8re dans ce monde ? Je pensais tant avoir une maison au Nouvel Ordre, une v\u00e9ritable famille, mais lorsque j&rsquo;ai compris ce que repr\u00e9sentait r\u00e9ellement l&rsquo;ordalie, les fanatiques &#8230; Je ne peux pas revenir en arri\u00e8re. Si j&rsquo;y retourne, c&rsquo;est seulement pour aller chercher ceux qui me sont chers.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Fay descend de mes \u00e9paules et se place dans un coin, attendant patiemment que je reprenne la route. Il me faut me d\u00e9livrer de tout ce sang.&nbsp;<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>\u2014&nbsp;Deydreus, veux-tu bien que je t&rsquo;accompagne dans ta vie au Reike ?<br><br>La mort. Elle r\u00f4de et nous entoure de son voile invisible, attendant le moment propice pour frapper. Les mots employ\u00e9s par Deydreus sont durs, mais justes. Il m&rsquo;\u00e9claire sur la situation des Serres, de cette nature qui ne d\u00e9finit pas ce que nous sommes. Tout ce que l&rsquo;on est, c&rsquo;est en le construisant un peu plus chaque jour par des rencontres, des combats, des paroles. Seulement, en rejoignant les Serres Pourpres, il faut que je prenne conscience que ce que j&rsquo;ai accompli tant\u00f4t envers ces bandits pourrait de nouveau \u00eatre r\u00e9it\u00e9r\u00e9. La vie n&rsquo;est pas un long fleuve tranquille et je dois devenir plus forte, plus endurante. Je peux \u00eatre l&rsquo;\u00e9gide pour mes alli\u00e9s, l&rsquo;\u00e9p\u00e9e pour mes ennemis et la porteuse qui ralliera les mortels. Deydreus sera celui qui m&rsquo;\u00e9l\u00e8vera, qui me donnera confiance en moi sans passer par des moyens radicaux. Je d\u00e9sire \u00eatre une meilleure version de moi-m\u00eame et il faudra du temps, de l&rsquo;entra\u00eenement, de la sueur et du sang. Mes tourments ne cesseront d&rsquo;exister tant que je n&rsquo;aurai pas appris \u00e0 comprendre cette violence qui m&rsquo;habite. Heureusement, je ne suis pas seule et je sais que le chevalier aux sombres armoiries me guidera. Il est important de veiller \u00e0 son bien-\u00eatre et pour cela, je ne dois pas compter uniquement sur la Griffe, car lui-m\u00eame \u00e0 ses propres d\u00e9mons. Cet homme est unique, majestueux, charismatique, je le regarde avec envie. Je le trouve plus sage que n&rsquo;importe quel homme que j&rsquo;ai rencontr\u00e9 \u00e0 C\u00e9lestia, son aura m&rsquo;interpelle et je vibre pour lui d&rsquo;un amour sinc\u00e8re. Il m&rsquo;\u00e9veille. \u00ab\u00a0La juge\u00a0\u00bb, il est difficile d&rsquo;\u00eatre impartial, il est ardu de faire des choix. Seulement, on ne peut pas avancer sans prendre des risques et il faut parfois mettre la main \u00e0 la p\u00e2te. Le chevalier sait ce qu&rsquo;il en co\u00fbtera de m&rsquo;avoir \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, il va falloir que je me batte pour que nous puissions \u00eatre r\u00e9unis sous la banni\u00e8re imp\u00e9riale. Je dois admettre qu&rsquo;il m&rsquo;arrive d&rsquo;y penser et de ressentir la peur de faire face \u00e0 l&#8217;empereur Tensa\u00ef, comme dans l&rsquo;illusion cr\u00e9e par Seagan. Je vois des immenses cornes, un regard froid et surtout cette rage inou\u00efe. Il m&rsquo;effraie, bien plus que ma propre violence. Deydreus m&rsquo;extirpe de mes pens\u00e9es, ses l\u00e8vres contre les miennes. Je ne suis pas seule. Je ne le serai plus jamais.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Nous d\u00e9ambulons jusqu&rsquo;\u00e0 retourner au b\u00e2timent o\u00f9 les Serres sont assign\u00e9es, nous empruntons quelques couloirs apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 les cris et les pleurs sur la place de Kirmura. Nous retrouvant seul \u00e0 seul, je me d\u00e9v\u00eatis et laisse les v\u00eatements glisser sur ma peau avant de rejoindre l&rsquo;eau chaude. Le froid du d\u00e9sert contraste avec la chaleur du bain, je me sens plus sereine et en s\u00e9curit\u00e9, emmitoufl\u00e9e dans cet espace de pl\u00e9nitude. Le sang est impr\u00e9gn\u00e9 par le tissu d\u00e9tenu entre les mains du reikois. Celui-ci sait pertinemment que je suis perturb\u00e9e par ce que j&rsquo;ai accompli tant\u00f4t. Mon dos est lib\u00e9r\u00e9 des taches de sang et lorsqu&rsquo;il me pivote, croisant son h\u00e9t\u00e9rochromie, je commence \u00e0 rougir. Il a raison. Autant profiter des instants comme ceux-ci pour nous remettre d&rsquo;aplomb et nous dire que la vie n&rsquo;est pas seulement qu&rsquo;une multitude de violence et de gicl\u00e9es de sang. Enveloppant ses \u00e9paules de mes bras menus, je laisse mes l\u00e8vres contre les siennes un instant. Nous pouvons nous d\u00e9connecter un instant de la r\u00e9alit\u00e9 pour pouvoir savourer cet amour, o\u00f9 personne ne peut nous regarder, o\u00f9 personne ne peut nous s\u00e9parer. Pas m\u00eame l&rsquo;espace, ni le temps, ni par qui que ce soit. Je l&rsquo;aime, \u00e9perdument, et rien ni personne ne s&rsquo;interposera entre lui et moi. Je serai capable de tout faire pour lui, car il est devenu mon pilier de vie. La distance qui nous a s\u00e9par\u00e9 depuis Alfregium m&rsquo;a effray\u00e9 au d\u00e9but, de peur de ne jamais le revoir ou m\u00eame que ce n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;une petite histoire pour un mortel avec une engeance des titans. Je ne suis pas sa pire ennemie, au contraire, je souhaite lui apporter tout l&rsquo;amour, toute la tendresse et mon soutien dans son p\u00e9riple d&rsquo;\u00eatre devenu immortel. Nous prouverons au Reike que toutes les engeances des titans ne sont pas hostiles. D&rsquo;ailleurs, je sais que je pourrais leur \u00eatre utile. J&#8217;embrasse ensuite ses joues, puis son cou avant de descendre sur ses trap\u00e8zes, mes mains caressent son dos avec douceur. Je lui d\u00e9clare \u00e0 voix basse :<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>\u2014 Dey&rsquo;, je sais ce que je veux. Je sais de quoi je suis capable. Il me faudra du temps, de la patience et de la volont\u00e9. Je suis un \u00eatre rempli de magie, j&#8217;emploie surtout ma lumi\u00e8re et mes soins. Je saurai vous \u00eatre efficace, m\u00eame en combat. Si tu veux m&rsquo;apprendre \u00e0 manier une arme, sache que je suis curieuse et ai soif de connaissance. J&rsquo;apprendrais les rudiments du combat aupr\u00e8s des Serres et chercherais \u00e0 performer pour \u00eatre votre \u00e9gal. Par contre, je suis certaine qu&rsquo;aucun d&rsquo;entre vous n&rsquo;aimerait \u00eatre r\u00f4ti par ma magie, dis-je avec un petit rire.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Je recule en d\u00e9gageant mes mains du torse du chevalier. Ses nombreuses cicatrices me rappellent que la chaire peut-\u00eatre marqu\u00e9e \u00e0 jamais, comme lorsque je regarde l&rsquo;une de mes ailes bless\u00e9e par de nombreuses lames l&rsquo;ayant fendue par endroit. Heureusement, les plaies ont caut\u00e9ris\u00e9 et bien qu&rsquo;il n&rsquo;y ai plus de plumes \u00e0 ses emplacements, je peux toujours voler. Ce sont l\u00e0 les marquages d&rsquo;une nouvelle vie en dehors de la for\u00eat des Pins Argent\u00e9s, ainsi qu&rsquo;en-dehors des murs de C\u00e9lestia. Baign\u00e9e dans un cocon de neige, ce fut difficile de me confronter \u00e0 la dure r\u00e9alit\u00e9 de ce monde. Je d\u00e9couvre un peu plus chaque jour ce qui m&rsquo;entoure, d\u00e9couvre des personnalit\u00e9s incroyables et fi\u00e8res, comme des guerriers intr\u00e9pides et cruels. Je sens au plus profond de moi que je change, que je d\u00e9couvre un peu plus qui je suis r\u00e9ellement et toutes les possibilit\u00e9s qui s&rsquo;offrent \u00e0 moi. Je ne suis plus r\u00e9gi par des r\u00e8gles, plus r\u00e9gie par le commandement de mes p\u00e8res. Plongeant ma t\u00eate dans l&rsquo;eau du bain, me laissant aller au silence, mes sombres pens\u00e9es se dissipent dans un coin de mon esprit. Qu&rsquo;est-ce que je d\u00e9sire ce soir ? Je rel\u00e8ve tout doucement la t\u00eate, l&rsquo;eau au niveau du nez et m&rsquo;avance doucement vers le reikois. Un sourire en coin, je commence \u00e0 l&rsquo;attraper par la main et \u00e0 l&#8217;emmener vers moi, nous enveloppant dans mes ailes mouill\u00e9es pour pouvoir jouer et plus si affinit\u00e9s.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Plus tard, je lui demande avec calme :<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>\u2014 Je me demandais &#8230; Et si l&#8217;empire du Reike ne veut pas de moi. Si je deviens r\u00e9ellement une ennemie, que fera-t-on ? Je ne veux pas retourner sur les terres du Nouvel Ordre, ni m\u00eame errer dans les terres d\u00e9sol\u00e9es de Shoume\u00ef. Nous avons bien vu ce qu&rsquo;il s&rsquo;y cache. Je caresse de nouveau le dos de mon vampire, mon corps bouillant contre le sien. Je n&rsquo;ai jamais voulu cacher ma nature, Dey. Marcher dans le d\u00e9sert ou dans les terres du Nord fut \u00e9prouvant. J&rsquo;avais l&rsquo;impression de renier une partie de ce que je suis. Cependant, quand je vois la r\u00e9action du chef du village, je me dis que tout est possible.<br><br>Au-del\u00e0 des sentiments, j&rsquo;ai toujours d\u00e9sir\u00e9 me rendre utile envers autrui. Bien que les titans m&rsquo;aient donn\u00e9 une mission jusqu&rsquo;alors inachev\u00e9e, je sais qu&rsquo;il est temps pour moi de voler de mes propres ailes. Je n&rsquo;ai plus \u00e0 penser \u00e0 ces \u00e9checs qui ruinent mon esprit et me lac\u00e8rent mon \u00e2me, dor\u00e9navant, je suis libre. Toutefois, dans un coin de ma t\u00eate ressurgissent toujours ces souvenirs douloureux, de tous ces combats men\u00e9s sans succ\u00e8s et du sang d\u00e9vers\u00e9. En regardant le vampire, l&rsquo;\u00e9coutant sans broncher, je me doute que mon histoire ne fait r\u00e9ellement que commencer et que bien des \u00e9preuves m&rsquo;attendent au tournant. Je pensais que mon existence devait rester secr\u00e8te, discr\u00e8te au beau milieu des bois. Une enfant sauvage isol\u00e9e et perdue, qui a fuit le combat pour se terrer telle une l\u00e2che. Aujourd&rsquo;hui, quand je regarde ce que j&rsquo;ai accompli en l&rsquo;espace de sept mois, une sensation grisante me galvanise et j&rsquo;ai m\u00eame pu exprimer de nouvelles \u00e9motions, m&rsquo;affranchir de nouveaux pouvoirs, d\u00e9velopper une confiance en moi. La connaissance de soi, apprendre ses limites et pouvoir \u00e9galement se surpasser sont des \u00e9l\u00e9ments cl\u00e9 pour la construction d&rsquo;une meilleure version de nous-m\u00eame. Les rencontres de chaque individu ayant \u00e9t\u00e9 sur ma route m&rsquo;ont \u00e9galement permis d&rsquo;\u00e9voluer, de m&rsquo;apporter de nouveaux horizons et des possibilit\u00e9s jusqu&rsquo;alors inattendues. Je m&rsquo;abreuve de cette volont\u00e9 de vouloir aider le peuple, de tendre la main aux mortels et d&rsquo;\u00eatre ce symbole de lumi\u00e8re qui r\u00e9gisse dans leur c\u0153ur. Seulement, j&rsquo;ai compris que tout le monde ne peut \u00eatre amen\u00e9 sur le droit chemin, qu&rsquo;il est parfois ardu de vouloir clamer la raison \u00e0 des \u00eatres ayant une foi aveugle comme les fanatiques de Shoume\u00ef ou les pro-Shierak comme Am\u00e9lia. Tous les \u00eatres vivants ont leurs propres objectifs, leur vision et leur volont\u00e9, il est quasi impossible de rallier tout le monde sous un m\u00eame flambeau. J&rsquo;ai d\u00fb choisir mon camp.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Avec des \u00ab\u00a0et si\u00a0\u00bb, on pourrait refaire le monde. Je suis certaine que sans ces \u00e9v\u00e9nements pass\u00e9s avant Sancta, je ne serai pas ce que je suis aujourd&rsquo;hui. La disparition de Seagan m&rsquo;a \u00e9galement impact\u00e9, plus qu&rsquo;un mentor, il \u00e9tait devenu le symbole d&rsquo;un p\u00e8re adoptif. Toutefois, on croit conna\u00eetre parfaitement ses alli\u00e9s et il n&rsquo;en est rien. J&rsquo;avais tant de questions \u00e0 lui poser, tant de tourments \u00e0 lui \u00e9voquer. Je reste effray\u00e9e par l&#8217;empereur Tensa\u00ef, je ne me vois pas pr\u00eater all\u00e9geance \u00e0 cet homme sans c\u0153ur, temp\u00e9tueux et vil pourtant, je dois faire un sacrifice si je d\u00e9sire vivre sur les terres du Reike en compagnie de la Griffe. Ah. Quelle ironie. Je connais le passif de Seagan envers l&#8217;empereur, je sais qu&rsquo;il fut emprisonn\u00e9 alors qu&rsquo;il a quitt\u00e9 sa nation pour allez lib\u00e9rer Ayshara d&rsquo;un mal ayant atteint sa vie. Lui-m\u00eame me l&rsquo;a dit, nous avons un comportement similaire et peut-\u00eatre qu&rsquo;elle et moi avons bien plus en commun que je ne peux l&rsquo;imaginer. Un jour, je l&rsquo;esp\u00e8re, je pourrais la rencontrer et \u00e9voquer avec elle les tourments de mon ancien mentor, aujourd&rsquo;hui disparu. Lorsque Deydreus me demande de lui dire tout ce que j&rsquo;ai fait au sein du Nouvel Ordre, un sourire se fige sur mon visage. Ma nature ne peut d\u00e9finir qui je suis, ce sont les actes et les paroles qui prouveront que je peux avoir ma place au sein du Reike, afin de suivre les Serres. Je scrute ses yeux, teint\u00e9 d&rsquo;un rouge vif et d&rsquo;un bleu saphir, son bras recouvert de cet \u00e9trange \u00e9piderme et l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 de ses doigts griffus. Il m&rsquo;enlace, ses l\u00e8vres contre les miennes. Avec douceur, je lui d\u00e9clare alors sans a priori tout ce que j&rsquo;ai accompli au sein des portes de C\u00e9lestia.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>\u2014&nbsp;En tant que repr\u00e9sentante du peuple, j&rsquo;ai \u00e9norm\u00e9ment pr\u00eat\u00e9 attention aux shoum\u00e9\u00efens ayant besoin d&rsquo;aide. Priant, mangeant et savourant chaque instant pr\u00e9sent \u00e0 leur c\u00f4t\u00e9. Ma seule v\u00e9ritable mission \u00e9tait d&rsquo;aller \u00e0 Sancta, afin de la lib\u00e9rer pour que nous puissions utiliser les forges. Malheureusement pour nous, apr\u00e8s ce qu&rsquo;il s&rsquo;est pass\u00e9s \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des lieux, nous n&rsquo;avons rien pu d\u00e9couvrir. D&rsquo;ailleurs &#8230; C&rsquo;est \u00e9trange de le dire de cette mani\u00e8re, mais, je suis d\u00e9j\u00e0 morte l\u00e0-bas.Je prends une profonde inspiration, reprenant mes esprits et lui parlant des \u00e9v\u00e9nements qui s&rsquo;y sont d\u00e9roul\u00e9s.&nbsp;Je suis parvenue aux portes de Sancta avec une dizaine d&rsquo;hommes, Morndrizel, une liche plurimill\u00e9naire m&rsquo;accompagnait dans ce p\u00e9riple. Une n\u00e9cromancienne. Nous nous sommes aventur\u00e9s \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur et d\u00e8s que nous avons franchi les portes, nous avons fait la rencontre d&rsquo;un d\u00e9mon qui connaissait Seagan. Un certain Sampiero, douteux et un \u00eatre singulier \u00e0 la chevelure rougeoyante et au ton hautain. Un sc\u00e9l\u00e9rat, si tu veux mon avis. Je ne le porte pas dans mon c\u0153ur.&nbsp;Je recule et me redresse de tout mon long, fron\u00e7ant les sourcils et d\u00e9clare gravement.&nbsp;Des reikois nous ont attaqu\u00e9s. Ils ont d\u00e9capit\u00e9 Morndrizel devant moi tandis que leur chef m&rsquo;a d\u00e9coup\u00e9 un bras et une aile. L&rsquo;un d&rsquo;eux m&rsquo;a mis une esp\u00e8ce de collier autour du cou et puis &#8230; Trou noir. Morndrizel et moi sommes immortelles, nous nous souvenons parfaitement de notre mort. Sancta \u00e9tait enferm\u00e9e dans une boucle temporelle, nous l&rsquo;avons appris bien plus tard. Des mages noirs ont entrepris d&rsquo;utiliser le corps d&rsquo;une d\u00e9mone nomm\u00e9e Lilith, utilisant son pouvoir pour enfermer la cit\u00e9 enti\u00e8re dans cette boucle infinie. Ce sort de boucle infinie devait \u00eatre utilis\u00e9 dans tout Seka\u00ef, s&rsquo;\u00e9tendre au-del\u00e0 de Sancta. Heureusement, nous y avons mis fin. Ce qu&rsquo;il s&rsquo;est pass\u00e9 l\u00e0-bas est un v\u00e9ritable chaos. Seagan est apparu pour nous aider \u00e0 battre des \u00e9l\u00e9mentaires tandis que nous \u00e9tions accul\u00e9s de toute part avec Morndrizel et le d\u00e9mon Sampiero, puis il s&rsquo;enferma dans le royaume des Gardiens avec l&rsquo;invocateur. Il me demanda de veiller sur le Nouvel Ordre en son absence.&nbsp;Je commence \u00e0 rire jaune.&nbsp;Sampiero est un l\u00e2che qui n&rsquo;a pas arr\u00eat\u00e9 de se transformer en corbeau et nous abandonner en plein combat. Quel couard. Et puis, concernant les paroles de Seagan, comment aurai-je pu prendre la t\u00eate de l&rsquo;Ordre ? De toute fa\u00e7on, il y a une r\u00e9gente qui a pris sa place. Je n&rsquo;ai m\u00eame pas eu envie de la c\u00f4toyer plus que \u00e7a. Je voulais aider mon mentor, lui apporter de la douceur et lui faire comprendre que nous pouvons pardonner les p\u00e9ch\u00e9s commis. Aujourd&rsquo;hui, tout ceci est caduc.&nbsp;Je referme mes poings et mon regard brille d&rsquo;une lueur vive.&nbsp;Si je dois souffrir et affronter maintes \u00e9preuves pour parvenir \u00e0 mes fins, alors qu&rsquo;il en soit ainsi. Je sais ce que je veux et personne ne contr\u00f4lera ma vie. Si je dois appartenir au Reike et qu&rsquo;il me faut affronter ceux qui m&rsquo;ont tendu la main, je dois t&rsquo;avouer que je risque de tr\u00e8s mal le vivre. Par contre, je veux absolument retrouver Anna et Elsa ainsi que mes crois\u00e9s. Leur faire comprendre que nous ne pouvons rester l\u00e0-bas. Seulement &#8230; Si jamais il n&rsquo;accepte pas la situation, alors &#8230; Alors &#8230; Je baisse les bras un instant. Alors, je les laisserai partir.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Sancta m&rsquo;aura profond\u00e9ment marqu\u00e9e, d&rsquo;autant que je voue d\u00e9sormais une haine sans pareille au seul d\u00e9mon qui m&rsquo;a presque fait sortir de mes gonds. Je le hais. Si fort. Toutefois, ma haine s&rsquo;\u00e9vapore lorsque l&rsquo;homme dont je suis \u00e9prise me rassure et me prend de nouveau contre lui. Je m&rsquo;abandonne compl\u00e8tement, laissant mes souvenirs s&rsquo;\u00e9chapper de mes pens\u00e9es pour me focaliser sur l&rsquo;unique \u00eatre qui parvient \u00e0 calmer mes \u00e9motions, lib\u00e9rant un feu ardent dans mon c\u0153ur. S&rsquo;il savait tout le bien qu&rsquo;il me procure, s&rsquo;il comprenait l&rsquo;importance de mon \u00e9volution, de ce que je suis pr\u00eate \u00e0 accomplir pour lui. Il est plus qu&rsquo;un amant. Plus qu&rsquo;un ami. Plus qu&rsquo;un alli\u00e9. Il est la personne pour qui je serai pr\u00eate \u00e0 affronter monts et vall\u00e9es, dont Shoume\u00ef.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>* &nbsp; *<br>*<br>Au lendemain, apr\u00e8s le d\u00e9brief de la Griffe, nous nous retrouvons dans une maison o\u00f9 un corps y g\u00eet. La pi\u00e8ce est d\u00e9labr\u00e9e, les meubles en morceaux, on imagine sans peine un combat rude qui y fut men\u00e9. Les serres se d\u00e9ploient, inspectant la pi\u00e8ce en long et en large, jetant un coup d&rsquo;\u0153il \u00e0 tout objet ou traces susceptibles d&rsquo;apporter des r\u00e9ponses. J&rsquo;utilise ma perception magique seulement, aucune trace de mana n&rsquo;est \u00e0 d\u00e9plorer. Au moins, il n&rsquo;y aucun pi\u00e8ge ni m\u00eame d&rsquo;entit\u00e9 \u00e9trange capable de sortir des murs. Il vaut mieux s&rsquo;attendre \u00e0 tout et veiller sur ses arri\u00e8res. Je regarde les traces de griffes, ne sachant pas \u00e0 quoi est-ce d\u00fb. Les drapeaux en lambeaux, je remarque que l&rsquo;investigation prend du temps. L&rsquo;analyse est importante seulement, je n&rsquo;arrive pas \u00e0 apporter une aide quelconque dans ce lieu. Lorsque je m&rsquo;en vais vers Deydreus et qu&rsquo;il explique qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un Strygx, je rel\u00e8ve un sourcil et ne connais pas l&rsquo;origine de cette b\u00eate. Manquant de discernement, il m&rsquo;est pour l&rsquo;instant, impossible d&rsquo;apporter une interpr\u00e9tation \u00e0 la sc\u00e8ne devant nous.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>\u2014&nbsp;Qu&rsquo;est-ce donc ? Durant mon existence, je n&rsquo;en ai jamais crois\u00e9 dans la for\u00eat des Pins Argent\u00e9s. J&rsquo;ai pu d\u00e9couvrir des b\u00eates f\u00e9roces et terrifiantes, bien que ce nom ne m&rsquo;\u00e9voque rien, pourrais-tu m&rsquo;expliquer de ce dont il s&rsquo;agit, je te prie ? En as-tu d\u00e9j\u00e0 affront\u00e9 ?<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Entre les b\u00e9h\u00e9moths qui r\u00f4dent, le danger des bandits et possiblement une Strygx, je sens encore que nous ne sommes pas sorti d&rsquo;affaire. Le village de Kirmura vit des temps bien difficiles et j&rsquo;ose esp\u00e9rer que ces habitants ne finissent pas tous d\u00e9chiqueter ou tuer par tout ce qui s&rsquo;abat sur cette ville. Comment est-ce possible d&rsquo;avoir autant de probl\u00e8mes ? Aucune magie des titans n&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre, ce n&rsquo;est pas comme sur les terres d\u00e9sol\u00e9e de Shoume\u00ef. Nous aviserons.<br><br>L&rsquo;esprit analytique du chevalier aux sombres armoiries est pertinent, d&rsquo;autant qu&rsquo;il prend le temps de m&rsquo;expliquer quelle est cette cr\u00e9ature dont je n&rsquo;ai jamais entendu le nom. Il va falloir en apprendre davantage sur la situation, notamment sur ce monstre qui r\u00f4de et s&rsquo;affaire \u00e0 attaquer des innocents. S&rsquo;il s&rsquo;agit bien l\u00e0 d&rsquo;une b\u00eate solitaire, peut-\u00eatre pourrai-je interagir avec la cr\u00e9ature si nous d\u00e9couvrons sa tani\u00e8re. Interpell\u00e9s, nous nous retournons vers l&rsquo;un des membres des Serres qui nous indique un trou menant \u00e0 des galeries sous-terraines. Fron\u00e7ant les sourcils, la main sous le menton, j&rsquo;\u00e9coute attentivement les suppositions du noble guerrier. Entre les b\u00e9h\u00e9moths qui errent, le Strygx tapis dans l&rsquo;ombre ainsi que les bandits, quel est donc le destin de ce village au milieu de ce d\u00e9sert ? Reprenant la route \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur de la b\u00e2tisse, nous croisons de nombreux visages encore marqu\u00e9s par les \u00e9v\u00e9nements d&rsquo;hier soir. Les hommes en armure d&rsquo;\u00e9b\u00e8ne ne lambinent pas, suivant leur chef parmi la foule. La terreur et les morts d&rsquo;hier soir ont laiss\u00e9 place \u00e0 une tout autre ambiance dans cette grande all\u00e9e. Les couleurs chatoyantes des tissus et les sourires des commer\u00e7ants cherchant \u00e0 vendre leur marchandise, happant les potentiels clients en \u00e9changeant quelques pi\u00e8ces contre des mets raffin\u00e9s ou des objets \u00e9tonnants. Tandis que nous parcourions l&rsquo;all\u00e9e pour attendre l&rsquo;autre extr\u00e9mit\u00e9, une voix cherche \u00e0 nous interpeller. Croisant le regard de mon chevalier, circonspecte, je constate alors le marchand qui r\u00e9cup\u00e8re un objet de son \u00e9tal, avant de m&rsquo;expliquer pourquoi il souhaite m&rsquo;offrir ce pr\u00e9sent. Les souvenirs sont douloureux, je le vois dans son regard. Son visage marqu\u00e9 par le chagrin et \u00e0 la fois ce soulagement d&rsquo;avoir encore sa fille avec lui. Dans mon esprit est rejou\u00e9e la sc\u00e8ne o\u00f9 la m\u00e8re tente de s&rsquo;\u00e9chapper et se fait occire devant sa petite fille, le sang se d\u00e9versant sur le sol avant de me pr\u00e9cipiter pour sauver l&rsquo;enfant. Une \u00e2me si jeune, marqu\u00e9e \u00e0 jamais. Avec un sourire triste, j&rsquo;accepte son cadeau et d\u00e9clare avec douceur :<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>\u2014&nbsp;Mon devoir est d&rsquo;aider les mortels. Vous m&rsquo;honorez et je compte bien le porter fi\u00e8rement. Votre ouvrage est admirable, je n&rsquo;ai pas d&rsquo;autres mots. Merci \u00e0 vous.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Tandis que je place le bijou sur mon avant-bras gauche, je baisse poliment la t\u00eate en signe de reconnaissance envers ce grand artisan. La foule s&rsquo;agglutine autour de nous, cherchant \u00e0 approcher le chef des Serres Pourpres. Deydreus est sollicit\u00e9 de toute part, ce qui me fait doucement rire. Cet homme dans son armure noire est impressionnant et dou\u00e9 dans l&rsquo;art du combat, celui que l&rsquo;on nomme la Griffe est sans conteste celui que j&rsquo;admire le plus dans mon existence. Bien plus que Seagan ou que mes crois\u00e9s, bien plus que les jumelles ou n&rsquo;importe quelle autre personne que j&rsquo;ai pu rencontrer. Deydreus est celui pour qui je suis pr\u00eate \u00e0 me battre, voir m\u00eame \u00e0 abattre le fer. Ce n&rsquo;est pas le Reike qui me donne l&rsquo;envie de d\u00e9ployer la lumi\u00e8re, ce n&rsquo;est pas cette nation guerri\u00e8re qui me donne la rage de vaincre et de d\u00e9ployer les armes contre les entit\u00e9s malsaines qui errent sur les terres. J&rsquo;affronterai mille et un danger pour lui sans jamais vaciller, car il est un tout. Nous reprenons le chemin \u00e0 l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 de la grande all\u00e9e marchande, nous positionnant devant un b\u00e2timent o\u00f9 un nouveau cadavre a \u00e9t\u00e9 d\u00e9tect\u00e9. Une fois \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, je commence \u00e0 inspecter les murs et les meubles, cherchant des marques similaires sur le lieu pr\u00e9c\u00e9dent. Divers objets d\u00e9coratifs sont entrepos\u00e9s ici et l\u00e0, mon regard se pose sur bon nombre d&rsquo;entre eux, me laissant submerger par quelques \u00e9motions. Certaines sculptures me laissent sans voix, tellement l&rsquo;ouvrage a \u00e9t\u00e9 d\u00e9licatement soign\u00e9. On y ressent tout l&rsquo;amour et tout un savoir-faire, la singularit\u00e9 de l&rsquo;artiste sur cette \u0153uvre hors pair. Toutefois, je ne dois pas me laisser d\u00e9concentrer par toutes ces somptueuses cr\u00e9ations et je continue les recherches. Le chevalier aux sombres armoiries est interpell\u00e9 pour monter \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage. Je le laisse donc y aller, cherchant la moindre trace au rez-de-chauss\u00e9e. Si comme dans la derni\u00e8re demeure visit\u00e9e, il y a un conduit, \u00e7a ne peut \u00eatre qu&rsquo;ici.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Le lieu de vente semble intact, il n&rsquo;y a aucune d\u00e9t\u00e9rioration ou tout du moins, c&rsquo;est ce que je crois. Me d\u00e9pla\u00e7ant vers une porte entreb\u00e2ill\u00e9e, je remarque sur un coin d&rsquo;un meuble en bois une trace longue et sinueuse d&rsquo;une entaille. Longeant du bout du doigt la trace, je me demande si celle-ci a toujours \u00e9t\u00e9 l\u00e0. Me redressant, je place ma main sur la poign\u00e9e et ouvre doucement la porte menant dans une pi\u00e8ce bien plus sombre. Utilisant ma senseur magique, il n&rsquo;y a aucun pi\u00e8ge ni aucun \u00eatre magique dans les environs. Je trouve une fen\u00eatre o\u00f9 un long rideau cache la lumi\u00e8re et balaie d&rsquo;un revers de main le tissu. La pi\u00e8ce illumin\u00e9e est un lieu h\u00e9t\u00e9roclite, d&rsquo;innombrables tables dress\u00e9es avec des ustensiles servant \u00e0 peindre ou \u00e0 sculpter. L&rsquo;artiste de ces lieux avait de l&rsquo;or dans les doigts, sachant manier \u00e0 la fois le pinceau, la massette et le marteau. Il y avait des toiles et des parchemins en bataille, des morceaux de pierre et de marbre dispers\u00e9 \u00e0 travers la salle. Les odeurs de cette galerie sont int\u00e9ressantes, on y sent le bois et on aper\u00e7oit des m\u00e9langes d&rsquo;ocre rouge et de noir. En entrant dans cet espace, on ressent la passion de l&rsquo;artiste \u00e0 travers ces brouillons et ces essais de couleurs. Il n&rsquo;y a rien de bien int\u00e9ressant autre que la passion artistique dans ce lieu alors je ressors et continue mes recherches. Dans une alc\u00f4ve, une autre porte m\u00e8ne cette fois-ci \u00e0 un lieu de stockage. Des marches descendent dans une pi\u00e8ce bien plus grande et plus fra\u00eeche, mur\u00e9e dans une pierre polie. Des caisses de bois ainsi que des tonneaux sont entrepos\u00e9s de part et d&rsquo;autre. J&rsquo;utilise ma t\u00e9l\u00e9kin\u00e9sie pour d\u00e9placer quelques petites caisses qui obstruent le passage et distingue une esp\u00e8ce de cache. Seulement, lorsque j&rsquo;approche ma main, je ressens un \u00e9trange picotement dans la nuque. Une mauvaise impression. Ma senseur magique ne d\u00e9tecte rien pourtant. Je pr\u00e9f\u00e8re retourner aupr\u00e8s de la Griffe et le tenir informer.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Montant \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage apr\u00e8s avoir minutieusement examiner les recoins, je rejoins mon amant et les quelques serres pr\u00e9sents. Passant ma t\u00eate par curiosit\u00e9 dans la chambre, l&rsquo;odeur de sang et du cadavre remplit mes narines. Pla\u00e7ant ma main devant mon nez et ma bouche, je regarde la sc\u00e8ne incr\u00e9dule. La naine gisait l\u00e0, d\u00e9charn\u00e9e, mutil\u00e9e et seule. Entendant les voix des deux hommes, j&rsquo;approche dans leur direction et mon c\u0153ur s&rsquo;arr\u00eate lorsque j&rsquo;aper\u00e7ois les berceaux d\u00e9chiquet\u00e9s o\u00f9 les bambins restaient fig\u00e9s dans une expression indescriptible. N&rsquo;ayant jamais vu une telle sc\u00e8ne, une esp\u00e8ce de douleur envahit mon \u00eatre \u00e0 la vue de cette horreur. Il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;une exp\u00e9rience bien particuli\u00e8re. Le regard vairon croise le mien et me demande si j&rsquo;ai pu d\u00e9celer quelque chose. Je commence \u00e0 lui expliquer :<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>\u2014&nbsp;Je n&rsquo;ai remarqu\u00e9 qu&rsquo;une trace d&rsquo;une entaille pr\u00e8s de l&rsquo;atelier, il n&rsquo;y avait rien de particulier. Par contre, il y a une salle de d\u00e9p\u00f4t remplie et une esp\u00e8ce de cache. Je n&rsquo;ai pas os\u00e9 la fouiller. Pourtant, je ne d\u00e9tecte aucun pi\u00e8ge ni aucune cr\u00e9ature magique dans les environs. C&rsquo;est une &#8230; Mauvaise impression. Je compte y retourner pour m&rsquo;assurer que je ne passe pas \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de quelque chose.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>Soudain, nous sommes interrompus par la pr\u00e9sence d&rsquo;Esyleij qui nous explique qu&rsquo;il y a bien un lien entre les diff\u00e9rentes victimes. Une certaine pression se fait ressentir et les id\u00e9es se mettent en place. La voix de Deydreus s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve et lorsqu&rsquo;il explique le plan, mon regard s&rsquo;illumine et avec un sourire, je d\u00e9clare :<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->\n\n<!-- divi:paragraph -->\n<p>\u2014&nbsp;Bien \u00e9videmment. Veux-tu tout de m\u00eame fouiller la salle de stockage ? Ou bien pr\u00e9f\u00e8res-tu que nous allions directement emprunter le conduit aper\u00e7u dans la premi\u00e8re maison ? A mon avis, un peu de lumi\u00e8re va nous \u00eatre utile dans ces galeries.<\/p>\n<!-- \/divi:paragraph -->[\/et_pb_text][\/et_pb_column][\/et_pb_row][\/et_pb_section]\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><div class=\"et_pb_section et_pb_section_0 et_section_regular\" >\n\t\t\t\t\n\t\t\t\t\n\t\t\t\t\n\t\t\t\t\n\t\t\t\t\n\t\t\t\t\n\t\t\t\t\n\t\t\t\t\n\t\t\t\t\n\t\t\t<\/div><div class=\"et_pb_row et_pb_row_0 et_pb_row_empty\">\n\t\t\t\t\n\t\t\t\t\n\t\t\t\t\n\t\t\t\t\n\t\t\t\t\n\t\t\t<\/div><div class=\"et_pb_module et_pb_text et_pb_text_0  et_pb_text_align_left et_pb_bg_layout_light\">\n\t\t\t\t\n\t\t\t\t\n\t\t\t\t\n\t\t\t\t\n\t\t\t\t\n\t\t\t<\/div> Fragment issu d\u2019une \u00e9criture partag\u00e9e, conserv\u00e9 ici pour ce qu\u2019il dit de Luv\u00efel, et non pour ce qu\u2019il fut ailleurs.D\u00e9but F\u00e9vrier an 4 https:\/\/www.youtube.com\/embed\/Z2MqThIzAss Le Reike. Un empire aux multiples facettes, nimb\u00e9 de paysages color\u00e9s ou d\u00e9sertiques, aux peuples h\u00e9t\u00e9roclites, \u00e0 la culture singuli\u00e8re et aux villages aust\u00e8res. 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Un empire aux multiples facettes, nimb\u00e9 de paysages color\u00e9s ou d\u00e9sertiques, aux peuples h\u00e9t\u00e9roclites, \u00e0 la culture singuli\u00e8re et aux villages aust\u00e8res. Je n'aurai jamais cru d\u00e9couvrir par moi-m\u00eame toutes ces nouvelles contr\u00e9es, ces rencontres qui m'ont impact\u00e9e et sans oublier les abominations que j'ai du affronter. L\u00e0 encore, je me rends compte que Shoume\u00ef n'est pas une exception, qu'il existe de nombreux monstres tapis dans le sable ou derri\u00e8re un plateau ardent, qu'il y a des entit\u00e9s \u00e9tranges parcourant les terres du Nord ou encore des hommes et des femmes vouant un culte envers le soleil et la lune. Depuis un long moment, je n'ai plus rev\u00eat mes ailes, de peur des repr\u00e9sailles des Hommes comme au temps jadis, lors de la Grande Guerre. Les anges sont mal vus, d'autant plus lorsqu'ils sont croyants envers les titans. Je me cache sous une houppelande blanche, calfeutrant mon visage sous cette capuche pour ne pas \u00eatre reconnaissable. Ce monde, veut-il de moi, de ma lumi\u00e8re ? Je suis un peu perdue au milieu de ce d\u00e9sert, Fay autour de mon cou sous la capuche, pour \u00e9chapper au soleil de plomb qui se dresse dans un ciel bleut\u00e9 et sans nuages. Je me sens las et fatigu\u00e9e. Depuis combien de temps, j'erre par-del\u00e0 les fronti\u00e8res reikoises ? Vais-je pouvoir rentrer chez moi alors que je me perds dans cet environnement hostile ? Je me sens si seule. Une l\u00e9g\u00e8re brise fait claquer mes habits, je marche sur un sentier de terre et de sable, longeant les lieux de passage des marchands itin\u00e9rants. Depuis mon d\u00e9part de Kyouji, je navigue sur le son tumultueux du vent, pied \u00e0 terre sur le sable br\u00fblant, les yeux riv\u00e9s vers l'horizon. Lors de notre passage, nous avons fait la rencontre d'un petit homme trapu et au visage jovial sur le chemin, accompagn\u00e9 de son \u00e2ne et d'une charrette contenant divers objets, tonneaux et tapis. Il s'arr\u00eata \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s avant de d\u00e9clarer :<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>\u2014 Bonjour \u00e9trang\u00e8re, puis-je vous aider ? L'homme au corps vo\u00fbt\u00e9 et aux yeux de couleurs cendr\u00e9s tient les r\u00eanes en main. Sur sa t\u00eate, est dress\u00e9e une coiffe de paille pour \u00e9viter les rayons du soleil sur sa peau blanche. V\u00eatu de v\u00eatements l\u00e9gers, un petit coutelas \u00e0 son ceinturon, une aura bienveillante se d\u00e9gage de sa personne. Chose rare depuis que je suis partie de C\u00e9lestia, la plupart des mortels me paraissent si tristes, si vides, si apeur\u00e9s. Ce petit bout d'homme m'\u00e9claire d'un sourire chaleureux.<br>\u2014&nbsp;Bonjour. Actuellement, je voyage \u00e0 travers le pays, sans r\u00e9ellement trouver ce que je recherche,&nbsp;dis-je d'un ton triste.<br>\u2014 Que cherchez-vous, gente dame ? Venez vous prot\u00e9ger du soleil dans ma charrette, vous semblez \u00e9puis\u00e9e.<br>Je r\u00e9fl\u00e9chis un instant, qu'ai-je \u00e0 perdre, de toute fa\u00e7on ? Je balaie le tissu du chariot b\u00e2ch\u00e9 en passant par l'arri\u00e8re et m'installe pr\u00e8s des tonneaux. Je retire ma capuche, le f\u00e9lin au poil noir\u00e2tre se pose sur le couvercle d'un tonnelet et s'\u00e9tire de tout son long. Le nain reprend son trajet, claquant les r\u00eanes et nous voil\u00e0 de nouveau en route. Je souffle un instant et regarde le haut de la b\u00e2che.<br>\u2014 Vous avez des ennuis ? Demande-t-il.<br>\u2014&nbsp;Non. Pas vraiment.<br>\u2014 Ce ne sont peut-\u00eatre pas mes affaires, mais, \u00e0 vous voir lorsque je me suis arr\u00eat\u00e9, j'ai vu votre regard si triste.<br>Un soupir.<br>\u2014&nbsp;Je crois que je me suis perdue.<br>\u2014 Ah ! Vous \u00eates tomb\u00e9 sur la bonne personne ! Sachez que je pars en direction de Taisen, dans un village pour les approvisionner en denr\u00e9es de toute sorte !<br>\u2014&nbsp;Oh ! Et bien si vous me le permettez, je serai ravie de vous accompagner. Ce sera tr\u00e8s certainement une bonne opportunit\u00e9 d'en d\u00e9couvrir bien plus sur le Reike.<br>\u2014 Ah oui ? Et bien, avec plaisir.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Le cheminement jusqu'\u00e0 un petit village autochtone va \u00eatre long, je n'ai pas d'argent pour pouvoir aider le nain. En contrepartie, je lui explique que, quoi qu'il advienne, je saurai nous prot\u00e9ger. Il me rit au nez jusqu'\u00e0 ce que je lui fasse un exemple de mon pouvoir de lumi\u00e8re. Celui-ci, bouche b\u00e9e, se tut et hoche la t\u00eate en signe d'approbation. D'une voix l\u00e9g\u00e8rement angoiss\u00e9e, il d\u00e9clare \u00eatre bien heureux d'avoir crois\u00e9 ma route. D'ailleurs, celui-ci n'a pas d'escorte, ce que je trouve assez \u00e9trange et lui fais remarquer. Faisant une moue renfrogn\u00e9e, le nain d\u00e9clare avoir perdu une grande partie de sa cargaison il y a quelques semaines pass\u00e9es, manquant cruellement de provisions et autres objets \u00e0 vendre puisqu'il fut attaqu\u00e9 par les mercenaires qu'il avait commandit\u00e9. Ces sc\u00e9l\u00e9rats n'ont pas eu la moindre piti\u00e9, lui volant ses deux chevaux et sa grande carriole. Il ne lui reste plus qu'un \u00e2ne et ce chariot de bois. Je per\u00e7ois une certaine tristesse, le pauvre homme est cantonn\u00e9 \u00e0 survivre avec le peu de marchandises qu'il lui reste. Le monde est impitoyable, cruel et vorace. Les gens bons finissent par subir t\u00f4t ou tard, pourtant, je d\u00e9c\u00e8le chez ce marchand une grande d\u00e9termination.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Nous nous posons pr\u00e8s de la route principale de nuit, installant un feu de camp et mangeons une esp\u00e8ce de soupe \u00e0 base de pommes de terre avec quelques plantes et \u00e9pices. Le froid nous assaille, je ne m'y ferai jamais au changement de temp\u00e9rature. Shoume\u00ef me manque. Le nain me tend un bol, nous avons \u00e9chang\u00e9 des r\u00e9cits de vie, nos noms, des anecdotes funestes ou amusantes. Je fais de plus en plus confiance \u00e0 cet \u00e9tranger reikois qui me fixe de son regard taquin, prenant plaisir \u00e0 se vautrer de blagues grivoises. Il me tend une gourde contenant un liquide \u00e0 l'odeur \u00e2cre. Alors que j'allais poser mes l\u00e8vres sur le r\u00e9cipient, nous entendons un grondement sonore. Une explosion vint \u00e9clater la charrette, balan\u00e7ant \u00e0 plusieurs miles l'\u00e2ne qui fit un vol plan\u00e9 dans les airs, avant de s'\u00e9craser de tout son long contre le sol dans un bruit d'os bris\u00e9s et d'organes \u00e9clat\u00e9s. Une b\u00eate \u00e9norme, envelopp\u00e9e de pics et de roches sort de terre, une queue formant une esp\u00e8ce de gros marteau, marqu\u00e9e par une esp\u00e8ce de rune, sa gueule b\u00e9ante et sa musculature d\u00e9montrent la puissance du monstre des sables. Se tournant vers nous, je commence \u00e0 prot\u00e9ger le nain en pla\u00e7ant une barri\u00e8re protectrice autour de lui, Fay s'y r\u00e9fugie \u00e9galement. J'ai \u00e0 peine le temps de terminer mon sort que la cr\u00e9ature se cambre, hurle. Un r\u00e2le qui r\u00e9sonne dans l'atmosph\u00e8re, celle-ci balaie des cactus avec sa queue avant de foncer dans ma direction. Je m'entoure d'\u00e9p\u00e9es de lumi\u00e8re qui virevoltent autour de moi et tente d'esquiver le g\u00e9ant des roches. Le hurlement de la b\u00eate fait rage, tandis que je me confronte \u00e0 lui. Seulement, j'aper\u00e7ois le nain du coin de l'\u0153il se pr\u00e9cipiter vers l'\u00e2ne d\u00e9c\u00e9d\u00e9, s'agenouillant vers son petit destrier. Toute sa cargaison lui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9rob\u00e9e et son seul et dernier alli\u00e9 vient de lui \u00eatre retir\u00e9. Le nain, furieux, prend son couteau et se dirige vers l'entit\u00e9. Les lames de lumi\u00e8re tranchent la carapace de roches de la b\u00eate, il semble ne pas prendre en compte l'attaque et montre ses crocs. Celui-ci veut me mordre, mais les \u00e9p\u00e9es l'emp\u00eachent de s'approcher.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Le nain s'\u00e9lance vers le dos de la bestiole, je le vois avec des yeux \u00e9bahis en lui criant \"Ne faites pas \u00e7a !\". Seulement, le coup de queue fut brutal. Le nain re\u00e7oit le marteau dans le cr\u00e2ne qui explose avec violence, le sang se r\u00e9pand sur la sc\u00e8ne, sur la b\u00eate et sur moi-m\u00eame. Le marchand n'est plus. Son corps chaud tombe lourdement et je n'ai pas le temps de faire quoi que ce soit. La cr\u00e9ature des sables s'empare avec sa m\u00e2choire d'une des \u00e9p\u00e9es avec sa gueule et la fait virevolter, la lumi\u00e8re lui br\u00fble les incisives. La douleur le fait hurler, il recule d'un pas, je profite alors de cr\u00e9er un faisceau de lumi\u00e8re sur l'abomination qui finit grill\u00e9. Sa carapace fond, sa gueule b\u00e9ante dispara\u00eet dans un amas de poussi\u00e8re. Mon corps se sent affaibli, je suis ext\u00e9nu\u00e9e et je manque de rester debout. Fay se pr\u00e9cipite vers moi, cherchant \u00e0 voir si tout va bien. Non. Rien ne va. Je m'approche du cadavre, il n'y a clairement plus de visage. J'eus un haut-le-c\u0153ur et me rends compte que, quoi que je fasse, quoi que j'essaie, je perds toujours quelqu'un, ou alors ils s'\u00e9loignent tous. Je serre les poings, mes v\u00eatements t\u00e2ch\u00e9s de sang de la t\u00eate aux pieds et continue sur le chemin principal menant \u00e0 Taisen.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Quelque chose en moi se brise.<br><br>https:\/\/www.youtube.com\/embed\/ucU_d861a9Y<br>Je d\u00e9ambule sans trop savoir quoi faire, sans trop savoir o\u00f9 aller, perdue dans mes pens\u00e9es sombres apr\u00e8s la mort du nain que je n'ai pas pu sauver. \u00c0 quoi puis-je servir si je n'arrive pas \u00e0 prot\u00e9ger les mortels de ma lumi\u00e8re bienfaitrice ? Est-ce vraiment ma faute ? Si seulement il ne s'\u00e9tait pas emport\u00e9 dans une haine incontr\u00f4lable, il serait certainement encore en vie. Je me rappelle de cette hargne que j'ai ressentie contre l'ange n\u00e9crotique ou contre le d\u00e9mon aux multiples bras dans les terres du nord. Heureusement pour moi, Fay m'a permis de reprendre le contr\u00f4le de mes \u00e9tats d'\u00e2me, plut\u00f4t que de me jeter t\u00eate baiss\u00e9e contre le danger. \u00c0 ce moment, je compris que les \u00e9motions peuvent \u00eatre un frein, elles envahissent la personne et cr\u00e9ent un voile sur la raison. Les \u00e9motions m'ont contr\u00f4l\u00e9 l'espace d'un instant, simple pantin d'une r\u00e9action primaire. En ce qui concerne le marchand, je ne pus rien faire. Ce visage jovial et souriant, qui m'a tendu la main, fut dilapid\u00e9 d'un coup brutal. Je me sens inutile, et ce, depuis plusieurs semaines. Sancta a pour moi \u00e9t\u00e9 un \u00e9chec, puisque sans l'aide de Seagan, nous n'aurions jamais pu sortir de cette bulle temporelle. Depuis cette exp\u00e9dition, j'ai la nette impression d'avoir r\u00e9gress\u00e9 et que tout ce que j'entreprends ne m\u00e8ne \u00e0 rien. Qu'il s'agisse de ma sortie avec Fay sur les terres de Shoume\u00ef, d'aller qu\u00eater avec Aryan, de la recherche de Cornue, de mon combat avec la multiple, de cette femme li\u00e9e au soleil et \u00e0 la lune ... Tout ne se passe pas comme pr\u00e9vu. Mon monde s'effondre et mes espoirs avec. Ma rencontre avec R\u00eave a \u00e9t\u00e9 d\u00e9terminante dans mes r\u00e9flexions et pourtant, \u00e0 l'heure actuelle, je ne suis ni l'\u00e9p\u00e9e, ni l'\u00e9gide, ni la porteuse. Je me tiens l\u00e0, errant comme un animal sauvage dans des terres inconnues, remplie de sang et de crasse. La douce Luv\u00efel des for\u00eats des pins argent\u00e9s n'est plus que l'ombre d'elle-m\u00eame.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Un vacarme me sort de mes pens\u00e9es n\u00e9gatives, un cavalier se rapproche sur la route principale en provenance de Taisen. Je me tiens aux aguets, pr\u00eate \u00e0 d\u00e9gainer une \u00e9p\u00e9e de lumi\u00e8re s'il venait \u00e0 vouloir croiser le fer. Fay se fond dans la nuit, un des rares pouvoirs qui ne lui a pas \u00e9t\u00e9 retir\u00e9 dans cette enveloppe de chair et de poils. La noiraude se faufile derri\u00e8re un cactus et observe de son regard malicieux la sc\u00e8ne qui s'ensuit. Le cavalier s'arr\u00eate, me barre la route et descend de son cheval, s'approche avant de para\u00eetre incr\u00e9dule et vire sa capuche. Mes sombres pens\u00e9es se lib\u00e8rent imm\u00e9diatement \u00e0 la vue de cet homme, ce chevalier aux sombres armoiries. Mon c\u0153ur fait un bond \u00e0 l'int\u00e9rieur de mon plexus solaire. Il d\u00e9gage une aura particuli\u00e8re, il est plus impressionnant et plus charismatique. Quelque chose a chang\u00e9. Le poids sur mes \u00e9paules se d\u00e9lie, j'accours vers lui dans un \u00e9lan affectif, l'enla\u00e7ant au niveau de la taille. Mon visage contre l'armure froide et noire, je m'apaise. Mon corps tremble de fatigue et d'\u00e9motion, je ne pensais pas le trouver ici. Il ne pose pas de questions sur les taches de sang, il doit se douter que les terres du Reike soient infest\u00e9es de cr\u00e9atures et de bandits. Le sang frais sur mes v\u00eatements a impr\u00e9gn\u00e9 la houppelande, elle est d\u00e9sormais fichue. Mon visage se d\u00e9tourne vers le sien, j'ancre de nouveau son visage plus \u00e9maci\u00e9, plus p\u00e2le et me baigne dans son regard.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>\u2014&nbsp;Tant de jours ont pass\u00e9. Tant de choses sont arriv\u00e9es,&nbsp;lui dis-je dans un murmure.&nbsp;Vous m'avez manqu\u00e9, Deydreus.<br>Les rayons lunaires nous baignent dans ce d\u00e9sert, au milieu d'un territoire hostile. Je me sens pourtant apais\u00e9e en sa pr\u00e9sence. Fay sort de sa cachette avec un miaulement craintif.<br>\u2014&nbsp;Tu n'as pas \u00e0 avoir peur, dis-je en direction du chat. Je d\u00e9tache mon \u00e9treinte et inspecte intens\u00e9ment le guerrier. Je crois que nous avons beaucoup de choses \u00e0 nous dire. Je tiens \u00e0 pr\u00e9senter Fay, il s'agit d'un d\u00e9mon que j'ai recueilli peu de temps apr\u00e8s une exp\u00e9dition dans les terres de Shoume\u00ef. La petite est malheureusement maudite, cantonn\u00e9e \u00e0 rester dans ce corps de f\u00e9lid\u00e9 jusqu'\u00e0 ce que mort s'ensuive. Je compte trouver un rem\u00e8de ou quelqu'un capable de la lib\u00e9rer.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>La petite chatte grimpe sur mon \u00e9paule, surveille l'homme qui se tient face \u00e0 moi. Je le trouve diff\u00e9rent, son regard est plus dur et je per\u00e7ois une \u00e9trange vibration dans son \u00eatre. Il va falloir rattraper le temps perdu. J'observe son \u00e9quid\u00e9 et lui demande si je peux monter avec lui. Ce n'est pas un endroit propice \u00e0 la discussion au vu des monstres qui r\u00f4de. D'autant que je me sens \u00e9puis\u00e9e et que la violence du combat tant\u00f4t a marqu\u00e9 \u00e0 jamais ma m\u00e9moire. Une l\u00e9g\u00e8re brise balaie nos visages, je suis captiv\u00e9e par lui, par son aura, pour ce qu'il est. Cela fait trois mois que nous ne nous sommes pas vus et j'avais peur d'un rejet apr\u00e8s cette longue absence. Tandis que nous nous installons sur le cheval, Fay entre mes jambes, nous avan\u00e7ons dans le d\u00e9sert nocturne pour trouver un meilleur refuge. Sur le parcours, je me mets \u00e0 r\u00eavasser, l'esprit embrum\u00e9 et une esp\u00e8ce de noirceur qui envahit mon c\u0153ur. Et si, lui aussi, voyait que j'ai chang\u00e9 ? Je me laisse bercer, le paysage d\u00e9file devant mes yeux. Le d\u00e9sert offre un v\u00e9ritable spectacle de nuit, je suis subjugu\u00e9e par cet environnement singulier. Les v\u00eatements claquent contre le vent, je sais que je suis entre de bonnes mains et qu'il n'y a aucune raison pour que je perde pied.<br><br><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/VWGr_89_xdU\">https:\/\/www.youtube.com\/embed\/VWGr_89_xdU<\/a><\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Apercevant les remparts de la grande cit\u00e9, j'observe silencieusement les reikois qui nous saluent lors de notre passage. Est-ce un rituel de saluer tous les citoyens qui se pr\u00e9sentent dans la cit\u00e9 ? Nous d\u00e9ambulons \u00e0 travers la ville, j'admire les b\u00e2timents et leur architecture bien particuli\u00e8re. Ici, il n'y a point de tours d'or et d'ivoire, il n'y a point de grandes statues \u00e0 l'effigie des titans. Les habitants se r\u00e9veillent, les \u00e9tals s'installent et les \u00e9choppes s'illuminent, me voil\u00e0 enfin dans la cit\u00e9 imp\u00e9riale. La voix de Deydreus s'\u00e9l\u00e8ve, sortant de ma torpeur, je souris bri\u00e8vement et hoche la t\u00eate pour acquiescer. Je suis impatiente de revoir les valeureux guerriers avec qui j'ai affront\u00e9 des morts-vivants et autres entit\u00e9s au sein d'Alfregium. Nous nous arr\u00eatons pr\u00e8s d'un manoir, je garde Fay sur mon \u00e9paule et descends de la monture. Je reconnais Aki et Vivien qui s'empressent de me retrouver, la joie se lit sur mon visage fatigu\u00e9. Ils sont vivants. Ils vont bien. Envahis par de multiples questions, je ne sais pas par o\u00f9 commencer et le f\u00e9lin ne sait plus o\u00f9 se mettre. Le guerrier aux sombres armoiries calme le jeu, les deux serres reprennent leur position, alors que nous nous avan\u00e7ons jusqu'\u00e0 l'int\u00e9rieur du b\u00e2timent. Je compare ma chambre de bonne \u00e0 C\u00e9lestia en comparaison de cet endroit. Je n'ai jamais connu ce qu'est une v\u00e9ritable maison, cantonn\u00e9e \u00e0 dormir dans une petite pi\u00e8ce avec pour seuls mobiliers un lit en bois et un buffet pour \u00e9crire. L'endroit est charmant, rempli de d\u00e9tails et d'ornements, mes yeux se posent partout et je distingue clairement une diff\u00e9rence de richesse. Mon regard ambr\u00e9 se pose dans le dos du chevalier, qui m'invite par la suite \u00e0 entrer dans une pi\u00e8ce. Cela fait trois mois que nous ne nous sommes pas vus et j'aime sa mani\u00e8re de me traiter avec douceur. Il s'\u00e9clipse dans sa chambre et je referme la porte derri\u00e8re moi. Fay se pr\u00e9cipite sur le sol, tandis que je retire mes v\u00eatements imbib\u00e9s de sang, ma robe orn\u00e9e de croix ainsi que mes chaussures. Je place les seaux d'eau dans la baignoire et m'installe \u00e0 l'int\u00e9rieur. L'eau chaude me fait un bien fou, je me sens lib\u00e9r\u00e9e d'un poids, la conscience plus tranquille vis-\u00e0-vis du nain reikois.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Je plonge la t\u00eate dans l'eau et me recroqueville \u00e0 l'int\u00e9rieur de la petite baignoire, me d\u00e9connectant un instant de la r\u00e9alit\u00e9 qui m'accapare. Fermant les yeux, j'\u00e9coute simplement le battement de mon c\u0153ur qui r\u00e9sonne \u00e0 l'int\u00e9rieur de mes tempes. Retenant mon souffle, je cherche avant tout le calme et la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 afin de me recentrer sur mes pens\u00e9es de ces quelques mois pass\u00e9s. Je suis fi\u00e8re d'avoir fait tout ce chemin, bien que je n'ai pas r\u00e9ussi tout ce que j'ai entrepris jusque-l\u00e0. Le plus difficile pour moi aura \u00e9t\u00e9 mon envie de me s\u00e9parer du Nouvel Ordre qui se fait de plus en plus pr\u00e9sent, de plus en plus in\u00e9vitable. Il faudra que je lui parle de mon profond d\u00e9sarroi, des \u00e2mes que je n'ai pas pu sauver, des dangers omnipr\u00e9sents, des douleurs subits et mon envie irr\u00e9pressible d'\u00eatre aupr\u00e8s de lui. Je ne souhaite pas errer ind\u00e9finiment sur les terres, j'ai besoin de trouver ma place dans cet univers. Je reprends mon souffle, sortant la t\u00eate de l'eau et observant le plafond. Le f\u00e9lin se rapproche de la baignoire et me demande comment je vais. Nous communiquons par t\u00e9l\u00e9pathie, me laissant envahir par sa voix aig\u00fce et mielleuse. Elle n'a jamais pu blairer les guerriers, les trouvant b\u00eates de suivre des r\u00e8gles pr\u00e9\u00e9tablis. Je ris, seule dans mon bain, me demandant o\u00f9 le destin va me mener et si ma vie sera r\u00e9ellement aupr\u00e8s du reikois, ou ailleurs. Il n'y a pas de r\u00e8gles. Il n'y a que des choix. Et ces choix entra\u00eenent des cons\u00e9quences immuables. Sortant de la baignoire, je m'en vais dans la chambre d'\u00e0 c\u00f4t\u00e9 apr\u00e8s avoir enfil\u00e9 un grand linge en coton, bien trop grand pour mon corps menu. Le f\u00e9lin noir m'accompagne, je trouve Deydreus sans son armure d'\u00e9b\u00e8ne, celui-ci est assit pr\u00e8s d'un buffet, tenant ma plume avec une main particuli\u00e8re. Je sens en moi un feu vif, qui m'inonde de douceur et je m'approche. Mes yeux s'\u00e9carquillent et d'un geste, il la repose avant de me demander tout ce qu'il m'est arriv\u00e9. Je m'approche de lui, l'embrasse sur le front avec amour puis, m'installe sur le lit bien plus luxueux et confortable que celui dans lequel je dors habituellement. Je me vautre contre le mur, que le chat s'installe entre mes jambes pour se faire c\u00e2liner. Ainsi, je reprends depuis le d\u00e9but. Le ton grave, le regard froid, plonger dans mes souvenirs, je lui d\u00e9clare :<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>\u2014&nbsp;Je vois que nous avons chacun subit quelques ... Traumatismes. Tu me parais si p\u00e2le et plus ... Je ne comprends pas ce qu'il se passe. Ton aura est ... Diff\u00e9rente. Enfin, passons. Je vais te raconter tous les d\u00e9tails de mon aventure.&nbsp;Prenant une profonde inspiration, reprenant calmement.&nbsp;Comme tu peux le constater, je ne montre pas mes ailes de peur de me faire tuer \u00e0 vue. Alors, je marche. Des heures, des jours, des semaines. Durant mon trajet jusqu'\u00e0 Taisen, un nain s'est arr\u00eat\u00e9 et m'a demand\u00e9 si je d\u00e9sirais de l'aide. Il allait en direction de la cit\u00e9 imp\u00e9riale, ce qui \u00e9tait une aubaine. Donc, avec sa petite charrette et son \u00e2ne, nous avons avanc\u00e9 plusieurs heures jusqu'\u00e0 la nuit tomb\u00e9e o\u00f9 nous nous sommes arr\u00eat\u00e9s. Nous allions souper et un monstre de sable et de roche nous a attaqu\u00e9s, \u00e9jectant l'animal et la charrette \u00e0 plusieurs m\u00e8tres de notre position. S'ensuit un combat contre cette cr\u00e9ature, mais le nain n'a pas support\u00e9 perdre ce qu'il lui restait. Son histoire \u00e9tait triste et elle s'est termin\u00e9e par un coup de queue brutal, explosant sa t\u00eate avec une telle ... Violence. J'aurai d\u00fb agir plus t\u00f4t. J'aurai d\u00fb utiliser mon sort le plus puissant instantan\u00e9ment plut\u00f4t que de vouloir en venir \u00e0 bout avec mes \u00e9p\u00e9es de lumi\u00e8res. Je me sens si confuse... Je l'avais pourtant prot\u00e9g\u00e9 dans une barri\u00e8re protectrice avec Fay.&nbsp;Je sers les poings et ferme les yeux, un exc\u00e8s de rage bouillonne dans tout mon \u00eatre. Depuis l'exp\u00e9dition \u00e0 Sancta, ma vie est devenue un v\u00e9ritable enfer et je n'ai pas connu le repos un seul instant. Je respire et continue en observant Deydreus avec attention.&nbsp;J'ai \u00e9chou\u00e9. Tout ce que je fais n'est qu'\u00e9chec. La mission des titans. L'exp\u00e9dition du Nouvel Ordre. La perte de mon mentor. La disparition de Cornue. Mes nombreux combats au sein des terres du Reike et encore tant \u00e0 raconter. Je ne suis pas bien, Dey. Je ne vais pas bien. Mon monde s'effondre. Ma maison s'\u00e9croule. Fay a tout vu depuis que je suis rentr\u00e9e de mon exp\u00e9dition. J'ai le c\u0153ur lourd. Si lourd ...<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Une haine, profonde, ancr\u00e9e dans mon \u00e2me s'installe, persiste, grandit. Une aversion envers ma propre stupidit\u00e9, mon incapacit\u00e9, mes choix. Seul R\u00eave a su me donner les mots sur mes ambitions, il ne faut pas que je faiblisse. Ce sont des \u00e9preuves qui me permettront de grandir seulement, je n'arrive pas \u00e0 garder tout cela sur mes \u00e9paules. Je ne vais pas pouvoir continuer ainsi. Fay se blottit contre moi et ronronne, quel \u00e9trange d\u00e9mon qui s'est pris d'affection pour un ange. Je me ressaisis, profitant d'un instant de lucidit\u00e9 pour \u00e9viter de sombrer dans les pens\u00e9es n\u00e9gatives.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>\u2014&nbsp;Viens pr\u00e8s de moi, s'il te pla\u00eet et raconte-moi ce qu'il s'est pass\u00e9. Pourquoi ta main est ... Ainsi ? Est-ce une maladie mortelle ? Est-ce que ... toi aussi ... Je vais te perdre, Dey ?<br><br>Cela fait tellement de temps que je n'ai pas ressenti sa chaleur. Je me blottis contre lui et bois ses paroles, je sais qu'il a raison lorsqu'il \u00e9voque la mort in\u00e9vitable du nain. La culpabilit\u00e9 ne doit pas me ronger, bien qu'elle le fasse d\u00e9j\u00e0. La mort est in\u00e9vitable, il a choisi de se diriger vers la cr\u00e9ature sans r\u00e9fl\u00e9chir aux cons\u00e9quences. Pris dans un d\u00e9sespoir, le marchand s'est projet\u00e9 et c'en est fini. Deydreus parle d'une voix calme, je ressens les battements de mon c\u0153ur devenir plus fort, mes pens\u00e9es fusent puis, lorsque le chevalier caresse mes cheveux, je me sens un peu plus apais\u00e9e. Il sent que j'ai besoin de lui, d'un ton affectueux, il me rassure. Je sais que je peux raconter mes maux sans avoir d'a priori, car apr\u00e8s tout, nous partageons quelque chose d'unique. Ah. La douceur. L'amour. Une flamme \u00e0 l'int\u00e9rieur de mon \u00eatre br\u00fble si fort pour le guerrier, tel un brasier, elle grandit sans jamais se tarir. Mon regard plonge dans le sien, la couleur de ses iris est si vive, si singuli\u00e8re, qu'elle s'impr\u00e8gne dans ma t\u00eate. Si il savait \u00e0 quel point je l'admire, \u00e0 quel point je l'adore, a tel point j'ai envie de d\u00e9vorer chaque partie de son corps. Il lib\u00e8re ses maux, celle d'une mort qui allait \u00eatre in\u00e9vitable. Mes aiguillettes se dressent et mes yeux s'\u00e9carquillent. Ce silence me terrifie. Continuant son r\u00e9cit, j'apprends son combat contre l'empereur, l'\u00eatre que j'ai d\u00e9couvert une fois par un sort illusoire lors d'un entra\u00eenement avec Seagan. Tensa\u00ef. Un \u00eatre terrible, vorace, mesquin et cruel. Lorsque j'apprends que son bras a \u00e9t\u00e9 tranch\u00e9, qu'aucun soigneur ne put le gu\u00e9rir, mes dents se serrent. Il m'explique avoir contract\u00e9 une mal\u00e9diction. Je recule l\u00e9g\u00e8rement la t\u00eate, restant silencieuse face \u00e0 ses dires. Le sang b\u00e9ni. Je n'en ai jamais entendu parl\u00e9 et quand bien m\u00eame, j'aper\u00e7ois une pointe d'amertume dans le regard du guerrier. De nouveau ce silence avant de m'expliquer que son nom s'est r\u00e9pandu \u00e0 travers tout le Reike. Notre lien est \u00e9trange et fort, il m'enlace avant de placer une de mes mains contre sa joue, son visage p\u00e2le avant de me demander de sonder son esprit. Ce que j'\u00e9xecute.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Baissant l\u00e9g\u00e8rement la t\u00eate, je concentre ma magie pour rentrer dans ses souvenirs avec bienveillance. Scindant sa m\u00e9moire, fermant les yeux, des volutes font place \u00e0 des images o\u00f9 j'aper\u00e7ois un camp de harpies. Je vois \u00e0 travers les yeux de celui pour qui je suis \u00e9prise, j'y aper\u00e7ois l'homme tenir une pierre. Je fronce les sourcils et oscille entre les souvenirs qui apparaissent par bribe. J'y vois une grotte merveilleuse avec une statue d'une femme \u00e0 la fois \u00e9difiante et terrifiante en guise d'accueil. Je ressens l'ardeur d'un combat, le sang et la folie sanguinaire. Puis il y a cette \u00e9trange ombre spectrale qui l'interpelle, sans savoir ce que c'est. Je contemple alors un petit village dans la neige, je vois des entit\u00e9s d\u00e9vorer et d\u00e9chiqueter les habitants, les flammes et la haine. Puis un enfant \u00f4 combien inqui\u00e9tant. Ensuite, il y a une grotte, discutant avec un homme \u00e9l\u00e9gant. Puis je vois une salle o\u00f9 il s'allonge, son corps qui se tortille, sa soif. Je vois du sang, beaucoup de sang avant de revoir l'homme \u00e9l\u00e9gant se faire trancher en deux. Il y a un b\u00fbcher g\u00e9ant pour les morts et une autre image appara\u00eet, celle encore cette forme spectrale qui danse avec ses volupt\u00e9s noir\u00e2tres. Je vois un homme en armure si grand qu'il me fascine, en armure rouge et d'\u00e9b\u00e8ne. Tant de visages inconnus. Tant de violence. Tant de sang. \u00c0 des pens\u00e9es o\u00f9 l'immortalit\u00e9 est devenue sa nouvelle existence. Reprenant mes esprits, cela ne prit que quelques secondes pour voir les quelques passages de sa vie. Je n'ai pas les mots. L'homme que j'aime s'est transform\u00e9, abandonnant sa mortalit\u00e9. Il semble qu'il ait voulu tester divers chemins pour parvenir \u00e0 d\u00e9truire cette mal\u00e9diction. Il n'avait plus le temps. Sa vie \u00e9tait en jeu. Silence. Ses explications me fascinent, je n'ai jamais connu un \u00eatre aussi exceptionnel, aussi intriguant. Je m'installe pr\u00e8s de lui et me sens d\u00e9munie. J'ai tant de questions, tant d'histoire \u00e0 lui raconter. Tandis que je place mes l\u00e8vres contre son front, puis sur ses joues, jusqu'\u00e0 retrouver les siennes, je retrouve cette passion d\u00e9vorante qui m'anime. Ah. Il m'a tant manqu\u00e9. Cette sensation, ce d\u00e9sir br\u00fblant qui m'embrase. Je l'enlace tendrement et passe une main dans son dos, sous le tissu de ses habits. Une caresse avant de lui raconter tout ce que j'ai sur le c\u0153ur.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>\u2014 Deydreus, l'immortalit\u00e9 peut-\u00eatre un fardeau. J'ai pu voir des parties de ton v\u00e9cu, des passages de ton existence \u00e0 travers ton regard. J'ai pu voir la mort. Le sang dans ton sillage. Et cette forme noir\u00e2tre qui t'interpelle. Qu'est-ce donc ? Et ton bras ... Si seulement j'avais \u00e9t\u00e9 l\u00e0. Peut-\u00eatre aurai-je pu d\u00e9celer cette mal\u00e9diction ? Tu me dis ne pas vouloir me faire de mal, mais, et si, je pouvais t'aider ? Tu es devenu une cr\u00e9ature de la nuit avec ce membre tr\u00e8s ... Uhm ... Reprenons le terme, \"atypique\". Est-ce que tu ressens quelque chose lorsque tu te bats avec ce bras ? Je veux dire. Ce n'est pas du cristal. Ressens-tu la chaleur ou le froid ? J'ai pu admirer tes combats en passant \u00e0 travers tes yeux, j'ai pu te voir d\u00e9couper la t\u00eate de l'enfant sauvage qui d\u00e9truisait ce village. Je sais que tu as aid\u00e9 ces habitants, tes Serres, ton peuple en agissant de la sorte. Il ne t'as pas laiss\u00e9 le choix. Tuer ou \u00eatre tu\u00e9, hein. Je baisse l\u00e9g\u00e8rement la t\u00eate et viens me blottir contre lui, avant d'entamer dans un murmure. Deydreus, depuis mon monde s'est effondr\u00e9. Le Nouvel Ordre n'a plus son haut-pr\u00eatre. Il a disparu devant moi, lors de mon exp\u00e9dition \u00e0 Sancta. Partir me lib\u00e8re la t\u00eate, heureusement qu'Aryan est venu me chercher pour que je puisse m'extirper de tout cela.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Je pose mes l\u00e8vres contre son cou, extirpant ma main de son dos pour venir caresser sa chevelure d'\u00e9b\u00e8ne entre mes doigts. Ma peau de porcelaine boue, mais mes pens\u00e9es n\u00e9gatives me freinent dans mon \u00e9lan. Je lui murmure \u00e0 l'oreille.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>\u2014 On m'a laiss\u00e9 une partie des r\u00eanes au sein de C\u00e9lestia. Je suis perdue, apeur\u00e9e, attrist\u00e9e. Que vais-je faire, Deydreus ? Mon c\u0153ur veut te suivre l\u00e0 o\u00f9 ma raison me dit d'aider les citoyens de Shoume\u00ef, les grands croyants. Je ne veux pas choisir. Je n'ai pas arr\u00eat\u00e9 d'\u00e9chouer. J'ai fait une rencontre durant mon voyage, celle d'un \u00eatre unique, si beau, si grand qu'il m'a envelopp\u00e9 de ses plumes c\u00e9leste pour me dire \"Seras-tu l'\u00e9p\u00e9e, le bouclier, ou celle qui les portent ?\". Car un jour, Dey, je serai confront\u00e9e \u00e0 une dure r\u00e9alit\u00e9. Celle de la guerre contre les mortels, il ne fait aucun doute. Tu es la seule personne avec qui j'ai ce lien si particulier, si unique. Cet amour que je te porte est si diff\u00e9rent, plus fort et si sinc\u00e8re. J'ai eu peur que tu me rejettes apr\u00e8s tant de temps. J'ai \u00e9crit une lettre que j'ai donn\u00e9e \u00e0 un homme \u00e0 qui j'ai rendu la vue, je ne sais pas si tu l'as re\u00e7ue. En tout cas, d\u00e9sormais, je suis l\u00e0.<br><br>Sombrer dans une folie sanguinaire, ne plus avoir le contr\u00f4le de soi-m\u00eame, cela doit-\u00eatre un v\u00e9ritable calvaire. Deydreus, ancien mortel, est devenu vampire pour \u00e9viter une mort atroce, douloureuse et irr\u00e9pressible. Lorsqu'il m'enlace, je sens ses doigts longilignes et griffus qui effleurent ma peau. Je n'ai pas \u00e9norm\u00e9ment de connaissances sur les vampires, \u00e0 part la base folklorique : boire du sang pour vivre, ne doit pas \u00eatre expos\u00e9 au soleil, peut-\u00eatre aussi avoir peu de sommeil. Il faut dire que je manque encore cruellement d'exp\u00e9rience sur le monde qui m'entoure. Partir sur les terres du Reike est une chance que je saisis, puisque cela me permet de nourrir ma soif de connaissance sur le monde des mortels. La conversation sur Sancta est de loin celle qui me touche le plus, l'organisation du Nouvel Ordre va \u00eatre longue \u00e0 se mettre en place. Je pense aux nombreux citoyens de C\u00e9lestia perdus, sous le choc et leur foi mise \u00e0 l'\u00e9preuve. Toutefois, bien que les objectifs du Nouvel Ordre soient clairs, je souhaite apporter ma pierre \u00e0 l'\u00e9difice en plus des pr\u00e9ceptes d\u00e9j\u00e0 \u00e9tablis. La Main va prendre les r\u00eanes, un temps. Et moi dans tout \u00e7a ? Et bien, je r\u00e9fl\u00e9chis sur ma situation et sur mon envie de vivre aupr\u00e8s de lui. Les croyants ont besoin de moi, je ne peux pas les laisser entre les mains de Malazach, j'imagine le pire. Je finirais par trouver un compromis. D'ailleurs, si Deydreus est devenu un membre important au sein du Reike, que son nom r\u00e9sonne \u00e0 travers tout le pays, peut-\u00eatre pourra-t-il m'aider dans cette prise de d\u00e9cision ? Dans tous les cas, l'homme aux yeux vairons a raison, je ne peux sauver tout le monde et peu importe le choix qu'il me faudra prendre, il y aura des cons\u00e9quences. Peut-\u00eatre m\u00eame des morts sur la conscience. Mes \u00e9paules s'affaissent, mes aiguillettes tombent en arri\u00e8re et un sentiment de tristesse me submerge. Ses mains touchent mon dos, je ressens la chaleur \u00e0 travers le tissu de lin, je suis \u00e9prise de ce reikois. Ah. Si seulement, j'avais pu parler \u00e0 Seagan, poser les questions avant sa disparition. Il me laisse en plan, sans avoir eu cette confrontation, ne sachant pas pourquoi il a fait un pacte avec le d\u00e9mon Sampiero. Je me mords la l\u00e8vre de stress, l'esprit confus. Tout ceci s'envole quand mon chevalier m'embrasse, si tendrement, si d\u00e9licatement. Je suis une poup\u00e9e de porcelaine, fragile, douce et pleine d'envie. Le linge de lin se d\u00e9lie, mon corps contre le sien.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>L'avenir est incertain, mais nous ressentons tous les deux qu'il y aura de nombreux combats, ou bien une guerre in\u00e9vitable. Les hommes sont des loups pour les hommes. Les mortels sont ainsi faits, il n'existe pas de vivants v\u00eatus tout de blanc ou de noir, ils sont un m\u00e9lange indissociable. Les paroles de Deydreus sont emplies de conviction, d'une d\u00e9termination vis-\u00e0-vis des plus forts pouvant prot\u00e9ger les plus faibles. Une nation qu'il nomme Empire, pr\u00eat \u00e0 d\u00e9truire un ennemi commun. Peut importe comment l'avenir sera, il me certifie qu'il sera pr\u00e9sent, \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s. La seule chose que je puisse faire, c'est m'\u00e9lever vers la pi\u00e9t\u00e9, rester une femme capable de surmonter les pires \u00e9preuves et que je ne serai plus jamais seule. M\u00eame si Fay finit par retrouver sa forme originelle, je pense qu'elle restera \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s tout comme celui qui a abandonn\u00e9 son immortalit\u00e9. Je l'esp\u00e8re. Il y a tant de questions sur le monde qui nous entoure, tant d'adversit\u00e9 et tr\u00e8s peu de r\u00e9pit alors ce soir, je profite d'un moment d'accalmie. Les derni\u00e8res paroles du reikois me mettent en \u00e9moi, mon visage s'empourpre et je sens cette envie irr\u00e9sistible qui nous lie. Passion. Le mot caract\u00e9rise bien plus que mon adoration pour les mortels. Ce mot est la symbolique d'un d\u00e9sir ardent d'aller toujours plus loin, toujours plus haut. Une passion d\u00e9vorante qui me donne envie de l'aimer un peu plus chaque jour, de lui apporter la lumi\u00e8re dont il a besoin. Nous avons attendu de pouvoir nous retrouver, sachant chaque jour pouvant \u00eatre le dernier. Je prends sa t\u00eate entre mes mains, le regarde droit dans les yeux et d\u00e9clare :<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>\u2014 Tu es dor\u00e9navant un pilier de mon existence. Ce chapitre ne fait que commencer et je sais que nous avons une longue route qui nous attend. Je veux veiller sur toi, t'apporter de l'attention, de la douceur et surtout, un amour sinc\u00e8re. Alors, laisse-moi te montrer toute l'\u00e9tendue de ce que je ressens.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Je colle mon front contre le sien, laisse la passion d\u00e9vorante me consumer. Je l'aime. Si profond\u00e9ment, mais je n'ose lui avouer. Alors dans un \u00e9lan d'amour et d'adoration, je l'embrasse fougueusement et me colle contre lui. Mon c\u0153ur bondit, mon corps est tel un brasier effervescent, je le veux mien. Mes l\u00e8vres descendent lentement jusqu'\u00e0 atteindre son cou, ma respiration est comme le souffle d'un dragon, je d\u00e9vore chaque parcelle de son corps. Mes doigts touchent les cicatrices qui parcourent sa chair, c'est comme lorsque nous \u00e9tions tous les deux sous cette tente, entour\u00e9s par les Serres endormis. Je place mes mains sur son torse et continue \u00e0 montrer mon affection. Fay se cache quelque part, sachant pertinemment que nous avons besoin de nous retrouver lui et moi. Entier. Mon regard ambr\u00e9 s'illumine, je souhaite lui donner toute la richesse de mon amour, ce sentiment qui inonde mon \u00e2me et me donne un grand pouvoir. Oui. Le monde a besoin de \u00e7a. Je rel\u00e8ve la t\u00eate et d\u00e9clare :<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>\u2014 \u00d4 toi qui es devenu immortel, c\u00e9l\u00e9brons ensemble ton entr\u00e9e dans l'\u00e9ternit\u00e9. Je voulais te dire ...<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Un silence. Et si ...<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>\u2014 Je t'aime, Dey.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Puis je referme les yeux et me laisse d\u00e9vorer par l'amour que j'ai pour lui. Ce n'est pas la foi qui m'anime, pas m\u00eame mes p\u00e8res qui me dictent. Rien ni personne au monde ne peut parler \u00e0 ma place et mes mots m'appartiennent. Il est parfois difficile de transmettre une \u00e9motion, de mettre un mot sur des sentiments qui paraissent si forts, si beaux, si intenses. Alors je me laisse porter par le courant, esp\u00e9rant que je ne me br\u00fblerai pas les ailes envers ce prince nocturne. Ah. S'il savait. Alors ce soir, en cette nuit d'hiver, les deux corps s'entrem\u00ealent.<br><br>ette nuit, j'ai r\u00eav\u00e9. Ce n'est pas qu'un cauchemar comme j'en fais habituellement, cette fois-ci, j'ai pu ressentir une peur grandissante au sein m\u00eame des terres du Reike. Mes pieds foulent le sable chaud du d\u00e9sert et les ailes d\u00e9ploy\u00e9es dans mon dos, j'avance sans savoir o\u00f9 aller. Derri\u00e8re moi, une voix forte qui me hurle de partir. Une voix qui me dicte que si je reste sur ces terres, je finirais par en payer le prix. Alors, dans mon sommeil, je d\u00e9ploie une grande lumi\u00e8re et puis plus rien. Ce n'est qu'un r\u00eave, dont je ne connais ni le sens, ni l'interpr\u00e9tation. Ouvrant les yeux, une main glisse dans mes cheveux, je croise le regard du reikois qui m'embrasse le front. Ce moment est un des rares o\u00f9 je me sens en s\u00e9curit\u00e9 et o\u00f9 je peux \u00eatre moi-m\u00eame. Une poup\u00e9e de porcelaine. Alors qu'il se l\u00e8ve, je re\u00e7ois une gourde d'une mixture \u00e0 l'odeur all\u00e9chante, bien qu'un peu forte. Cela nous rappelle des souvenirs. Les rayons de lumi\u00e8re m'illuminent tandis que le vampire tire sur les rideaux, celui-ci m'indique sa mission du jour. Je l'\u00e9coute attentivement, la gourde \u00e0 mes l\u00e8vres, buvant quelques gorg\u00e9es pour me mettre d'aplomb. Je n'ai pas besoin de boire, ni de manger seulement, je veux partager ce simple instant. Je retire la couette et laisse les rayons baigner mon corps de cette douce lueur, comme pour me ressourcer, avant de me lever, m'approcher de l'armoire et enfiler les quelques effets \u00e0 mon intention. Deydreus a raison, il est pr\u00e9voyant et avis\u00e9 sur ce que peut repr\u00e9senter mes symboles sur mes v\u00eatements. J'ai pu en faire les frais il y a quelque temps, qu'il s'agisse du petit village dans les terres du Nord avec Aryan, ou encore avec cette femme pro-shierak.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Le chevalier a des obligations ce matin, devant s'occuper de divers papiers \u00e0 r\u00e9diger sur son bureau, je me mets en qu\u00eate de rejoindre les Serres qui s'entra\u00eenent un peu plus bas dans la cour. Cela me fera certainement du bien de retrouver Ikaryon, Vivien, Aki et tous les autres dont je n'ai pas pu donner de mes nouvelles pendant trois mois. Je le laisse vaquer \u00e0 ses occupations, rejoignant l'ext\u00e9rieur et \u00e9coutant attentivement le chant matinal des oiseaux, sentant la petite brise qui s'engouffre dans les ruelles de Taisen et surtout, entendre les coups d'\u00e9p\u00e9es et les voix des hommes situ\u00e9s \u00e0 l'arri\u00e8re du manoir. J'approche d'un pas d\u00e9cid\u00e9, avec une l\u00e9g\u00e8re appr\u00e9hension dans le c\u0153ur, comme si j'avais encore une certaine frayeur. Certainement d\u00fb au fait que je risque de me faire bombarder de questions, mais qu'importe. Je fais le tour du b\u00e2timent et trouve un grand terrain d'entra\u00eenement. Les hommes sont d\u00e9j\u00e0 v\u00eatis de leurs \u00e9p\u00e9es, boucliers et armure \u00e0 l'effigie des Serres Pourpres, teint\u00e9es de noir et de rouge. Ils sont disciplin\u00e9s, agiles, utilisent diverses techniques dont je ne connais pas le nom. Apr\u00e8s tout, je ne suis pas une guerri\u00e8re et loin de moi l'id\u00e9e de pouvoir exceller en combat singulier. Depuis mon d\u00e9part \u00e0 Sancta, il est vrai que je me suis relativement pos\u00e9 des questions sur l'art de la guerre. J'aimerais pouvoir apprendre et savoir o\u00f9 et quand frapper. Je me rapproche de Vivien qui semble un peu en retrait. Ses yeux me fixent et un sourire illumine son visage. Arrivant \u00e0 son niveau, celui-ci me prend dans ses bras avant de me faire une tape sur l'\u00e9paule.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Certains s'arr\u00eatent et viennent me rencontrer, nous \u00e9changeons quelques dizaines de minutes. Je leur raconte alors ma travers\u00e9e depuis C\u00e9lestia jusqu'aux portes de Taisen, ce long p\u00e9riple qui m'aura men\u00e9 jusqu'ici, esp\u00e9rant pouvoir les retrouver apr\u00e8s moult p\u00e9rip\u00e9ties. Je leur explique \u00e9galement avoir d\u00fb combattre, que j'ai subi la violence et la douleur et qu'il me faut apprendre \u00e0 manier convenablement une arme, m\u00eame si celle-ci est faite de lumi\u00e8re. Ikaryon et Vivien se portent volontaire pour me donner des conseils, tout en pratiquant un entra\u00eenement rigoureux comme ils ont l'habitude de faire. Ce que j'aime chez eux, c'est ce comportement droit et fier, ces valeureux guerriers ne l\u00e9sineront pas leurs coups, car je suis une femme. Je n'utiliserai pas mes pouvoirs alors, on me donne une \u00e9p\u00e9e longue et des protections pour pouvoir encaisser les coups. L'armure est un peu trop grande, mais cela fera l'affaire, car apr\u00e8s tout, un jour, peut-\u00eatre, je veux pouvoir brandir l'\u00e9tendard des Serres. Nous nous mettons en place, tandis que les autres d\u00e9gagent une partie du terrain pour nous laisser de la marge. Je sens le poids de l'armure, de m\u00eame pour l'\u00e9p\u00e9e, il va falloir que je m'endurcisse pour \u00e9viter de fatiguer trop vite.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Aki est vif dans ses mouvements, tandis que Vivien m'\u00e9claire sur les postures que je dois appliquer selon les d\u00e9placements de mon adversaire. Lorsque je me m\u2019avance maladroitement, Aki fait une halte pour se placer \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s, afin d\u2019\u00eatre un miroir. J'\u00e9change de partenaire, Vivien se dresse face \u00e0 moi et me montre de nouvelles techniques de combat, ainsi que des parades. Le temps file \u00e0 toute vitesse, je tente de m'impr\u00e9gner de ces \u00e9ducations militaires bien qu'il y ai beaucoup \u00e0 apprendre, \u00e0 analyser et \u00e0 ex\u00e9cuter. Les Serres sont ordonn\u00e9es, on ressent l'intelligence de leur mouvement, leur coordination et une grande ma\u00eetrise. Je demande de faire une pause, mes bras sont engourdis et je ne sens plus mes jambes. Aki et Vivien me font un grand sourire, me laissent me reposer en prenant de grandes inspirations. Bon sang, ce sont donc de vrais entra\u00eenements ? \u00c0 C\u00e9lestia, nous manquons r\u00e9ellement de ma\u00eetrises. Les shoum\u00e9\u00efens n'ont clairement pas la m\u00eame habilit\u00e9 que les reikois. Les fervents croyants ne pourront jamais se battre contre l'Empire, vu leur nombre et leur enseignement militaire bien trop maigre en comparaison du Reike.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>\u2014 Je n'aurai jamais cru que les entra\u00eenements soient si \u00e9puisants. J'admets que mes pouvoirs sont bien plus impressionnants que ma ma\u00eetrise martiale. Ah ...<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Soudain, une voix s'\u00e9l\u00e8ve, ce n'est pas celle de mon r\u00eave, fort heureusement. Quoi qu'il en co\u00fbte, quoi qu'il advienne, ce n'est pas un r\u00eave qui m'effraiera. Une stature imposante et grave intervient, celle pour qui je serai capable de brandir le fer et sauver les \u00e2mes.<br><br>Apr\u00e8s avoir observ\u00e9 le chevalier aux sombres armoiries \u00e0 l'\u0153uvre, je comprends pourquoi celui-ci est devenu la Griffe de l'Empire. Son nom r\u00e9sonne \u00e0 travers les d\u00e9serts arides pr\u00e8s de Taisen, tout comme il sera port\u00e9 loin dans les terres hivernales par-del\u00e0 les for\u00eats de pins et les montagnes. Il incarne la droiture et la fiert\u00e9, tandis que je repr\u00e9sente douceur et bont\u00e9. Le voir s'entra\u00eener aupr\u00e8s des Serres Pourpres est instructif, vivifiant et je suis subjugu\u00e9e par les mouvements, l'anticipation et la ma\u00eetrise de son arme. Puis, un peu plus tard, la Griffe s'assoit \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s, une caresse avant de me demander quel est ma d\u00e9cision concernant la mission de cet apr\u00e8s-midi. Sans \u00e9quivoque, je r\u00e9torque avec un large sourire que je suis motiv\u00e9e et curieuse de me d\u00e9placer aupr\u00e8s de lui. J'ose croire que ce sera diff\u00e9rent des terres de Shoume\u00ef. Ces nombreux combats et ces entit\u00e9s sordides m'auront fait faire de nombreux cauchemars. Et puis avoir une personne capable de gu\u00e9rir les maux et les blessures, est toujours bonne \u00e0 prendre dans un groupe de guerriers aguerris, car tout peur arriver. De retour au manoir, le chevalier me demande de l'aide pour v\u00eatir son armure. Haussant un sourcil, un rictus s'affiche sur mon visage comprenant que ce n'est qu'un stratag\u00e8me pour un dernier moment seul \u00e0 seul. M'emparant des pi\u00e8ces, je les place par-dessus ses v\u00eatements tout en contemplant la stature de l'homme. J'ancre cette image dans un coin de mon esprit, ce nouveau-n\u00e9 immortel a encore tant \u00e0 m'apprendre, tant \u00e0 m'offrir et je compte \u00eatre son soutien, devenir un de ses piliers de vie.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>***<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Plac\u00e9e derri\u00e8re le sombre chevalier sur son destrier, Fay dans mes bras, nous avan\u00e7ons accompagn\u00e9s des Serres dans les terres de sable chaud. Le soleil est plac\u00e9 haut dans le ciel et je sais qu'il est, d\u00e9sormais, le pire ennemi du vampire. Le Reike est immense, sauvage avec des paysages bluffants. Le trajet n'est pas si long, tout du moins, mes pens\u00e9es vagabondent le temps que nous arrivions dans un village construit \u00e0 l'int\u00e9rieur d'un canyon. Nous parvenons \u00e0 notre destination avant la tomb\u00e9e de la nuit. L'architecture est tellement diff\u00e9rente de tout ce que j'ai pu observer durant mon voyage. Parmi les palmiers dress\u00e9s et les maisons tapis \u00e0 l'ombre des rayons du soleil, quelques habitants nous examine avec int\u00e9r\u00eat. Parvenant jusqu'\u00e0 un b\u00e2timent dont la magnificence m'impressionne, un elfe fait une r\u00e9v\u00e9rence avant d'entamer un dialogue avec le dirigeant des Serres. Deydreus me laisse le choix, soit de l'accompagner ou de suivre les Serres. Descendant \u00e9galement de la monture, je d\u00e9clare avec une voix apais\u00e9e et le regard lumineux :<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>\u2014 \u00c0 vrai dire, je vais contempler les richesses de ce village. Je vais rester avec le reste du groupe.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Apr\u00e8s une l\u00e9g\u00e8re courbette \u00e0 l'intention du chef du village, je d\u00e9cide de suivre Vivien tandis que Deydreus et sa suite accompagnent l'elfe. Vivien tient les r\u00eanes d'Hellhestr, je marche \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s en contemplant chaque b\u00e2timent, chaque habitant, chaque plante qui pousse dans ce lieu aride. Une femme assise sur une pierre au-dessus du point d'eau, attend sagement une canne \u00e0 la main, un panier en osier \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. Deux enfants jouent avec de morceaux de bois, regardent les guerriers s'avancer avec des yeux \u00e9carquill\u00e9s. Tout semble si calme, si imperturbable, je me demande quels sont les maux de cet endroit au milieu des roches et du sable. Le blat\u00e8rement des dromadaires, le b\u00ealement des ch\u00e8vres, le chant des oiseaux permettent au moins une certaine connexion avec la nature. Je regarde Hellhestr du coin de l'\u0153il, il marmonne qu'il a chaud, ce qui me fait sourire. Je comprends parfaitement le langage des animaux, ayant v\u00e9cu des mill\u00e9naires dans une for\u00eat grouillant de b\u00eates sauvages.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>\u2014 Je suis content que tu nous accompagnes, d\u00e9clare Vivien.<br>Je d\u00e9tourne mon regard pour croiser le sien, il semble satisfait voir enjou\u00e9. Ce type de mission doit \u00eatre habituel pour lui, toutefois, je les rejoins enfin sur leur propre terre. Cela me fait quelque chose, \u00eatre si loin de ma maison \u00e0 C\u00e9lestia, penser aux crois\u00e9s et aux jumelles que j'ai laiss\u00e9 l\u00e0-bas, en compagnie de Malazach et du reste.<br>\u2014 Merci Vivien, tu n'imagines pas tout ce que j'ai v\u00e9cu depuis votre d\u00e9part.<br>\u2014 Tu souhaites en discuter ?<br>Baissant les yeux, je ne sais pas si c'est une bonne id\u00e9e d'en parler imm\u00e9diatement avec lui, bien qu'il me consid\u00e8re comme une s\u0153ur d'arme. J'allais ouvrir la bouche quand nous arrivons enfin \u00e0 l'ancienne caserne dont a parl\u00e9 le chef du village. Le groupe a commenc\u00e9 \u00e0 s'y installer alors que deux femmes terminent de ranger quelques seaux d'eau.<br>\u2014 Nous en discuterons certainement un peu plus tard. J'ai h\u00e2te de d\u00e9couvrir ce qu'il en sera. Veux-tu continuer \u00e0 te balader \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s ?<br>\u2014 Bien \u00e9videmment.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Vivien accroche les r\u00eanes contre un poteau en bois et se d\u00e9place avec moi au sein du village. Tandis que les rayons de lumi\u00e8re s'effacent peu \u00e0 peu, je lui d\u00e9clare avec une voix l\u00e9g\u00e8rement perturb\u00e9e.<br>\u2014 Je compte quitter le Nouvel Ordre.<br><br>Vivien s'arr\u00eate, \u00e9chappe un sourire sur ses l\u00e8vres et me demande avec incr\u00e9dulit\u00e9 si ce que je viens de dire est r\u00e9el. J'acquiesce et celui-ci semble \u00e0 la fois ravi et circonspect. Je ne lui d\u00e9clare pas les raisons qui me poussent \u00e0 prendre cette d\u00e9cision, car t\u00f4t ou tard, j'en parlerai aupr\u00e8s de la Griffe. Nous nous baladons quelques instants, prenant le temps de regarder le petit village et ses habitants. Fascin\u00e9e par les v\u00eatements qu'ils v\u00eatissent et leur fa\u00e7on de vivre, je remarque qu'aucun d'entre eux n'arbore de symbole religieux, qu'il s'agisse du divinisme, du culte des ombres ou m\u00eame du Shierak. Je sais qu'il est impossible de leur parler des titans ou m\u00eame du Nouvel Ordre, cela cr\u00e9erait trop de d\u00e9sordre. Bien que je veuille abandonner mon r\u00f4le de protectrice du peuple, je suivrai toujours les m\u00eames pr\u00e9ceptes au fond de mon c\u0153ur : aider, aimer et pardonner. Faire le bien est un choix et non une vocation. Mon r\u00f4le n'est pas termin\u00e9, j'ai encore tant \u00e0 faire, tant \u00e0 accomplir, tant \u00e0 esp\u00e9rer. Lorsque mes yeux se posent sur Vivien, v\u00eatit de son armure rouge et noire, je me rends compte que c'est certainement aupr\u00e8s d'eux que je souhaiterais changer de vie. Le Nouvel Ordre n'est plus ce qu'il est avec la disparition de mon mentor. D'autant que je n'ai pas le m\u00eame charisme ni la m\u00eame pens\u00e9e que lui, il sera impossible de changer les m\u0153urs et les coutumes des shou\u00e9meiens rapatri\u00e9s. Sentant l'air frais sur mon visage, j'entends comme un \u00e9trange \u00e9cho lointain, une voix cristalline port\u00e9e au loin. Vivien ne semble pas l'entendre, ou bien est-il tout simplement obnubil\u00e9 par ce qui nous entoure, restant concentr\u00e9 sur la marche \u00e0 suivre. Je tourne mon regard en arri\u00e8re, par-del\u00e0 les roches et en un battement de cils, j'ai cru voir une forme f\u00e9minine. Ce n'est peut-\u00eatre que mon imagination. D\u00e9tournant mon regard vers Vivien, nous revenons vers la caserne o\u00f9 Deydreus nous r\u00e9unit, afin de nous faire le topo sur la situation. Une fois les explications apport\u00e9es, la mission est d\u00e9clar\u00e9e commenc\u00e9e. Une main gant\u00e9e vint soulever mon visage, il souhaite que je l'accompagne \u00e0 la repr\u00e9sentation, j'opine du chef.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Accompagnant le chevalier aux sombres armoiries, Fay sur mon \u00e9paule, l'ambiance est douce et chaleureuse au sein du village. Nich\u00e9e dans les hauteurs des rocheuses, des banderoles color\u00e9es sont raccord\u00e9es, des lanternes sont suspendues, de nombreux bancs sont dispos\u00e9s et la plupart des habitants viennent s'y installer. Nous retrouvons l'elfe vu plus t\u00f4t, l\u00e0 encore, je suis surprise par son accoutrement et le d\u00e9visage avec attention. Nous entrons dans la loge, attendons patiemment que la repr\u00e9sentation ait lieu. Mes pens\u00e9es sont ailleurs et j'entends cet \u00e9trange \u00e9cho, encore une fois, l'appel d'un chant cristallin presque imperceptible. Je cherche du regard quelque chose ou quelqu'un, utilisant ma senseur magique pour comprendre d'o\u00f9 cela vient-il. Or, il ne se passe rien. Puis, un tintement de cloche r\u00e9sonna dans la gorge, laissant voir des personnages masqu\u00e9s faire leur entr\u00e9e sur sc\u00e8ne. Concentr\u00e9e sur ce qu'il se passe, j'admire les dialogues et les danses enivrantes des repr\u00e9sentants du spectacle. Les musiciens jouent au rythme du jeu, balayant la peur et laissant les spectateurs s'\u00e9chapper un instant de la dure r\u00e9alit\u00e9 qui les accablent. Soudain, j'entends un sifflement lointain avant de dispara\u00eetre, coup\u00e9 par le son des instruments et des acclamations des habitants. Les sourcils fronc\u00e9s, les sens en alerte, je pose ma main sur le bras de Deydreus afin de l'interpeller, mais ce fut de courte dur\u00e9e.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Un sifflement strident, un vrombissement dans les airs, une fl\u00e8che vint se ficher dans le bras de l'elfe assit \u00e0 nos c\u00f4t\u00e9s. Un cri strident, la repr\u00e9sentation s'arr\u00eate et tous semblent avoir le souffle coup\u00e9. L'elfe se tient le bras ensanglant\u00e9, tir\u00e9 en arri\u00e8re par deux serres afin de le mettre hors de port\u00e9e, celui-ci est mis \u00e0 terre tandis qu'il hurle de douleur. Fay se calfeutre, je m'approche de l'elfe et commence \u00e0 retirer la fl\u00e8che, le sang sur les mains, j'ex\u00e9cute les premiers soins. Un nouveau sifflement strident, on entend au loin des aboiements et un cor sonn\u00e9. \u00c0 l'ext\u00e9rieur de la ville, il se passe quelque chose et les villageois commencent \u00e0 courir, prirent dans une panique. Ils hurlent, ils pi\u00e9tinent, ils bousculent, ahuris dans l'incompr\u00e9hension et dans la frayeur. Une fois gu\u00e9rit, l'elfe me remercie et se rel\u00e8ve, les serres se regroupent et cherchent des yeux l'ennemi. Si tant est qu'il s'agit de quelqu'un qui provienne de la foule ou bien d'une ombre cach\u00e9e dans la nuit. Je remarque sur la fl\u00e8che bris\u00e9e un morceau de papier enroul\u00e9, tach\u00e9 par le sang. Je le prends entre mes mains et tente de lire ce qu'il y a \u00e9crit, malheureusement, c'est devenu illisible. Je peste.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Les villageois se mettent \u00e0 l'abri dans leur maison, lib\u00e9rant la place centrale de la ville. Les gardes de Kirmura, les serres et moi-m\u00eame gardons la t\u00eate froide. Le ma\u00eetre de la ville est rapatri\u00e9 dans l'enceinte de son domaine, nous d\u00e9cidons de l'accompagner afin de lui fournir une protection. Soudain, encore cet \u00e9cho, plus fort, plus violent et qui devient de plus en plus strident. Mes mains contre ma t\u00eate, un mal de t\u00eate me ronge l'esprit et je n'arrive pas \u00e0 me concentrer. Plus loin, on entend des pas lourds arriver dans notre direction, des gens hurlent et une petite fille et sa m\u00e8re se font poursuivre dans l'all\u00e9e principale, nous demandant de l'aide. Derri\u00e8re elle, une ombre surgit, une forme animale et sinistre dot\u00e9e de cornes protub\u00e9rantes et d'une carrure gargantuesque recouverte de poils. Je n'avais jamais vu ce type de b\u00eate. Il est seul, seulement on sent dans son regard une malveillance certaine. D'un coup de corne, la b\u00eate embroche la m\u00e8re tandis que la petite fille tombe \u00e0 terre. Je me concentre garder mon esprit intact, esp\u00e9rant que cela suffise \u00e0 \u00e9viter l'\u00e9trange \u00e9cho qui r\u00e9sonne dans mon esprit avant de lib\u00e9rer mes ailes et de voler en direction de l'enfant. La patte de la b\u00eate se l\u00e8ve, pr\u00eate \u00e0 \u00e9craser. Il s'en est fallu d'un cheveu pour que j'agrippe la petite dans mes bras et m'envole pour retourner vers la sc\u00e8ne de repr\u00e9sentation. En levant les yeux, je vois que l'\u00e9norme b\u00eate a d\u00e9truit de nombreuses habitations, des corps gisent \u00e0 m\u00eame le sol et les quelques lampions suspendus permettent d'admirer une sc\u00e8ne sordide. En l'espace d'un instant, ce petit village paisible se retrouve en partie sous des d\u00e9combres. Quelque chose de mauvais est \u00e0 l'\u0153uvre et cet animal ne semble pas \u00eatre lui-m\u00eame. L'enfant pleure, sa m\u00e8re n'est plus et les grandes ailes dans mon dos ne peuvent me trahir.<br><br><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/nw9v9d3ckdA\">https:\/\/www.youtube.com\/embed\/nw9v9d3ckdA<\/a><\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Sans tarder, je d\u00e9ploie les ailes de nouveaux, laissant l'enfant et Fay aupr\u00e8s de quelques serres restant en arri\u00e8re, tandis que d'autres arpentent les escaliers pour arriver au-dessus de la gorge. Il fait nuit noire et je per\u00e7ois le mouvement des mortels qui brandissent leur arc, leurs fl\u00e8ches pr\u00eatent \u00e0 \u00eatre d\u00e9coch\u00e9es dans ma direction. Ils sont une vingtaine tout au plus, je ressens une certaine tension et quand bien m\u00eame j'ose m'approcher sans mauvaise intention, l'un d'eux s'empresse de tirer. Ne me laissant gu\u00e8re le temps de parler, j'esquive en virevoltant sur le c\u00f4t\u00e9 avant de tendre une main vers le ciel et l'autre, pointant les archers. Un homme d'une quarantaine d'ann\u00e9es s'avance nonchalamment, son visage dur et carr\u00e9 lui donne un air mena\u00e7ant, d'autant qu'il arbore des sourcils broussaill\u00e9s et un cr\u00e2ne d\u00e9garni. Sa carrure imposante d\u00e9montre un entra\u00eenement intensif. Je remarque dans son cou le symbole d'un dragon, comme celui de Deydreus sur son poignet gauche. D'une voix rauque, l'homme \u00e0 la t\u00eate des archers demande :<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>\u2014&nbsp;<strong>Tiens. Une cr\u00e9ature des titans. Combien d'autres monstres aussi abjectes d\u00e9tiennent encore le Reike ?<br><\/strong><br>Les serres grimpent les marches avec rapidit\u00e9, le cliquetis de leurs armures r\u00e9sonnent dans l'espace. Toujours \u00e0 quelques m\u00e8tres du sol, je cherche avant tout \u00e0 comprendre les agissements de ces hommes vis-\u00e0-vis du village en contrebas. Les humains peuvent \u00eatre cruels, durs et antipathiques, toutefois, j'ose croire qu'ils sont peut-\u00eatre guid\u00e9s par une voie qui n'est pas la leur. Un mortel ne peut choisir le mal par conviction, du moins, c'est ce que je pense. L'homme m'interpelle de nouveau, sans \u00eatre inquiet, je remarque dans son regard une pointe de malice, et m\u00eame une lueur malsaine. \"<em>Tous les hommes ne peuvent \u00eatre sauv\u00e9s<\/em>\" m'avait-on d\u00e9j\u00e0 expliqu\u00e9. Je ne veux pas le croire. Je suis certaine que les mots peuvent apporter la paix plut\u00f4t que de brandir les armes.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>\u2014&nbsp;<strong>Je me r\u00e9jouirai d'avoir cette paire d'ailes en troph\u00e9e, qu'est-ce que vous en d\u00eetes les gars ?<\/strong><\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Les hommes se mettent \u00e0 rire tandis que les pas des serres se rapprochent. Les archers reprennent rapidement leur s\u00e9rieux et je remarque qu'ils se d\u00e9placent en cercle, attendant que les hommes de Deydreus sortent de l'embouchure des escaliers pour tirer. Je pose un pied-\u00e0-terre et me place \u00e0 quelques m\u00e8tres de l'homme au ton sinistre, tentant de canaliser leur attention sur moi.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>\u2014&nbsp;Pourquoi avoir agi ainsi ? Pourquoi vouloir attaquer ces pauvres gens ?&nbsp;Dis-je avec une pointe d'amertume.&nbsp;Vous n'avez pas besoin de tuer pour vous sentir libre.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Le reikois me toise et s'esclaffe, il n'a aucun compte \u00e0 me rendre et me le fait bien savoir. Quoi que je dise, quoi que je fasse, je ne suis qu'un bout de viande \u00e0 mettre sur un pic. Un troph\u00e9e de chasse pour ce boucher sans aucune once de compassion. Un mortel pr\u00eat \u00e0 d\u00e9truire et \u00e0 semer le chaos, un de ces impies que Seagan torturerait sans pr\u00e9avis. Je songe \u00e0 ce que j'ai v\u00e9cu en d\u00e9cembre contre une entit\u00e9 unique, celle qui dilapidait tous les animaux dans les terres du Nord, une multitude qui cherche \u00e0 r\u00e9pandre le sang et la violence partout o\u00f9 elle passe. Peut-\u00eatre que l'entit\u00e9 avait raison, peut-\u00eatre que les mortels ont un lourd fardeau qui n'est autre que l'existence. Pourtant, j'ai toujours cru qu'il serait bon de venir en aide aux Hommes de ce monde, que malgr\u00e9 la part d'ombre de chacun, il suffit d'une petite pointe de lumi\u00e8re pour qu'enfin les mortels renaissent et retrouve le droit chemin.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Que nenni.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Les Serres Pourpres sont arriv\u00e9es et chaque archer d\u00e9coche une fl\u00e8che. Utilisant ma t\u00e9l\u00e9kin\u00e9sie, les fl\u00e8ches se stoppent net \u00e0 mon niveau avant de tomber sur le sol comme si elles n'avaient jamais \u00e9t\u00e9 d\u00e9coch\u00e9es. Les archers sont dubitatifs et regardent leur chef. Les hommes de Deydreus se mettent en position \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s, nous sommes quasiment \u00e0 nombre \u00e9gal et je pense sinc\u00e8rement que la force dont nous disposons est sup\u00e9rieure \u00e0 la leur. Je m'approche d'un pas, le reikois sort de son ceinturon deux stilettos qu'il maintient fermement. Je m'arr\u00eate et m'exprime avec calme :<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>\u2014&nbsp;La mort peut \u00eatre \u00e9vit\u00e9e, l\u00e2chez vos armes.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Le reikois ne veut pas m'\u00e9couter, son air renfrogn\u00e9 et ses l\u00e8vres relev\u00e9es me font penser \u00e0 une b\u00eate sauvage et agressive. Il n'a aucunement l'intention de se laisser faire. Je r\u00e9it\u00e8re.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>\u2014&nbsp;La vie est pr\u00e9cieuse. Ne faites pas l'erreur de tout g\u00e2cher,&nbsp;dis-je en tendant la main dans sa direction.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Une erreur. Le reikois siffle entre ses l\u00e8vres et les archers choisissent de prendre \u00e9p\u00e9es et dagues \u00e0 leur ceinturon avant de venir d\u00e9verser leur haine \u00e0 notre encontre. Il n'y a donc pas le choix. Un grand homme m'a dit un jour \"Tu\u00e9 ou \u00eatre tu\u00e9\". Le chef des archers s'avance vers moi avec une grande d\u00e9termination, muscles saillants et ses yeux inject\u00e9s de sang. Il n'a qu'une envie, laisser place \u00e0 la violence. Chaque serre se met en place contre un ennemi tandis que je me retrouve \u00e0 esquiver les attaques de leur chef. Je ne veux pas le tuer. Je ne souhaite pas le tuer. \u201dTu ne peux pas aider ce qui ne veut pas l\u2019\u00eatre, mais tu peux les lib\u00e9rer de leur fardeau qu\u2019est l\u2019Existence.\u201d Cette voix r\u00e9sonne encore dans mon esprit, elle m'effraie et je ressens une adr\u00e9naline me prendre aux tripes. Le reikois me tire par une aile, celle qui fut bless\u00e9e jadis par l'arme noire puis par la lame de la multitude avant de vouloir y arracher quelques plumes. Mon esprit s'embrume, comme un voile opaque et je me laisse guider par une \u00e9motion qui me fait vibrer au plus profond de mon \u00eatre. Une \u00e9motion refoul\u00e9e et pourtant pr\u00e9sente depuis tant d'ann\u00e9es. Elle explose et projette alors une envie irr\u00e9pressible de lib\u00e9rer les \u00e2mes des impies. Cr\u00e9ant une dizaine d'\u00e9p\u00e9es de lumi\u00e8re autour de moi, dont une entre mes mains, je me retourne et regarde droit dans les yeux le reikois au cr\u00e2ne d\u00e9garni.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>\u2014&nbsp;Amen.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Et dans une gicl\u00e9e de sang, je transperce la peau de l'homme qui hurle de douleur. La lumi\u00e8re irradie si bien qu'elle le consume de l'int\u00e9rieur, ses organes fondent et son visage est d\u00e9form\u00e9. De sa bouche, est projet\u00e9e une gerbe d'un rouge vif, ses yeux se r\u00e9vulsent et l'enti\u00e8ret\u00e9 de son corps se transforme en poussi\u00e8re sous mes yeux. Mon aile lib\u00e9r\u00e9e, je regarde le ciel nocturne tandis que le bruit des lames qui s'entrechoquent et des cliquetis des armures me ram\u00e8nent plusieurs milliers d'ann\u00e9es en arri\u00e8re. La peur m'avait assailli. J'ai laiss\u00e9 p\u00e9rir tant d'hommes et de femmes par ma l\u00e2chet\u00e9, pr\u00e9f\u00e9rant fuir mes responsabilit\u00e9s qui m'avaient \u00e9t\u00e9 confi\u00e9s. Est-ce une des raisons qui font que mes p\u00e8res m'ont abandonn\u00e9 ? Les \u00e9p\u00e9es de lumi\u00e8re tournoient autour de moi et d'un geste du bras, je pointe chaque mortel qui combat une serre. Chacune des \u00e9p\u00e9es vient en aide, d\u00e9coupant les membres, tranchant dans la chair, dilapidant les ennemis. \u00c0 mes pieds, les cendres du reikois s'envolent tandis que le combat se termine. Le vent effleure mon visage et la brume dans mon esprit se dissipe. L'\u00e9p\u00e9e de lumi\u00e8re en main, je contemple le paysage charnier qui me fait face et regarde froidement le sang \u00e9parpill\u00e9. Vivien s'approche et avant qu'il ne fasse un pas de plus, je lui d\u00e9clare avec un sourire et le regard rempli d'un sentiment amer :<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>\u2014&nbsp;J'ai tu\u00e9 mon premier mortel.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Je n'avais nul autre choix.<br><br>Les cendres de l'homme disparaissent, un go\u00fbt amer et le cerveau en \u00e9bullition, j'ai l'impression que cet instant se fige \u00e0 jamais. Je sus \u00e0 ce moment que ma vie prendrait un tout autre tournant. Qu'ai-je fait ? \u00c9tait-ce la bonne solution ? Suis-je en train de prendre la mauvaise voie ? Je ferme les poings et garde cet \u00e9trange sourire tandis que mon regard plonge dans le ciel nocturne. Les \u00e9toiles sont timides ce soir, elles ne se montrent pas. Les corps bris\u00e9s et d\u00e9chiquet\u00e9s des brigands baignant dans leur propre sang me perturbent. Je viens de commettre un acte meurtrier. Je tremble, non pas de peur, mais d'une certaine excitation. L'adr\u00e9naline m'a procur\u00e9 un sentiment si galvanisant que j'en ai perdu mes rep\u00e8res. Subjugu\u00e9e par un sentiment si puissant : la rage. Ce n'\u00e9tait pas de la haine \u00e0 proprement parler, mais bien d'une envie de d\u00e9truire. Le mortel a choisi son destin, je sonne le glas de son tr\u00e9pas et le voil\u00e0 r\u00e9duit en cendres \u00e0 mes pieds. Quel triste destin. Deux mains se posent sur mes joues, je red\u00e9couvre ses yeux vairons qui me fixent, cette voix grave qui me murmure que ce n'est certes pas facile, tout en ayant la certitude que j'ai bien agi. Son front contre le mien, comme s'il voulait apaiser mes pens\u00e9es sombres qui m'obscurcissent mon \u00e2me, un seul homme parvient \u00e0 m'approcher et \u00e0 me toucher sans que j'ai la crainte d'y laisser des plumes : Deydreus. Alors que je l'\u00e9coute, celui-ci se rapproche du pr\u00e9cipice et continue son dialogue avec ce ton poignant, ce m\u00eame ton qu'il emploie quand les moments importants marquent la vie d'un homme. Aujourd'hui, en cette nuit de f\u00e9vrier de l'an 4, j'ai tu\u00e9 de sang-froid. \"<em>Ils le m\u00e9ritaient<\/em>\". Il est vrai que nous n'avons pas eu le choix. Revenant de nouveau vers moi, caressant mon \u00e9paule et mes plumes, un l\u00e9ger frisson me parcourt.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Depuis notre rencontre \u00e0 Alfregium, l'une de mes ailes est profond\u00e9ment marqu\u00e9e et je dois avouer qu'il m'est difficile d'imaginer quelqu'un d'autres vouloir les toucher. Depuis que je suis arriv\u00e9e sur les terres du Reike, j'ai d\u00fb cacher ma v\u00e9ritable identit\u00e9, de peur de me faire lapider par ceux qui ne supportent nullement les engeances des titans. Cet homme aux cheveux d'\u00e9b\u00e8ne ne me fera pas de mal, il n'est ni comme mon mentor, ni comme n'importe quel autre homme que j'ai pu rencontrer jusqu'\u00e0 pr\u00e9sent. Tout nous oppose et pourtant, il est le pilier sur lequel je peux compter. D'ailleurs, j'ai encore du mal \u00e0 croire qu'il ne soit plus mortel. Lorsqu'il \u00e9voque le mot \"famille\", mon c\u0153ur se serre et des images tourbillonnent dans mon esprit. Lorsqu'il se rapproche, le temps s'arr\u00eate et j'ancre mon regard sur les l\u00e8vres de celui qui m'alerte en cette nuit froide et cruelle. D'autres horreurs viendront, ce n'est qu'un d\u00e9but. La question du \"si\" revient dans ma t\u00eate. Si je rejoins Deydreus, que vont devenir les jumelles et mes crois\u00e9s laiss\u00e9s \u00e0 C\u00e9lestia ? Eux aussi font partie de ma famille, je ne veux pas les abandonner, ni les laisser entre les mains de la nouvelle r\u00e9gente ayant pris la place de mon mentor. Mon sourire s'efface et alors que des pleurs et des cris s'\u00e9chappent du village en contrebas, une peine immense remplit mon \u00eatre tout entier. Nous finissons par rejoindre les citoyens, descendant les escaliers dans un silence de plomb. Je d\u00e9couvre le cadavre de l'animal bris\u00e9 un peu plus loin, je ne suis pas vraiment surprise de le voir avec la m\u00e2choire d\u00e9chir\u00e9e. Parfois, je me dis que si la Griffe aurait \u00e9t\u00e9 mon ennemi, je serai peut-\u00eatre \u00e0 la place de ce B\u00e9h\u00e9moth. Je sais de quoi il est capable, je suis bien aise de l'avoir \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s bien qu'il soit un \u00eatre rempli de noirceur. Qu'est-ce qui nous lie, alors que nous sommes si diff\u00e9rents ? Aujourd'hui, j'ai fait mes preuves envers lui, envers les Serres, envers moi-m\u00eame. J'ai d\u00e9couvert de quoi j'\u00e9tais capable, bien que je n'en sois pas fi\u00e8re.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Nous arrivons chez le r\u00e9gent, sa demeure est immense et nous constatons de nombreux bless\u00e9s \u00e9tendus sur des esp\u00e8ces de brancards personnalis\u00e9s. Quelques serres s'en vont aider ceux dans le besoin et la tourmente, tandis que l'elfe s'approche et prend mes mains dans les siennes. Hochant doucement la t\u00eate, je rel\u00e2che \u00e9galement la pression qui me p\u00e8se sur les \u00e9paules en sachant que la petite fille et lui vont bien. Sans notre aide, sans celles des Serres, de la Griffe ou de moi-m\u00eame, les choses auraient \u00e9t\u00e9 d'une tout autre tournure. Alors qu'il \u00e9voque ma nature ang\u00e9lique, je suis \u00e9galement surprise de savoir que je devienne une alli\u00e9e de ce village nich\u00e9e dans les gorges du d\u00e9sert du Reike. Je m'incline l\u00e9g\u00e8rement en signe de respect. Toutefois, ce fut de courte dur\u00e9e puisque la Griffe reprend son ton solennel et froid, menant la r\u00e9alit\u00e9 sur le devant de la sc\u00e8ne. Le reikois aux yeux vairons demande des \u00e9claircissements sur l'attaque, ce \u00e0 quoi, je donne des indications sur le bandit que j'ai affront\u00e9, \u00e9num\u00e9rant le symbole dans le cou, ses atours et l'arme qu'il a utilis\u00e9. Je ne trouve rien de bien pr\u00e9cis \u00e0 r\u00e9torquer. Un froid s'installe, bien que ses mots soient justes bien que s\u00e9v\u00e8res. Diriger ne doit pas \u00eatre de tout repos, surtout lorsque votre village entier se fait attaquer de toute part et nous sommes loin d'avoir terrass\u00e9 le mal qui s\u00e9vit sur Kirmura. Nous laissant seuls, le reikois \u00e0 l'armure noire me proposent plusieurs choix et c'est sans conteste que je d\u00e9sire aider les quelques gens encore en difficult\u00e9 ou s\u00e9v\u00e8rement touch\u00e9s. Je lib\u00e8re mon esprit des pens\u00e9es n\u00e9gatives qui me hantent, permettant ainsi \u00e0 ma magie bienfaitrice d'\u0153uvrer pour le bien de ces gens. Certains me remercient, d'autres sont encore dans un coma profond et le plus important, aucun n'aura besoin de se faire couper un bras ou une jambe. Stoppant les h\u00e9morragies, r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration des tissus, mon mana op\u00e8re et r\u00e9pare ces corps si fr\u00eales des mortels encore en vie. Certains ont, h\u00e9las, rendu l'\u00e2me, laissant parent et enfant en pleurs. J'ai \u00e9galement connu la mort d'un proche, mais elle ne m'a pas d\u00e9truite. Je pense que si je venais \u00e0 perdre les jumelles, Alphys ou pire encore, Deydreus, je ne serai plus jamais la m\u00eame.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>C'est alors qu'une petite fille sort de sa cachette, la m\u00eame ayant perdu sa m\u00e8re un peu plus t\u00f4t dans la soir\u00e9e, tranch\u00e9e par le b\u00e9h\u00e9moth. Les yeux rougis, elle me remercie comme elle peut, hoquetant et me serrant dans ses bras. Parfois, un simple geste a bien plus de significations que des mots. Cette jeune fille esp\u00e8re devenir une grande femme forte et capable de soigner, afin d'\u00eatre un membre important, capable de soutenir ceux qui en sont d\u00e9pourvus. Je lui offre mon plus beau sourire. Elle n'a pas tort. Que seraient ces hommes sans une personne capable de couvrir leurs blessures ? Elle s'en va, sans pouvoir trouver le sommeil. Une enfant perturb\u00e9e qui sera hant\u00e9e par les cauchemars de sa m\u00e8re d\u00e9coup\u00e9e. Je vois cette enfant s'\u00e9loigner et mon c\u0153ur se brise, je ressens cette immense tristesse et ce grand vide, si petite, si fragile. Je r\u00e9cup\u00e8re Fay, prostr\u00e9e dans un coin de la pi\u00e8ce, attendant sagement que sa ma\u00eetresse revienne. Le f\u00e9lid\u00e9 toise la Griffe du regard lorsque nous sortons de la b\u00e2tisse, elle ressent une magie sinistre autour de lui. Elle ne dit rien, mais elle n'en pense pas moins. Elle se m\u00e9fie. Je proclame vouloir retirer tout ce sang sur mon corps et sur mes plumes, ne me sentant pas tr\u00e8s \u00e0 l'aise des suites de ce combat. Ce sang qui ne m'appartient pas. Le sang d'un homme. Je prends une profonde inspiration tandis que nous empruntons un autre chemin, nous \u00e9cartant de la population.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>\u2014&nbsp;J'ai p\u00e9ch\u00e9. Il est dit dans nos enseignements qu'il ne faut jamais tuer un homme. Alors, oui, j'ai entendu ce que tu as dit. Laisse-moi juste le temps de m'impr\u00e9gner de cette le\u00e7on. Je ne fais plus partie du Nouvel Ordre, dor\u00e9navant.&nbsp;Un silence.&nbsp;Enfin ... A vrai dire, j'ai d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 Vivien que je d\u00e9sirais le quitter. Je ne m'y sens plus \u00e0 ma place. Le monde est si diff\u00e9rent de ce que j'avais imagin\u00e9. Je ne sais m\u00eame pas si j'ai \u00e9t\u00e9 dup\u00e9 tout le long aux c\u00f4t\u00e9s de mon mentor. J'ai compris d\u00e9sormais pourquoi les titans m'ont abandonn\u00e9e sur cette terre. Il n'y a rien de plus que de l'arrogance. Mes parents ... Sont indignes. Ils ne sont pas ma famille.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Je ferme les yeux un instant et me rem\u00e9more les moments forts de mon existence, je me souviens avoir quitt\u00e9 le royaume des cieux pour vivre \u00e9ternellement sur ces terres remplies de monstres uniques et assoiff\u00e9s de sang. Je pensais \u00eatre une enfant pure et innocente, aujourd'hui, j'ai compris quel est ma v\u00e9ritable nature. Une enfant des titans d\u00e9truit, annihile et s\u00e8me le chaos. N\u00e9anmoins, je continue \u00e0 croire en mes pr\u00e9ceptes et ne compte pas laisser la rage et la douleur inonder mon \u00e2me. Je saisis la main de mon amant et m'arr\u00eate au beau milieu de ce chaos, en cette nuit sordide et brutale.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>\u2014&nbsp;Deydreus, fais de moi un membre de ta famille. Montre-moi comment devenir une serre. Je promets de vous prot\u00e9ger et ... je saurai faire les bons choix. Je ne dis pas que je serai capable de tuer des mortels aussi facilement que vous en \u00eates capables, car tu sais ce que je d\u00e9sire plus que tout. Seulement ... J'ai vu. J'ai saisi tes paroles. J'ai d\u00e9couvert une part de violence en moi. J'ai vu quel \u00e9tait ma v\u00e9ritable nature en tant que cr\u00e9ation des titans. Et elle m'effraie.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Mon c\u0153ur se serre et Fay s'enroule autour de mon cou, ressentant mon stress. Je tremble encore une fois, non pas d'exaltation, mais de peur. Je redoute ce que je suis r\u00e9ellement alors que je pensais \u00eatre tout autrement. Mon aile droite est marqu\u00e9e \u00e0 jamais par les cicatrices des combats et encore bien d'autres appara\u00eetront.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>\u2014&nbsp;Un jour, j'ai rencontr\u00e9 un \u00eatre. Si irr\u00e9el. Se baladant dans les terres du nord. Cet \u00eatre m'a transform\u00e9, Dey. Elle a puis\u00e9 en moi un sentiment que j'avais refoul\u00e9, dont je ne pensais m\u00eame pas capable la retrouver. Un sentiment encore plus fort que ma rage contre l'ange du manoir ou lors de mon combat contre l'ap\u00f4tre Raguiel. Quelque chose que je n'osais pas employer lorsqu'on m'a demand\u00e9 de rallier les hommes sous une seule et m\u00eame banni\u00e8re. La violence. Une violence si terrifiante, si palpable, qu'elle me galvanise. Je ne veux pas \u00eatre un monstre. Je veux \u00eatre ... Moi !<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Je place mes mains contre mon plexus et regarde le sol de terre battue, la l\u00e9g\u00e8re brise balaye les grains de sable et de poussi\u00e8re. Les cris et les pleurs des citoyens un peu plus loin m'extirpent de mes songes avant de lui demander :<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>\u2014&nbsp;Personne ne peut purifier mon \u00e2me. Je l'ai souill\u00e9. Qui suis-je d\u00e9sormais ? Je pensais devenir Luv\u00efel la protectrice du peuple, maintenant, je suis Luv\u00efel, la pers\u00e9cutrice.&nbsp;Un soupir.&nbsp;Vais-je r\u00e9ellement pouvoir apporter la lumi\u00e8re dans ce monde ? Je pensais tant avoir une maison au Nouvel Ordre, une v\u00e9ritable famille, mais lorsque j'ai compris ce que repr\u00e9sentait r\u00e9ellement l'ordalie, les fanatiques ... Je ne peux pas revenir en arri\u00e8re. Si j'y retourne, c'est seulement pour aller chercher ceux qui me sont chers.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Fay descend de mes \u00e9paules et se place dans un coin, attendant patiemment que je reprenne la route. Il me faut me d\u00e9livrer de tout ce sang.&nbsp;<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>\u2014&nbsp;Deydreus, veux-tu bien que je t'accompagne dans ta vie au Reike ?<br><br>La mort. Elle r\u00f4de et nous entoure de son voile invisible, attendant le moment propice pour frapper. Les mots employ\u00e9s par Deydreus sont durs, mais justes. Il m'\u00e9claire sur la situation des Serres, de cette nature qui ne d\u00e9finit pas ce que nous sommes. Tout ce que l'on est, c'est en le construisant un peu plus chaque jour par des rencontres, des combats, des paroles. Seulement, en rejoignant les Serres Pourpres, il faut que je prenne conscience que ce que j'ai accompli tant\u00f4t envers ces bandits pourrait de nouveau \u00eatre r\u00e9it\u00e9r\u00e9. La vie n'est pas un long fleuve tranquille et je dois devenir plus forte, plus endurante. Je peux \u00eatre l'\u00e9gide pour mes alli\u00e9s, l'\u00e9p\u00e9e pour mes ennemis et la porteuse qui ralliera les mortels. Deydreus sera celui qui m'\u00e9l\u00e8vera, qui me donnera confiance en moi sans passer par des moyens radicaux. Je d\u00e9sire \u00eatre une meilleure version de moi-m\u00eame et il faudra du temps, de l'entra\u00eenement, de la sueur et du sang. Mes tourments ne cesseront d'exister tant que je n'aurai pas appris \u00e0 comprendre cette violence qui m'habite. Heureusement, je ne suis pas seule et je sais que le chevalier aux sombres armoiries me guidera. Il est important de veiller \u00e0 son bien-\u00eatre et pour cela, je ne dois pas compter uniquement sur la Griffe, car lui-m\u00eame \u00e0 ses propres d\u00e9mons. Cet homme est unique, majestueux, charismatique, je le regarde avec envie. Je le trouve plus sage que n'importe quel homme que j'ai rencontr\u00e9 \u00e0 C\u00e9lestia, son aura m'interpelle et je vibre pour lui d'un amour sinc\u00e8re. Il m'\u00e9veille. \"La juge\", il est difficile d'\u00eatre impartial, il est ardu de faire des choix. Seulement, on ne peut pas avancer sans prendre des risques et il faut parfois mettre la main \u00e0 la p\u00e2te. Le chevalier sait ce qu'il en co\u00fbtera de m'avoir \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, il va falloir que je me batte pour que nous puissions \u00eatre r\u00e9unis sous la banni\u00e8re imp\u00e9riale. Je dois admettre qu'il m'arrive d'y penser et de ressentir la peur de faire face \u00e0 l'empereur Tensa\u00ef, comme dans l'illusion cr\u00e9e par Seagan. Je vois des immenses cornes, un regard froid et surtout cette rage inou\u00efe. Il m'effraie, bien plus que ma propre violence. Deydreus m'extirpe de mes pens\u00e9es, ses l\u00e8vres contre les miennes. Je ne suis pas seule. Je ne le serai plus jamais.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Nous d\u00e9ambulons jusqu'\u00e0 retourner au b\u00e2timent o\u00f9 les Serres sont assign\u00e9es, nous empruntons quelques couloirs apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 les cris et les pleurs sur la place de Kirmura. Nous retrouvant seul \u00e0 seul, je me d\u00e9v\u00eatis et laisse les v\u00eatements glisser sur ma peau avant de rejoindre l'eau chaude. Le froid du d\u00e9sert contraste avec la chaleur du bain, je me sens plus sereine et en s\u00e9curit\u00e9, emmitoufl\u00e9e dans cet espace de pl\u00e9nitude. Le sang est impr\u00e9gn\u00e9 par le tissu d\u00e9tenu entre les mains du reikois. Celui-ci sait pertinemment que je suis perturb\u00e9e par ce que j'ai accompli tant\u00f4t. Mon dos est lib\u00e9r\u00e9 des taches de sang et lorsqu'il me pivote, croisant son h\u00e9t\u00e9rochromie, je commence \u00e0 rougir. Il a raison. Autant profiter des instants comme ceux-ci pour nous remettre d'aplomb et nous dire que la vie n'est pas seulement qu'une multitude de violence et de gicl\u00e9es de sang. Enveloppant ses \u00e9paules de mes bras menus, je laisse mes l\u00e8vres contre les siennes un instant. Nous pouvons nous d\u00e9connecter un instant de la r\u00e9alit\u00e9 pour pouvoir savourer cet amour, o\u00f9 personne ne peut nous regarder, o\u00f9 personne ne peut nous s\u00e9parer. Pas m\u00eame l'espace, ni le temps, ni par qui que ce soit. Je l'aime, \u00e9perdument, et rien ni personne ne s'interposera entre lui et moi. Je serai capable de tout faire pour lui, car il est devenu mon pilier de vie. La distance qui nous a s\u00e9par\u00e9 depuis Alfregium m'a effray\u00e9 au d\u00e9but, de peur de ne jamais le revoir ou m\u00eame que ce n'\u00e9tait qu'une petite histoire pour un mortel avec une engeance des titans. Je ne suis pas sa pire ennemie, au contraire, je souhaite lui apporter tout l'amour, toute la tendresse et mon soutien dans son p\u00e9riple d'\u00eatre devenu immortel. Nous prouverons au Reike que toutes les engeances des titans ne sont pas hostiles. D'ailleurs, je sais que je pourrais leur \u00eatre utile. J'embrasse ensuite ses joues, puis son cou avant de descendre sur ses trap\u00e8zes, mes mains caressent son dos avec douceur. Je lui d\u00e9clare \u00e0 voix basse :<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>\u2014 Dey', je sais ce que je veux. Je sais de quoi je suis capable. Il me faudra du temps, de la patience et de la volont\u00e9. Je suis un \u00eatre rempli de magie, j'emploie surtout ma lumi\u00e8re et mes soins. Je saurai vous \u00eatre efficace, m\u00eame en combat. Si tu veux m'apprendre \u00e0 manier une arme, sache que je suis curieuse et ai soif de connaissance. J'apprendrais les rudiments du combat aupr\u00e8s des Serres et chercherais \u00e0 performer pour \u00eatre votre \u00e9gal. Par contre, je suis certaine qu'aucun d'entre vous n'aimerait \u00eatre r\u00f4ti par ma magie, dis-je avec un petit rire.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Je recule en d\u00e9gageant mes mains du torse du chevalier. Ses nombreuses cicatrices me rappellent que la chaire peut-\u00eatre marqu\u00e9e \u00e0 jamais, comme lorsque je regarde l'une de mes ailes bless\u00e9e par de nombreuses lames l'ayant fendue par endroit. Heureusement, les plaies ont caut\u00e9ris\u00e9 et bien qu'il n'y ai plus de plumes \u00e0 ses emplacements, je peux toujours voler. Ce sont l\u00e0 les marquages d'une nouvelle vie en dehors de la for\u00eat des Pins Argent\u00e9s, ainsi qu'en-dehors des murs de C\u00e9lestia. Baign\u00e9e dans un cocon de neige, ce fut difficile de me confronter \u00e0 la dure r\u00e9alit\u00e9 de ce monde. Je d\u00e9couvre un peu plus chaque jour ce qui m'entoure, d\u00e9couvre des personnalit\u00e9s incroyables et fi\u00e8res, comme des guerriers intr\u00e9pides et cruels. Je sens au plus profond de moi que je change, que je d\u00e9couvre un peu plus qui je suis r\u00e9ellement et toutes les possibilit\u00e9s qui s'offrent \u00e0 moi. Je ne suis plus r\u00e9gi par des r\u00e8gles, plus r\u00e9gie par le commandement de mes p\u00e8res. Plongeant ma t\u00eate dans l'eau du bain, me laissant aller au silence, mes sombres pens\u00e9es se dissipent dans un coin de mon esprit. Qu'est-ce que je d\u00e9sire ce soir ? Je rel\u00e8ve tout doucement la t\u00eate, l'eau au niveau du nez et m'avance doucement vers le reikois. Un sourire en coin, je commence \u00e0 l'attraper par la main et \u00e0 l'emmener vers moi, nous enveloppant dans mes ailes mouill\u00e9es pour pouvoir jouer et plus si affinit\u00e9s.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Plus tard, je lui demande avec calme :<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>\u2014 Je me demandais ... Et si l'empire du Reike ne veut pas de moi. Si je deviens r\u00e9ellement une ennemie, que fera-t-on ? Je ne veux pas retourner sur les terres du Nouvel Ordre, ni m\u00eame errer dans les terres d\u00e9sol\u00e9es de Shoume\u00ef. Nous avons bien vu ce qu'il s'y cache. Je caresse de nouveau le dos de mon vampire, mon corps bouillant contre le sien. Je n'ai jamais voulu cacher ma nature, Dey. Marcher dans le d\u00e9sert ou dans les terres du Nord fut \u00e9prouvant. J'avais l'impression de renier une partie de ce que je suis. Cependant, quand je vois la r\u00e9action du chef du village, je me dis que tout est possible.<br><br>Au-del\u00e0 des sentiments, j'ai toujours d\u00e9sir\u00e9 me rendre utile envers autrui. Bien que les titans m'aient donn\u00e9 une mission jusqu'alors inachev\u00e9e, je sais qu'il est temps pour moi de voler de mes propres ailes. Je n'ai plus \u00e0 penser \u00e0 ces \u00e9checs qui ruinent mon esprit et me lac\u00e8rent mon \u00e2me, dor\u00e9navant, je suis libre. Toutefois, dans un coin de ma t\u00eate ressurgissent toujours ces souvenirs douloureux, de tous ces combats men\u00e9s sans succ\u00e8s et du sang d\u00e9vers\u00e9. En regardant le vampire, l'\u00e9coutant sans broncher, je me doute que mon histoire ne fait r\u00e9ellement que commencer et que bien des \u00e9preuves m'attendent au tournant. Je pensais que mon existence devait rester secr\u00e8te, discr\u00e8te au beau milieu des bois. Une enfant sauvage isol\u00e9e et perdue, qui a fuit le combat pour se terrer telle une l\u00e2che. Aujourd'hui, quand je regarde ce que j'ai accompli en l'espace de sept mois, une sensation grisante me galvanise et j'ai m\u00eame pu exprimer de nouvelles \u00e9motions, m'affranchir de nouveaux pouvoirs, d\u00e9velopper une confiance en moi. La connaissance de soi, apprendre ses limites et pouvoir \u00e9galement se surpasser sont des \u00e9l\u00e9ments cl\u00e9 pour la construction d'une meilleure version de nous-m\u00eame. Les rencontres de chaque individu ayant \u00e9t\u00e9 sur ma route m'ont \u00e9galement permis d'\u00e9voluer, de m'apporter de nouveaux horizons et des possibilit\u00e9s jusqu'alors inattendues. Je m'abreuve de cette volont\u00e9 de vouloir aider le peuple, de tendre la main aux mortels et d'\u00eatre ce symbole de lumi\u00e8re qui r\u00e9gisse dans leur c\u0153ur. Seulement, j'ai compris que tout le monde ne peut \u00eatre amen\u00e9 sur le droit chemin, qu'il est parfois ardu de vouloir clamer la raison \u00e0 des \u00eatres ayant une foi aveugle comme les fanatiques de Shoume\u00ef ou les pro-Shierak comme Am\u00e9lia. Tous les \u00eatres vivants ont leurs propres objectifs, leur vision et leur volont\u00e9, il est quasi impossible de rallier tout le monde sous un m\u00eame flambeau. J'ai d\u00fb choisir mon camp.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Avec des \"et si\", on pourrait refaire le monde. Je suis certaine que sans ces \u00e9v\u00e9nements pass\u00e9s avant Sancta, je ne serai pas ce que je suis aujourd'hui. La disparition de Seagan m'a \u00e9galement impact\u00e9, plus qu'un mentor, il \u00e9tait devenu le symbole d'un p\u00e8re adoptif. Toutefois, on croit conna\u00eetre parfaitement ses alli\u00e9s et il n'en est rien. J'avais tant de questions \u00e0 lui poser, tant de tourments \u00e0 lui \u00e9voquer. Je reste effray\u00e9e par l'empereur Tensa\u00ef, je ne me vois pas pr\u00eater all\u00e9geance \u00e0 cet homme sans c\u0153ur, temp\u00e9tueux et vil pourtant, je dois faire un sacrifice si je d\u00e9sire vivre sur les terres du Reike en compagnie de la Griffe. Ah. Quelle ironie. Je connais le passif de Seagan envers l'empereur, je sais qu'il fut emprisonn\u00e9 alors qu'il a quitt\u00e9 sa nation pour allez lib\u00e9rer Ayshara d'un mal ayant atteint sa vie. Lui-m\u00eame me l'a dit, nous avons un comportement similaire et peut-\u00eatre qu'elle et moi avons bien plus en commun que je ne peux l'imaginer. Un jour, je l'esp\u00e8re, je pourrais la rencontrer et \u00e9voquer avec elle les tourments de mon ancien mentor, aujourd'hui disparu. Lorsque Deydreus me demande de lui dire tout ce que j'ai fait au sein du Nouvel Ordre, un sourire se fige sur mon visage. Ma nature ne peut d\u00e9finir qui je suis, ce sont les actes et les paroles qui prouveront que je peux avoir ma place au sein du Reike, afin de suivre les Serres. Je scrute ses yeux, teint\u00e9 d'un rouge vif et d'un bleu saphir, son bras recouvert de cet \u00e9trange \u00e9piderme et l'extr\u00e9mit\u00e9 de ses doigts griffus. Il m'enlace, ses l\u00e8vres contre les miennes. Avec douceur, je lui d\u00e9clare alors sans a priori tout ce que j'ai accompli au sein des portes de C\u00e9lestia.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>\u2014&nbsp;En tant que repr\u00e9sentante du peuple, j'ai \u00e9norm\u00e9ment pr\u00eat\u00e9 attention aux shoum\u00e9\u00efens ayant besoin d'aide. Priant, mangeant et savourant chaque instant pr\u00e9sent \u00e0 leur c\u00f4t\u00e9. Ma seule v\u00e9ritable mission \u00e9tait d'aller \u00e0 Sancta, afin de la lib\u00e9rer pour que nous puissions utiliser les forges. Malheureusement pour nous, apr\u00e8s ce qu'il s'est pass\u00e9s \u00e0 l'int\u00e9rieur des lieux, nous n'avons rien pu d\u00e9couvrir. D'ailleurs ... C'est \u00e9trange de le dire de cette mani\u00e8re, mais, je suis d\u00e9j\u00e0 morte l\u00e0-bas.Je prends une profonde inspiration, reprenant mes esprits et lui parlant des \u00e9v\u00e9nements qui s'y sont d\u00e9roul\u00e9s.&nbsp;Je suis parvenue aux portes de Sancta avec une dizaine d'hommes, Morndrizel, une liche plurimill\u00e9naire m'accompagnait dans ce p\u00e9riple. Une n\u00e9cromancienne. Nous nous sommes aventur\u00e9s \u00e0 l'int\u00e9rieur et d\u00e8s que nous avons franchi les portes, nous avons fait la rencontre d'un d\u00e9mon qui connaissait Seagan. Un certain Sampiero, douteux et un \u00eatre singulier \u00e0 la chevelure rougeoyante et au ton hautain. Un sc\u00e9l\u00e9rat, si tu veux mon avis. Je ne le porte pas dans mon c\u0153ur.&nbsp;Je recule et me redresse de tout mon long, fron\u00e7ant les sourcils et d\u00e9clare gravement.&nbsp;Des reikois nous ont attaqu\u00e9s. Ils ont d\u00e9capit\u00e9 Morndrizel devant moi tandis que leur chef m'a d\u00e9coup\u00e9 un bras et une aile. L'un d'eux m'a mis une esp\u00e8ce de collier autour du cou et puis ... Trou noir. Morndrizel et moi sommes immortelles, nous nous souvenons parfaitement de notre mort. Sancta \u00e9tait enferm\u00e9e dans une boucle temporelle, nous l'avons appris bien plus tard. Des mages noirs ont entrepris d'utiliser le corps d'une d\u00e9mone nomm\u00e9e Lilith, utilisant son pouvoir pour enfermer la cit\u00e9 enti\u00e8re dans cette boucle infinie. Ce sort de boucle infinie devait \u00eatre utilis\u00e9 dans tout Seka\u00ef, s'\u00e9tendre au-del\u00e0 de Sancta. Heureusement, nous y avons mis fin. Ce qu'il s'est pass\u00e9 l\u00e0-bas est un v\u00e9ritable chaos. Seagan est apparu pour nous aider \u00e0 battre des \u00e9l\u00e9mentaires tandis que nous \u00e9tions accul\u00e9s de toute part avec Morndrizel et le d\u00e9mon Sampiero, puis il s'enferma dans le royaume des Gardiens avec l'invocateur. Il me demanda de veiller sur le Nouvel Ordre en son absence.&nbsp;Je commence \u00e0 rire jaune.&nbsp;Sampiero est un l\u00e2che qui n'a pas arr\u00eat\u00e9 de se transformer en corbeau et nous abandonner en plein combat. Quel couard. Et puis, concernant les paroles de Seagan, comment aurai-je pu prendre la t\u00eate de l'Ordre ? De toute fa\u00e7on, il y a une r\u00e9gente qui a pris sa place. Je n'ai m\u00eame pas eu envie de la c\u00f4toyer plus que \u00e7a. Je voulais aider mon mentor, lui apporter de la douceur et lui faire comprendre que nous pouvons pardonner les p\u00e9ch\u00e9s commis. Aujourd'hui, tout ceci est caduc.&nbsp;Je referme mes poings et mon regard brille d'une lueur vive.&nbsp;Si je dois souffrir et affronter maintes \u00e9preuves pour parvenir \u00e0 mes fins, alors qu'il en soit ainsi. Je sais ce que je veux et personne ne contr\u00f4lera ma vie. Si je dois appartenir au Reike et qu'il me faut affronter ceux qui m'ont tendu la main, je dois t'avouer que je risque de tr\u00e8s mal le vivre. Par contre, je veux absolument retrouver Anna et Elsa ainsi que mes crois\u00e9s. Leur faire comprendre que nous ne pouvons rester l\u00e0-bas. Seulement ... Si jamais il n'accepte pas la situation, alors ... Alors ... Je baisse les bras un instant. Alors, je les laisserai partir.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Sancta m'aura profond\u00e9ment marqu\u00e9e, d'autant que je voue d\u00e9sormais une haine sans pareille au seul d\u00e9mon qui m'a presque fait sortir de mes gonds. Je le hais. Si fort. Toutefois, ma haine s'\u00e9vapore lorsque l'homme dont je suis \u00e9prise me rassure et me prend de nouveau contre lui. Je m'abandonne compl\u00e8tement, laissant mes souvenirs s'\u00e9chapper de mes pens\u00e9es pour me focaliser sur l'unique \u00eatre qui parvient \u00e0 calmer mes \u00e9motions, lib\u00e9rant un feu ardent dans mon c\u0153ur. S'il savait tout le bien qu'il me procure, s'il comprenait l'importance de mon \u00e9volution, de ce que je suis pr\u00eate \u00e0 accomplir pour lui. Il est plus qu'un amant. Plus qu'un ami. Plus qu'un alli\u00e9. Il est la personne pour qui je serai pr\u00eate \u00e0 affronter monts et vall\u00e9es, dont Shoume\u00ef.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>* &nbsp; *<br>*<br>Au lendemain, apr\u00e8s le d\u00e9brief de la Griffe, nous nous retrouvons dans une maison o\u00f9 un corps y g\u00eet. La pi\u00e8ce est d\u00e9labr\u00e9e, les meubles en morceaux, on imagine sans peine un combat rude qui y fut men\u00e9. Les serres se d\u00e9ploient, inspectant la pi\u00e8ce en long et en large, jetant un coup d'\u0153il \u00e0 tout objet ou traces susceptibles d'apporter des r\u00e9ponses. J'utilise ma perception magique seulement, aucune trace de mana n'est \u00e0 d\u00e9plorer. Au moins, il n'y aucun pi\u00e8ge ni m\u00eame d'entit\u00e9 \u00e9trange capable de sortir des murs. Il vaut mieux s'attendre \u00e0 tout et veiller sur ses arri\u00e8res. Je regarde les traces de griffes, ne sachant pas \u00e0 quoi est-ce d\u00fb. Les drapeaux en lambeaux, je remarque que l'investigation prend du temps. L'analyse est importante seulement, je n'arrive pas \u00e0 apporter une aide quelconque dans ce lieu. Lorsque je m'en vais vers Deydreus et qu'il explique qu'il s'agit d'un Strygx, je rel\u00e8ve un sourcil et ne connais pas l'origine de cette b\u00eate. Manquant de discernement, il m'est pour l'instant, impossible d'apporter une interpr\u00e9tation \u00e0 la sc\u00e8ne devant nous.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>\u2014&nbsp;Qu'est-ce donc ? Durant mon existence, je n'en ai jamais crois\u00e9 dans la for\u00eat des Pins Argent\u00e9s. J'ai pu d\u00e9couvrir des b\u00eates f\u00e9roces et terrifiantes, bien que ce nom ne m'\u00e9voque rien, pourrais-tu m'expliquer de ce dont il s'agit, je te prie ? En as-tu d\u00e9j\u00e0 affront\u00e9 ?<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Entre les b\u00e9h\u00e9moths qui r\u00f4dent, le danger des bandits et possiblement une Strygx, je sens encore que nous ne sommes pas sorti d'affaire. Le village de Kirmura vit des temps bien difficiles et j'ose esp\u00e9rer que ces habitants ne finissent pas tous d\u00e9chiqueter ou tuer par tout ce qui s'abat sur cette ville. Comment est-ce possible d'avoir autant de probl\u00e8mes ? Aucune magie des titans n'est \u00e0 l'\u0153uvre, ce n'est pas comme sur les terres d\u00e9sol\u00e9e de Shoume\u00ef. Nous aviserons.<br><br>L'esprit analytique du chevalier aux sombres armoiries est pertinent, d'autant qu'il prend le temps de m'expliquer quelle est cette cr\u00e9ature dont je n'ai jamais entendu le nom. Il va falloir en apprendre davantage sur la situation, notamment sur ce monstre qui r\u00f4de et s'affaire \u00e0 attaquer des innocents. S'il s'agit bien l\u00e0 d'une b\u00eate solitaire, peut-\u00eatre pourrai-je interagir avec la cr\u00e9ature si nous d\u00e9couvrons sa tani\u00e8re. Interpell\u00e9s, nous nous retournons vers l'un des membres des Serres qui nous indique un trou menant \u00e0 des galeries sous-terraines. Fron\u00e7ant les sourcils, la main sous le menton, j'\u00e9coute attentivement les suppositions du noble guerrier. Entre les b\u00e9h\u00e9moths qui errent, le Strygx tapis dans l'ombre ainsi que les bandits, quel est donc le destin de ce village au milieu de ce d\u00e9sert ? Reprenant la route \u00e0 l'ext\u00e9rieur de la b\u00e2tisse, nous croisons de nombreux visages encore marqu\u00e9s par les \u00e9v\u00e9nements d'hier soir. Les hommes en armure d'\u00e9b\u00e8ne ne lambinent pas, suivant leur chef parmi la foule. La terreur et les morts d'hier soir ont laiss\u00e9 place \u00e0 une tout autre ambiance dans cette grande all\u00e9e. Les couleurs chatoyantes des tissus et les sourires des commer\u00e7ants cherchant \u00e0 vendre leur marchandise, happant les potentiels clients en \u00e9changeant quelques pi\u00e8ces contre des mets raffin\u00e9s ou des objets \u00e9tonnants. Tandis que nous parcourions l'all\u00e9e pour attendre l'autre extr\u00e9mit\u00e9, une voix cherche \u00e0 nous interpeller. Croisant le regard de mon chevalier, circonspecte, je constate alors le marchand qui r\u00e9cup\u00e8re un objet de son \u00e9tal, avant de m'expliquer pourquoi il souhaite m'offrir ce pr\u00e9sent. Les souvenirs sont douloureux, je le vois dans son regard. Son visage marqu\u00e9 par le chagrin et \u00e0 la fois ce soulagement d'avoir encore sa fille avec lui. Dans mon esprit est rejou\u00e9e la sc\u00e8ne o\u00f9 la m\u00e8re tente de s'\u00e9chapper et se fait occire devant sa petite fille, le sang se d\u00e9versant sur le sol avant de me pr\u00e9cipiter pour sauver l'enfant. Une \u00e2me si jeune, marqu\u00e9e \u00e0 jamais. Avec un sourire triste, j'accepte son cadeau et d\u00e9clare avec douceur :<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>\u2014&nbsp;Mon devoir est d'aider les mortels. Vous m'honorez et je compte bien le porter fi\u00e8rement. Votre ouvrage est admirable, je n'ai pas d'autres mots. Merci \u00e0 vous.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Tandis que je place le bijou sur mon avant-bras gauche, je baisse poliment la t\u00eate en signe de reconnaissance envers ce grand artisan. La foule s'agglutine autour de nous, cherchant \u00e0 approcher le chef des Serres Pourpres. Deydreus est sollicit\u00e9 de toute part, ce qui me fait doucement rire. Cet homme dans son armure noire est impressionnant et dou\u00e9 dans l'art du combat, celui que l'on nomme la Griffe est sans conteste celui que j'admire le plus dans mon existence. Bien plus que Seagan ou que mes crois\u00e9s, bien plus que les jumelles ou n'importe quelle autre personne que j'ai pu rencontrer. Deydreus est celui pour qui je suis pr\u00eate \u00e0 me battre, voir m\u00eame \u00e0 abattre le fer. Ce n'est pas le Reike qui me donne l'envie de d\u00e9ployer la lumi\u00e8re, ce n'est pas cette nation guerri\u00e8re qui me donne la rage de vaincre et de d\u00e9ployer les armes contre les entit\u00e9s malsaines qui errent sur les terres. J'affronterai mille et un danger pour lui sans jamais vaciller, car il est un tout. Nous reprenons le chemin \u00e0 l'extr\u00e9mit\u00e9 de la grande all\u00e9e marchande, nous positionnant devant un b\u00e2timent o\u00f9 un nouveau cadavre a \u00e9t\u00e9 d\u00e9tect\u00e9. Une fois \u00e0 l'int\u00e9rieur, je commence \u00e0 inspecter les murs et les meubles, cherchant des marques similaires sur le lieu pr\u00e9c\u00e9dent. Divers objets d\u00e9coratifs sont entrepos\u00e9s ici et l\u00e0, mon regard se pose sur bon nombre d'entre eux, me laissant submerger par quelques \u00e9motions. Certaines sculptures me laissent sans voix, tellement l'ouvrage a \u00e9t\u00e9 d\u00e9licatement soign\u00e9. On y ressent tout l'amour et tout un savoir-faire, la singularit\u00e9 de l'artiste sur cette \u0153uvre hors pair. Toutefois, je ne dois pas me laisser d\u00e9concentrer par toutes ces somptueuses cr\u00e9ations et je continue les recherches. Le chevalier aux sombres armoiries est interpell\u00e9 pour monter \u00e0 l'\u00e9tage. Je le laisse donc y aller, cherchant la moindre trace au rez-de-chauss\u00e9e. Si comme dans la derni\u00e8re demeure visit\u00e9e, il y a un conduit, \u00e7a ne peut \u00eatre qu'ici.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Le lieu de vente semble intact, il n'y a aucune d\u00e9t\u00e9rioration ou tout du moins, c'est ce que je crois. Me d\u00e9pla\u00e7ant vers une porte entreb\u00e2ill\u00e9e, je remarque sur un coin d'un meuble en bois une trace longue et sinueuse d'une entaille. Longeant du bout du doigt la trace, je me demande si celle-ci a toujours \u00e9t\u00e9 l\u00e0. Me redressant, je place ma main sur la poign\u00e9e et ouvre doucement la porte menant dans une pi\u00e8ce bien plus sombre. Utilisant ma senseur magique, il n'y a aucun pi\u00e8ge ni aucun \u00eatre magique dans les environs. Je trouve une fen\u00eatre o\u00f9 un long rideau cache la lumi\u00e8re et balaie d'un revers de main le tissu. La pi\u00e8ce illumin\u00e9e est un lieu h\u00e9t\u00e9roclite, d'innombrables tables dress\u00e9es avec des ustensiles servant \u00e0 peindre ou \u00e0 sculpter. L'artiste de ces lieux avait de l'or dans les doigts, sachant manier \u00e0 la fois le pinceau, la massette et le marteau. Il y avait des toiles et des parchemins en bataille, des morceaux de pierre et de marbre dispers\u00e9 \u00e0 travers la salle. Les odeurs de cette galerie sont int\u00e9ressantes, on y sent le bois et on aper\u00e7oit des m\u00e9langes d'ocre rouge et de noir. En entrant dans cet espace, on ressent la passion de l'artiste \u00e0 travers ces brouillons et ces essais de couleurs. Il n'y a rien de bien int\u00e9ressant autre que la passion artistique dans ce lieu alors je ressors et continue mes recherches. Dans une alc\u00f4ve, une autre porte m\u00e8ne cette fois-ci \u00e0 un lieu de stockage. Des marches descendent dans une pi\u00e8ce bien plus grande et plus fra\u00eeche, mur\u00e9e dans une pierre polie. Des caisses de bois ainsi que des tonneaux sont entrepos\u00e9s de part et d'autre. J'utilise ma t\u00e9l\u00e9kin\u00e9sie pour d\u00e9placer quelques petites caisses qui obstruent le passage et distingue une esp\u00e8ce de cache. Seulement, lorsque j'approche ma main, je ressens un \u00e9trange picotement dans la nuque. Une mauvaise impression. Ma senseur magique ne d\u00e9tecte rien pourtant. Je pr\u00e9f\u00e8re retourner aupr\u00e8s de la Griffe et le tenir informer.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Montant \u00e0 l'\u00e9tage apr\u00e8s avoir minutieusement examiner les recoins, je rejoins mon amant et les quelques serres pr\u00e9sents. Passant ma t\u00eate par curiosit\u00e9 dans la chambre, l'odeur de sang et du cadavre remplit mes narines. Pla\u00e7ant ma main devant mon nez et ma bouche, je regarde la sc\u00e8ne incr\u00e9dule. La naine gisait l\u00e0, d\u00e9charn\u00e9e, mutil\u00e9e et seule. Entendant les voix des deux hommes, j'approche dans leur direction et mon c\u0153ur s'arr\u00eate lorsque j'aper\u00e7ois les berceaux d\u00e9chiquet\u00e9s o\u00f9 les bambins restaient fig\u00e9s dans une expression indescriptible. N'ayant jamais vu une telle sc\u00e8ne, une esp\u00e8ce de douleur envahit mon \u00eatre \u00e0 la vue de cette horreur. Il s'agit l\u00e0 d'une exp\u00e9rience bien particuli\u00e8re. Le regard vairon croise le mien et me demande si j'ai pu d\u00e9celer quelque chose. Je commence \u00e0 lui expliquer :<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>\u2014&nbsp;Je n'ai remarqu\u00e9 qu'une trace d'une entaille pr\u00e8s de l'atelier, il n'y avait rien de particulier. Par contre, il y a une salle de d\u00e9p\u00f4t remplie et une esp\u00e8ce de cache. Je n'ai pas os\u00e9 la fouiller. Pourtant, je ne d\u00e9tecte aucun pi\u00e8ge ni aucune cr\u00e9ature magique dans les environs. C'est une ... Mauvaise impression. Je compte y retourner pour m'assurer que je ne passe pas \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de quelque chose.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Soudain, nous sommes interrompus par la pr\u00e9sence d'Esyleij qui nous explique qu'il y a bien un lien entre les diff\u00e9rentes victimes. Une certaine pression se fait ressentir et les id\u00e9es se mettent en place. La voix de Deydreus s'\u00e9l\u00e8ve et lorsqu'il explique le plan, mon regard s'illumine et avec un sourire, je d\u00e9clare :<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>\u2014&nbsp;Bien \u00e9videmment. Veux-tu tout de m\u00eame fouiller la salle de stockage ? Ou bien pr\u00e9f\u00e8res-tu que nous allions directement emprunter le conduit aper\u00e7u dans la premi\u00e8re maison ? A mon avis, un peu de lumi\u00e8re va nous \u00eatre utile dans ces galeries.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->","_et_gb_content_width":"2880","footnotes":""},"categories":[6],"tags":[],"class_list":["post-499","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-luviel"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v28.4 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Quietus - Les histoires de Luviel<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/histoire.luviel.fr\/?p=499\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Quietus - Les histoires de Luviel\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Fragment issu d\u2019une \u00e9criture partag\u00e9e, conserv\u00e9 ici pour ce qu\u2019il dit de Luv\u00efel, et non pour ce qu\u2019il fut ailleurs.D\u00e9but F\u00e9vrier an 4 https:\/\/www.youtube.com\/embed\/Z2MqThIzAss Le Reike. 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