{"id":465,"date":"2025-12-23T11:08:59","date_gmt":"2025-12-23T10:08:59","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire.luviel.fr\/?p=465"},"modified":"2025-12-29T15:09:05","modified_gmt":"2025-12-29T14:09:05","slug":"violence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire.luviel.fr\/?p=465","title":{"rendered":"Violence"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Ce texte est compos\u00e9 exclusivement de passages \u00e9crits par moi-m\u00eame.<\/em> <em>Il est issu d\u2019un \u00e9change de jeu de r\u00f4le collaboratif.<\/em> <em>Les r\u00e9ponses des autres joueurs ne sont pas reproduits .<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toute personne souhaitant lire l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de l\u2019\u00e9change, incluant les r\u00e9ponses des autres participants, est invit\u00e9e \u00e0 consulter le sujet original directement sur le forum RP Cendres \u00e0 l\u2019adresse suivante : <a href=\"http:\/\/violence\">Violence<\/a>. Ce contenu est partag\u00e9 \u00e0 titre d\u2019archive personnelle et de mise en contexte artistique. Les droits des textes originaux demeurent la propri\u00e9t\u00e9 de leurs auteurs respectifs.<br><br>21 D\u00e9cembre an 3<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><iframe loading=\"lazy\" title=\"Lands Between - Souls Suite \/ Dark Souls, Demon&#039;s Souls &amp; Elden Ring Ambient Mix\" width=\"1080\" height=\"608\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/DxwnNq_YK3g?feature=oembed\"  allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Durant ces quelques jours, j&rsquo;ai pu parcourir en long et en large une partie de cette contr\u00e9e, d\u00e9couvrir de magnifiques paysages de poudreuse et montagneux. Toutefois, j&rsquo;y ai \u00e9galement aper\u00e7u d&rsquo;innombrables cr\u00e9atures faites de glace ou de poils, mais aucun mortel dans les environs. \u00c0 croire que ce coin n&rsquo;est pas tr\u00e8s populaire, voire inhabit\u00e9. Pr\u00e9f\u00e9rant esquiver des combats inutiles, je survole la zone jusqu&rsquo;\u00e0 ce que la temp\u00eate approche. La neige est drue et un vent glacial fouette mon visage tandis que j&rsquo;arpente les vall\u00e9es immacul\u00e9es, ne sachant pas vers o\u00f9 me diriger. Compl\u00e8tement perdue et d\u00e9boussol\u00e9e, je reste les pieds sur terre afin de garder un minimum de visibilit\u00e9, car l\u00e0-haut, dans le ciel, il est impossible de voir \u00e0 plus d&rsquo;une centaine de m\u00e8tres. L&rsquo;hiver est l\u00e0 et bien que je sois emmitoufl\u00e9e dans cette houppelande blanche, il est difficile de rester au chaud. Fay est nich\u00e9e dans mon dos, recouverte par la capuche pour se prot\u00e9ger de l&rsquo;intemp\u00e9rie. Je cherche un endroit o\u00f9 m&rsquo;abriter et continue mon ascension vers l&rsquo;inconnu. Des multitudes de questions me hantent, notamment ma s\u00e9paration avec ce cher Aryan, ai-je fait le bon choix ? \u00c0 l&rsquo;heure actuelle, je me retrouve au milieu des r\u00e9gions enneig\u00e9es et froides des terres du Nord, sans carte ni boussole. Le terrain est accident\u00e9 et je manque plusieurs fois de tomber. Ma main couvrant mon regard lumineux, j&rsquo;observe du mieux que je le puisse le territoire. H\u00e9las, rien ne semble pouvoir m&rsquo;abriter si ce n&rsquo;est une for\u00eat de pins. Avan\u00e7ant lentement, mes pas s&rsquo;enfoncent dans la neige tandis que les flocons et le vent effacent mon passage. Mon lien avec Fay est fort et nous ne nous s\u00e9parons sous aucun pr\u00e9texte. Bien qu&rsquo;elle soit une d\u00e9mone enferm\u00e9e dans un corps de f\u00e9lin, je la respecte pour ce qu&rsquo;elle est et aspire \u00e0 l&rsquo;aider dans sa qu\u00eate. Il semble que les d\u00e9mons aussi ont besoin d&rsquo;aide.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;atmosph\u00e8re est palpable tandis que je m&rsquo;enfonce plus profond\u00e9ment dans la for\u00eat, les arbres immenses et majestueux brisent le vent qui s&rsquo;abat avec fracas contre les branches des pins. J&rsquo;entends parfaitement le sifflement strident de son hurlement. Un peu plus loin, divers bruits m&rsquo;intriguent comme le hurlement d&rsquo;animaux ou des hululements de chouettes. J&rsquo;ai l&rsquo;impression de retrouver les contr\u00e9es des Pins Argent\u00e9s, ma v\u00e9ritable demeure pendant pr\u00e8s de cinq mille ans. Fay n&rsquo;est pas tr\u00e8s rassur\u00e9e, ses griffes s&rsquo;enfoncent sur le tissu jusqu&rsquo;\u00e0 atteindre la peau de mes \u00e9paules. Nous pourrions attendre \u00e0 l&rsquo;or\u00e9e des bois, profitant d&rsquo;un peu de r\u00e9pit avant de continuer les recherches sur Cornue, seulement les aboiements me perturbent. J&rsquo;ai v\u00e9cu tant d&rsquo;ann\u00e9es aupr\u00e8s de la faune, j&rsquo;ai tant appris \u00e0 conna\u00eetre la flore et surtout, j&rsquo;ai pu d\u00e9velopper mon apprentissage du langage animalier. Tendant l&rsquo;oreille bien que le sifflement strident du vent me perturbe, je comprends qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une grande d\u00e9tresse. Parmi les mortels, beaucoup diraient que ce ne sont que de simples animaux ne sachant pas parler ni m\u00eame utiliser leur cerveau. Ils se trompent. Les animaux sont des \u00eatres vivants \u00e0 part enti\u00e8re, ils d\u00e9tiennent une \u00e2me et ont leur propre voix. Le sol se met \u00e0 trembler et une nu\u00e9e d&rsquo;oiseaux s&rsquo;envolent en furie, quelque chose r\u00f4de et n&rsquo;est certainement pas bienveillante. J&rsquo;entame alors une course effr\u00e9n\u00e9e \u00e0 travers les bois, esquivant les gros rochers qui me barrent la route, sautant par-dessus des buissons et commence \u00e0 sentir une odeur naus\u00e9abonde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ralentis et commence \u00e0 avoir des haut-le-c\u0153ur. Posant ma main contre le tronc d&rsquo;un pin, je d\u00e9glutis p\u00e9niblement et sors de la bile avant de regarder de nouveau le spectacle macabre devant mes yeux. Une montagne de cadavres d&rsquo;animaux \u00e9tait \u00e9parpill\u00e9e \u00e0 travers la for\u00eat, des arbres furent litt\u00e9ralement pulv\u00e9ris\u00e9s et le sol enneig\u00e9 n&rsquo;\u00e9tait plus qu&rsquo;un m\u00e9lange de sang et de boue. Les animaux \u00e9taient gel\u00e9s, leur corps d\u00e9membr\u00e9 et leurs visc\u00e8res \u00e0 m\u00eame le sol. Un mal \u00e9trange et r\u00e9pugnant venait de terrasser ces b\u00eates, il y a d\u00e9j\u00e0 quelque temps. D&rsquo;autres hurlements d&rsquo;animaux provenant plus profond\u00e9ment encore r\u00e9sonnent \u00e0 travers les bois. Mon c\u0153ur se serre et cette odeur impr\u00e8gne mes narines. Mes bottes se tintent de rouge tandis que je contourne le monticule d&rsquo;animaux morts, une main sur la bouche et le nez. Fay ferme les yeux, ses pattes recroquevill\u00e9s sur son museau. Nous continuons le trajet et suivons les pas d&rsquo;une esp\u00e8ce d&rsquo;entit\u00e9 inconnue. Est-ce l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;une engeance d&rsquo;un titan ? Je ne reconnais pas la signature de mana, ni ne comprends la forme des pas sur la neige teint\u00e9e de rouge. Il est plut\u00f4t ais\u00e9 de suivre la trace de l&rsquo;abomination qui hante ces lieux, la multitude d&rsquo;arbres bris\u00e9s et les cadavres de loups des glaces, wyrmelins, biches, sangliers et bien d&rsquo;autres ornent ce sinistre chemin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est alors que je le vis.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Devant moi, trois \u00e9normes cr\u00e9atures de glace, mesurant entre deux \u00e0 trois m\u00e8tres, entourent un \u00eatre particulier. Leur longue queue recourb\u00e9e est taill\u00e9e en pointe, leur corps tout entier est un m\u00e9lange de roche et de glace avec aux extr\u00e9mit\u00e9s de leur longue patte des griffes pointues. Sur leur dos, on distingue des esp\u00e8ces d&rsquo;excroissance compl\u00e8tement gel\u00e9e par le froid et leur t\u00eate est comme celui d&rsquo;un golem. De leur gueule, jaillis une bave effervescente couleur lave. Elles sont enrag\u00e9es. L&rsquo;une des b\u00eates n&rsquo;a plus de patte droite, tandis que les deux autres entourent l&rsquo;engeance en hurlant un son cristallin. Tel un chant, elles s&rsquo;\u00e9lancent contre l&rsquo;abomination qui para\u00eet prendre un malin plaisir \u00e0 balayer ses ennemis, tel un jeu. Je me plaque contre un des troncs en observant la sc\u00e8ne, ne sachant point si je dois venir en aide aux loups ou \u00e0 l&rsquo;\u00e9trange forme humano\u00efde aux multiples bras. Soudain, l&rsquo;une des cr\u00e9atures est \u00e9ject\u00e9e avec une telle&nbsp;<strong>violence<\/strong>&nbsp;dans ma direction que je recule avec frayeur. L&rsquo;animal s&rsquo;\u00e9tale de tout son long, brisant avec fracas la roche et les pins qui s&rsquo;\u00e9branlent sous son poids. Son regard s&rsquo;\u00e9teint, sa bave ardente durcit, la b\u00eate vient de mourir d&rsquo;un coup magistral, un trou b\u00e9ant dans son poitrail. Je la ressens, cette peur, la mort. Et lorsque mon regard se d\u00e9tourne de la b\u00eate &#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;engeance me regarde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un \u00eatre exceptionnel et difforme se dresse de tout son long, explosant les b\u00eates de givre avec&nbsp;<strong>violence<\/strong>. Je ne saurai pas dire s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une envie particuli\u00e8re ou tout simplement d&rsquo;un exc\u00e8s de rage. L&rsquo;\u00e9trange chose aux multiples bras me fait penser \u00e0 une abomination vu dans le manoir dans les terres d\u00e9sol\u00e9es. Sauf que celle-ci, en comparaison des religieuses, est bien plus carnassi\u00e8re et vocif\u00e9ratrice. Sa voix r\u00e9sonne dans mon esprit et dans celui de Fay avec un tel acharnement, je me tiens la t\u00eate entre mes mains. Une impression d&rsquo;oppression me submerge et voir les animaux souffrir d&rsquo;une telle agonie me met en alerte. La cr\u00e9ature me d\u00e9passe d&rsquo;au moins dix t\u00eates, je me sens compl\u00e8tement subjugu\u00e9e et terroris\u00e9e, aucun de mes alli\u00e9s n&rsquo;est avec moi : ni les crois\u00e9s, ni Seagan, ni la Louve, ni les Serres Pourpres, pas m\u00eame Deydreus. Je suis seule face \u00e0 une engeance que je n&rsquo;avais encore jamais vue auparavant. Mes jambes refusent de bouger lorsque j&rsquo;entends son ton criard et per\u00e7ant par t\u00e9l\u00e9pathie, l&rsquo;\u00e9tranget\u00e9 n&rsquo;a pas de visage et seule une bulle pure oscille au-dessus de la multitude. Croyant l&rsquo;engeance me regarder, je la vis se retourner avec son \u00e9quipement fait de m\u00e9tal et elle avance d&rsquo;un pas d\u00e9cid\u00e9 dans notre direction. Fay ne se sent pas tr\u00e8s bien, elle ressent quelque chose d&rsquo;anormal et singulier lorsque l&rsquo;abomination se rapproche. Un lien imperceptible les lie sans pour autant la rassurer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mon rythme cardiaque s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re et tandis que l&rsquo;engeance se rapproche, je reprends le contr\u00f4le de mon corps et cours dans la direction oppos\u00e9e, rebroussant chemin. Il n&rsquo;est pas facile de s&rsquo;envoler dans la for\u00eat, bien trop encombr\u00e9e par les branchages et les troncs d&rsquo;arbres, bien trop proches les uns des autres pour pouvoir me laisser d\u00e9ployer les ailes. Fay ne tient pas en place et son corps menu glisse dans mon dos, alors qu&rsquo;elle tente de s&rsquo;accrocher aux v\u00eatements dans un miaulement de d\u00e9tresse. Elle d\u00e9chire un pan de la robe et s&rsquo;enfonce dans la neige napp\u00e9e de rouge, pr\u00e8s du monticule de cadavres gel\u00e9s. Quelques m\u00e8tres nous s\u00e9parent, mon regard aper\u00e7oit la multitude qui arrive avec fr\u00e9n\u00e9sie. Je tente de la rattraper avant qu&rsquo;il ne soit trop tard, bien que la cr\u00e9ature qui nous pourchasse fait de plus grand pas. Le sol tremble, la for\u00eat s&rsquo;agite et une nouvelle vague d&rsquo;oiseaux s&rsquo;envolent au-dessus de nos t\u00eates. La petite chatte d\u00e9moniaque me hurle de partir, qu&rsquo;il est pr\u00e9f\u00e9rable que je l&rsquo;abandonne ici \u00e0 son sort, qu&rsquo;il est trop tard, d\u00e9sormais. Jamais je ne pourrais laisser un des miens faire face au danger. Grin\u00e7ant des dents, je me pr\u00e9cipite et m&#8217;empare du f\u00e9lin bien que la multitude ne soit qu&rsquo;\u00e0 quelques m\u00e8tres. Rien ne sert de courir, ses grandes jambes me rattrapent, je manque d&rsquo;endurance sur la terre ferme, pr\u00e9f\u00e9rant le vol. Malheureusement pour moi, je suis coinc\u00e9e. Toutefois, je continue ma course effr\u00e9n\u00e9e, esp\u00e9rant arriv\u00e9e \u00e0 l&rsquo;or\u00e9e des bois pour pouvoir enfin m&rsquo;envoler et dispara\u00eetre de cette engeance \u00e9trange et destructrice. Seulement &#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et si cette engeance d\u00e9truisait aussi la vie des mortels ? Et si cette abomination, qui parcourt la for\u00eat, n&rsquo;est qu&rsquo;un monstre venu terrasser le monde ? Pourrais-je me regarder dans la glace, alors que je jure de prot\u00e9ger les mortels des menaces qui parcourent le monde ? Perdue dans mes r\u00e9flexions, la r\u00e9alit\u00e9 me rattrape lorsqu&rsquo;un corps gel\u00e9 vient s&rsquo;\u00e9clater \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi, se brisant en de multiples morceaux de chair gel\u00e9e et tranchante. Mes ailes nous englobent Fay et moi pour nous prot\u00e9ger des pics de glace qui s&rsquo;enfoncent dans mes ailes. Je sers les dents bien que la douleur soit pr\u00e9sente. Je n&rsquo;ai pas eu le temps d&rsquo;utiliser ma magie protectrice. Fay me pr\u00e9vient qu&rsquo;il ne faut pas rester ici, elle sent la chose, virulente, froide, cruelle qui continue sa chasse. Derri\u00e8re moi, j&rsquo;entends une explosion et sans m\u00eame regarder en arri\u00e8re, je me projette en avant dans la neige, la boue et le sang. Le monticule est bris\u00e9, les cadavres gel\u00e9s et \u00e9parpill\u00e9s jonchent le sol de la for\u00eat. La voix de l&rsquo;\u00e9tranget\u00e9 hurle, un frisson parcourt mon \u00e9chine tandis que je repense \u00e0 tout ce que j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 travers\u00e9 par le pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Reprends-toi Luv\u00efel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me rel\u00e8ve, le regard s\u00e9v\u00e8re et cr\u00e9e une \u00e9p\u00e9e de lumi\u00e8re dans la main. Fay s&rsquo;en va et monte un gros rocher, afin d&rsquo;avoir une vue sur ce qu&rsquo;il va se passer. La pauvre f\u00e9line peut seulement miauler, il n&rsquo;y a qu&rsquo;avec moi qu&rsquo;elle peut communiquer. Je sens sa d\u00e9tresse, elle qui souhaiterait pouvoir utiliser ses pouvoirs de d\u00e9mon pour venir me sauver. H\u00e9las, cantonn\u00e9e \u00e0 vivre dans ce petit espace corporel, la d\u00e9mone n&rsquo;a que ses yeux pour observer et sa t\u00e9l\u00e9pathie pour communiquer. Ce qui me donne de l&rsquo;adr\u00e9naline et de l&rsquo;entrain n&rsquo;est autre que mes exp\u00e9riences de combats pass\u00e9s. Pensant aux Serres Pourpres et au dirigeant qui prenait des d\u00e9cisions ad\u00e9quates, je souhaite prendre exemple et montrer \u00e0 moi-m\u00eame que je ne suis pas une faible. Tout comme R\u00eave m&rsquo;a d\u00e9clar\u00e9 que je peux \u00eatre l&rsquo;\u00e9p\u00e9e, le bouclier ou encore la manieuse. Mon destin est entre mes mains et si je souhaite r\u00e9ellement changer le cours des choses, appliquer mes pr\u00e9ceptes et aider les mortels, alors qu&rsquo;il en soit ainsi. D&rsquo;une voix grave et tumultueuse, je d\u00e9clare \u00e0 l&rsquo;engeance :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014&nbsp;J&rsquo;ai vaincu des abominations des terres d\u00e9sol\u00e9es, tuer des engeances n\u00e9crotiques, lib\u00e9rer ma lumi\u00e8re salvatrice. N&rsquo;es-tu l\u00e0 que pour d\u00e9truire ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quelque chose ne va pas. Je per\u00e7ois en la multitude une aura bien trop sombre, bien plus sinistre que tout ce que j&rsquo;ai pu affronter avant. Sans aucun visage, seule cette esp\u00e8ce de sph\u00e8re vacille et virevolte avec \u00e9nergie. Qu&rsquo;est-ce donc ? Est-il r\u00e9ellement pr\u00e9f\u00e9rable que je me dresse contre l&rsquo;entit\u00e9 qui me fait face ? Fay guette, attend et observe la multitude de son regard dor\u00e9. Son silence ne me dit rien qui vaille jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;elle m&rsquo;\u00e9claire sur un d\u00e9tail \u00ab\u00a0Luv\u00efel, l&rsquo;\u00eatre devant nous me fait penser un peu \u00e0 moi.\u00a0\u00bb Sans r\u00e9ellement comprendre, je jette un rapide coup d&rsquo;\u0153il au chat qui ne quitte pas des yeux l&rsquo;abomination ravageuse et destructrice. Dans tous les cas, s&rsquo;il d\u00e9sire d\u00e9truire le monde des mortels, qu&rsquo;il essaie. Je ne laisserai jamais une telle ignominie parcourir les terres du Reike.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La voix est si puissante et caverneuse qu&rsquo;elle s&rsquo;ancre dans mon esprit \u00e0 jamais. Une terrible frayeur m&#8217;empare, mon sang se glace tandis que l&rsquo;engeance tente de toucher du bout des doigts mon \u00e9p\u00e9e de lumi\u00e8re. Je ressens sa col\u00e8re, mais \u00e9galement sa force au travers de cet \u00eatre venu des tr\u00e9fonds des enfers. Je remarque ses poings qui se serrent apr\u00e8s que j&rsquo;ai fait un pas en arri\u00e8re, est-elle en col\u00e8re vis-\u00e0-vis de mon geste ? L&rsquo;\u00e9tranget\u00e9 me perturbe et je n&rsquo;ose pas interrompre le silence qui s&rsquo;est install\u00e9 entre nous. Seul le vacarme de la temp\u00eate et du vent qui murmure \u00e0 mes oreilles me permet de me rendre compte que je suis bel et bien vivante. Tout ceci n&rsquo;est pas un r\u00eave. Le ton employ\u00e9 par cette chose rentre encore dans mon esprit, ses questions vont \u00e0 mon encontre et celle-ci se demande pourquoi j&rsquo;existe, en quelque sorte. J&rsquo;ai la sensation que mon c\u0153ur veuille s&rsquo;extirper de mon plexus solaire, de nouveau compl\u00e8tement paralys\u00e9e, je n&rsquo;arrive pas \u00e0 garder mon sang-froid. Il faut que j&rsquo;arr\u00eate de trembler. Je tiens fermement mon arme en main et fronce les sourcils, ne d\u00e9tachant aucunement mes iris de l&rsquo;\u00eatre immense qui me surplombe. Soudain, son poitrail lib\u00e8re une entaille qui grandit \u00e0 vue d&rsquo;\u0153il, un crissement de m\u00e9tal strident se r\u00e9percute tout autour de nous. Le monstre aux multiples bras et con\u00e7ut de m\u00e9tal tire sur l&rsquo;acier, laissant s&rsquo;\u00e9chapper des volutes de fum\u00e9e aussi noire que la nuit. Les yeux \u00e9bahi, je remarque des visages compl\u00e8tement d\u00e9form\u00e9s et hurlant \u00e0 l&rsquo;agonie. Sans aucune plainte, les volutes ne sont que des images de visages terrifi\u00e9s qui ont peut-\u00eatre impr\u00e9gn\u00e9s l&rsquo;\u00e9trange entit\u00e9. Une \u00e9p\u00e9e majestueuse et brillante \u00e9merge de cette brume noir\u00e2tre, son gabarit pourrait \u00eatre digne d&rsquo;une arme d&rsquo;un titan. Puis, le corps de cette chose se tortille, les bras s&rsquo;enroulent dans une danse fr\u00e9n\u00e9tique, s&rsquo;entortillent et se pr\u00e9sentent enfin comme deux ailes aux bras multiples. Je n&rsquo;avais jamais vu un tel spectacle et le chat, dans un miaulement de crainte et de stupeur, m&rsquo;\u00e9claire sur ce qu&rsquo;il se trouve en face de moi. Elle n&rsquo;est pas la seule \u00e0 comprendre la nature de l&rsquo;abomination : un d\u00e9mon. \u00c9difiant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014&nbsp;Un&#8230; Ange ?&nbsp;J&rsquo;eus un rire nerveux.&nbsp;Vous&#8230; Vous vous m\u00e9prenez. Ainsi, vous ne vous connaissez pas vous-m\u00eame ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cela me rappelle une rencontre que j&rsquo;ai faite il y a quelques mois de cela, celle d&rsquo;Aryan qui m&rsquo;aper\u00e7ut au d\u00e9tour d&rsquo;un crat\u00e8re. Tel un enfant, il vint me questionner \u00e0 propos de mes ailes et sur ma propre nature, car lui-m\u00eame \u00e9tait incapable de conna\u00eetre la sienne. L&rsquo;engeance ne bouge pas, elle semble m\u00eame vouloir me ressembler dans une certaine mesure. Je dois rester prudente quant \u00e0 cette chose, ne sachant sur quel pied danser, ni m\u00eame s&rsquo;il est int\u00e9ressant que je vienne l&rsquo;\u00e9clairer avec ma sagesse. En plus de cinq mille ann\u00e9es d&rsquo;existence, je dois bien avouer qu&rsquo;il est rare de pouvoir contempler un tel ph\u00e9nom\u00e8ne. Les d\u00e9mons, ha\u00eft des titans, sont des enfants perdus et sales qui ont \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9s sur Seka\u00ef. Fay se redresse et \u00e9coute attentivement ce qu&rsquo;il se dit, esp\u00e9rant comprendre un peu plus l&rsquo;abomination qui tente de copier ma morphologie. Sans plumes, teint\u00e9s de gris, ses morceaux de chairs s&#8217;emm\u00ealent et celle-ci s&rsquo;assimile dans notre m\u00e9moire. Je prends une voix grave bien qu&rsquo;un peu tremblante, de peur que sans pr\u00e9venir, la lame me tranche en deux. Heureusement, Fay veille et je sais qu&rsquo;elle me sonnera l&rsquo;alerte au moindre faux pas de l&rsquo;entit\u00e9 d\u00e9moniaque. \u00c9claircissant ma voix, je continue :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014&nbsp;Je sens votre nature. Je la per\u00e7ois dor\u00e9navant. Vous n&rsquo;\u00eates pas seul dans ce monde,&nbsp;<strong>d\u00e9mon<\/strong>. Seulement, vous n&rsquo;\u00eates pas des plus bienveillants.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je d\u00e9signe Fay du regard qui se braque instantan\u00e9ment, ne sachant pas si elle doit fuir ou s&rsquo;approcher. Ses miaulements plaintifs cessent et elle se recroqueville sur elle-m\u00eame. Mes yeux s&#8217;embrasent d&rsquo;un \u00e9clat radieux, j&#8217;empoigne la garde de mon \u00e9p\u00e9e lumineuse et la brandis devant moi. Afin de canaliser ma peur, je pense \u00e0 toutes les rencontres que j&rsquo;ai pu faire et qui m&rsquo;ont permit de m&rsquo;\u00e9veiller dans ce monde de t\u00e9n\u00e8bres. Comme R\u00eave me l&rsquo;a d\u00e9sign\u00e9, je suis enfant de l&rsquo;aube, je battrais des cils une derni\u00e8re fois au cr\u00e9puscule du Monde, avant de m&rsquo;\u00e9teindre avec lui.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014&nbsp;Je ne sais pas ce que vous \u00eates venu chercher. Tout ce que je vois, c&rsquo;est que vous avez fait du mal. Vous avez tu\u00e9 d&rsquo;innombrables \u00e2mes dans ces bois. Elles n&rsquo;ont rien demand\u00e9, elles vivaient l\u00e0 et puis c&rsquo;est tout. Je me mets en posture de combat avant de hurler \u00e0 l&rsquo;entit\u00e9 ces quelques mots.&nbsp;Je vais vous r\u00e9pondre \u00e0 une question. Qui suis-je ? Je m&rsquo;appelle Luv\u00efel, engeance des titans, je suis repr\u00e9sentante du peuple et adoratrice des mortels. Je me suis \u00e9veill\u00e9e dans un monde o\u00f9 la peur, la mort et le chaos r\u00e8gnent. Seulement, je suis celle qui vient d\u00e9faire le monde des abominations qui la hante. Toute engeance apportant le Mal et la Damnation sera ex\u00e9cut\u00e9e de ma lumi\u00e8re salvatrice. Quel est ton but, entit\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mon regard passe de l&rsquo;\u00e9p\u00e9e au manieur sans s&rsquo;arr\u00eater, je suis obnubil\u00e9e par l&rsquo;aspect \u00e9th\u00e9r\u00e9 de l&rsquo;arme qui vibre d&rsquo;une aura singuli\u00e8re. Je fais face \u00e0 ma peur, je dois croire en moi et en mes capacit\u00e9s, sachant qu&rsquo;il me faut prot\u00e9ger le d\u00e9mon f\u00e9lin qui vit \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s. Je la sens perturb\u00e9e, angoiss\u00e9e par cette rencontre dans les terres du Reike. J&rsquo;ose esp\u00e9rer que ma derni\u00e8re heure n&rsquo;est pas arriv\u00e9e. Il existe une multitude de possibilit\u00e9s pour pouvoir me sortir de ce mauvais pas. J&rsquo;attends de voir comment l&rsquo;engeance va r\u00e9agir \u00e0 mes petites piques verbales.<br><br>Le combat est titanesque, nos lames s&rsquo;entrechoquent et je sens ma main vibrer avec une telle&nbsp;<strong>violence<\/strong>, que mes muscles se crispent. Les pas de l&rsquo;\u00eatre d\u00e9moniaque sont intimidants, il avance avec fureur et d\u00e9gage une aura malfaisante. Sa voix persiste dans mon esprit, un ton si sec et tranchant que ses mots ne cessent de s&rsquo;y r\u00e9p\u00e9ter inlassablement. Cette cr\u00e9ature m&rsquo;est inconnue, je contemple sa gestuelle forte et fi\u00e8re, brandissant l&rsquo;arme \u00e9th\u00e9r\u00e9e comme un bretteur hors pair. Tandis que je cherche \u00e0 prendre de la distance, l&rsquo;\u00e9tranget\u00e9 agite son arme et bien que j&#8217;empoigne la mienne pour contrer l&rsquo;attaque, la puissance ph\u00e9nom\u00e9nale du coup m&rsquo;envoie \u00e0 plusieurs m\u00e8tres, me faisant bourlinguer contre un tronc. Une gerbe de sang sort de ma bouche, mon corps souffre et je sens ma respiration haletante et saccad\u00e9e. Je ferme les yeux l&rsquo;espace d&rsquo;un instant, perdue dans les m\u00e9andres de mon subconscient. Soudain, j&rsquo;aper\u00e7ois R\u00eave qui me tend les bras, m&rsquo;enlace de ses plumes c\u00e9lestes et me regarde avec ses yeux d&rsquo;onyx. Son bec se pose au-dessus de ma t\u00eate, sans m\u00eame parler, il me berce et soudain, j&rsquo;ouvre de nouveaux les yeux. La face coll\u00e9e contre la neige, je t\u00e2tonne du bout des doigts la poudreuse et tente, tant bien que mal, \u00e0 m&rsquo;extirper de cette torpeur qui m&rsquo;envahit. La douleur est l\u00e0, pr\u00e9sente et \u00f4 combien insupportable mais ce n&rsquo;est rien en comparaison des ailes que l&rsquo;on m&rsquo;a arrach\u00e9es \u00e0 Sancta, avant de revenir au m\u00eame endroit trois-cent-soixante-cinq jours plus tard. J&rsquo;ai v\u00e9cu des douleurs bien pires lors des confrontations \u00e0 Alfregium, des monstres colossaux et des champions aux lames noires et funestes. Ma magie de lumi\u00e8re s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9e au moment o\u00f9 ma conscience s&rsquo;en est all\u00e9, me laissant dans le vague pendant quelques instants. Tandis que ma vue trouble revient \u00e0 la normale, je m&rsquo;aper\u00e7ois que Fay se dresse contre l&rsquo;entit\u00e9 unique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ne la touche pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mon c\u0153ur s&rsquo;arr\u00eate de battre l&rsquo;espace d&rsquo;un instant, mon cerveau vrille et bien que je sois bless\u00e9e, je reprends de la vitesse en d\u00e9ployant mes ailes endolories. D&rsquo;un bond, d&rsquo;un geste, je m&rsquo;\u00e9lance telle une lionne pr\u00eate \u00e0 d\u00e9fendre son petit. Je hurle, je crie tandis qu&rsquo;une claymore de lumi\u00e8re appara\u00eet entre mes mains de porcelaine. Cette m\u00eame lame que j&rsquo;ai perdue lors de mon combat contre une engeance \u00e9trange et faite d&rsquo;acide au sein du manoir o\u00f9 j&rsquo;ai combattu l&rsquo;engeance n\u00e9crotique. Je la sens cette terreur, je per\u00e7ois l&rsquo;adr\u00e9naline et l&rsquo;envie irr\u00e9sistible de d\u00e9truire ce fl\u00e9au qui tente de s&rsquo;en prendre \u00e0 ma seule v\u00e9ritable compagnie. Le petit f\u00e9lin balance ses oreilles en arri\u00e8re, sa posture est d\u00e9fensive et celle-ci baisse l\u00e9g\u00e8rement la t\u00eate tout en gardant un \u0153il sur l&rsquo;abomination qui lui fait face. Fay ne peut pas communiquer, hormis ces petits miaulements apeur\u00e9s et tristes. Si seulement, la petite Fay avait encore ses pouvoirs et pouvait de nouveau prendre le contr\u00f4le de son corps, de sa puissance d&rsquo;antan. Je l&rsquo;aime, c&rsquo;est ind\u00e9niable. Quand bien m\u00eame ce petit f\u00e9lin n&rsquo;est autre qu&rsquo;un d\u00e9mon, pi\u00e9g\u00e9 dans un corps fr\u00eale et incapable de prononcer son nom, je suis forc\u00e9e d&rsquo;admettre qu&rsquo;elle est devenue une partie de ma vie. Depuis que je l&rsquo;ai recueillie apr\u00e8s m&rsquo;\u00eatre lib\u00e9r\u00e9 de Sancta, cette rencontre fut le d\u00e9but d&rsquo;un nouveau chapitre, d&rsquo;une nouvelle histoire. Tout comme Deydreus, elle marque ma vie \u00e0 jamais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">NE LA TOUCHE PAS !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;arme en main, je d\u00e9ploie un arc de lumi\u00e8re tandis que je me dresse devant elle, lib\u00e9rant une vague qui d\u00e9ferle sur l&rsquo;entit\u00e9 unique. Elle recule suite au choc, d\u00e9coupant le m\u00e9tal qui sied sur le corps de la multitude. Le regard mauvais et les sourcils fronc\u00e9s, je ne laisserai personne faire du mal au seul \u00eatre qui m&rsquo;accompagne et que je consid\u00e8re comme ma fille, et non pas comme un vulgaire animal de compagnie. Fay ne le sait point. Pourtant, mon amour \u00e0 son \u00e9gard est bien plus qu&rsquo;une simple envie d&rsquo;avoir un petit chat. Je con\u00e7ois sa nature d\u00e9moniaque, je sais qu&rsquo;elle est filoute et parfois vulgaire, mais elle est aussi intelligente et fid\u00e8le. Une aura blanch\u00e2tre m&rsquo;illumine et divers copeaux de bois s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent dans les airs. Je ressens de la haine. Fay, derri\u00e8re, tente de communiquer, bien que mes pens\u00e9es sont tourn\u00e9es vers l&rsquo;engeance, de telle sorte que je n&rsquo;entende pas son appel. Il a voulu lui faire du mal. Il a essay\u00e9 de l&rsquo;approcher. Il aurait sans doute voulu la tuer. Sans crier gare, les copeaux de bois virevoltent et percent les multiples bras, tranchant dans le vif, mais la chair du d\u00e9mon laisse simplement filer de la fum\u00e9e noir\u00e2tre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014&nbsp;Tu. N&rsquo;appartiens pas. \u00c0 ce monde, dis-je avec froideur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est pourtant l\u00e0, dress\u00e9 de tout son long, ce d\u00e9mon qui tente de me copier. Ce sc\u00e9l\u00e9rat qui ose trop s&rsquo;approcher de Fay. Je redouble d&rsquo;efforts et fonce vers l&rsquo;entit\u00e9, dans un balai de coup de claymore contre \u00e9p\u00e9e, les \u00e9tincelles fusent, nos corps dansent dans un d\u00e9luge sous le froid mordant de l&rsquo;hiver. Je compte abattre cette chose et alors que ma main s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve dans le ciel pour cr\u00e9er un faisceau de lumi\u00e8re, Fay me bouscule, me d\u00e9concentrant de mon sortil\u00e8ge. Je la regarde avec froideur et, en voyant dans ses yeux la terreur, je compris que je m&rsquo;\u00e9tais laiss\u00e9e envahir par un sentiment bien plus fort que l&rsquo;amour : la haine. Je reprends le contr\u00f4le de mon esprit et parle \u00e0 mon amie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014&nbsp;Merci, Fay, lui dis-je avec un sourire en coin.&nbsp;Je ne vais pas me laisser envahir par ce sentiment que tu connais si bien. Non. Je ne dois pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9tait-ce l\u00e0 un des pouvoirs de l&rsquo;entit\u00e9 qui se tient devant moi ? Tandis que sa chair tranch\u00e9e \u00e9met des volutes de fum\u00e9e noires, un \u00e9trange sentiment me gagne. &nbsp;Pourquoi ai-je c\u00e9d\u00e9 \u00e0 la haine ? Comme pour l&rsquo;ange n\u00e9crotique, pourtant, celle-ci m&rsquo;avait fait jaillir de mes gonds. Je souhaitais seulement sauver les mortels. Tout comme Fay. Je veux la prot\u00e9ger. Soudain, le chat se met \u00e0 miauler si fort, elle souhaite d\u00e9gager une \u00e9nergie nouvelle, seulement tout ce qu&rsquo;il en sort n&rsquo;est autre qu&rsquo;un miaulement plaintif.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014&nbsp;Vous n&rsquo;avez aucune chance contre moi, d\u00e9mon. J&rsquo;ai l&rsquo;air peut-\u00eatre faible dans ce corps qui saigne, mais je vous assure que ma lumi\u00e8re est aussi br\u00fblante qu&rsquo;un feu ardent.<br><br>Je suis soulev\u00e9e tel un morceau de chiffon, l&rsquo;aile perc\u00e9e, je sens la lame s&rsquo;enfoncer plus profond\u00e9ment dans la blessure caus\u00e9e jadis par une lame noire et impr\u00e9gn\u00e9e d&rsquo;un mal. La douleur est vive, le sang d\u00e9gouline le long des plumes et sur la poudreuse. Mon corps tressaille et alors que la multiple r\u00e9cup\u00e8re la lame, elle m&rsquo;attrape avec fermet\u00e9 \u00e0 la gorge. Telle une poup\u00e9e de porcelaine, je me brise, la blessure s&rsquo;agrandit et je hurle ma souffrance envers cette abomination. Ses doigts serrent mon cou, mes mains tentent d&rsquo;attraper ceux de l&rsquo;abomination. Tandis que mon regard s&rsquo;illumine intens\u00e9ment, l&rsquo;entit\u00e9 est remplie de haine alors que mon aile est teint\u00e9e d&rsquo;un rouge vif. Dans un mouvement d\u00e9cha\u00een\u00e9, je suis projet\u00e9e, vomissant une gerbe de sang et dans un \u00e9lan, l&rsquo;\u00e9paisse brute me plaque contre la neige. Ses bras tentent de me toucher, sa voix m&rsquo;interpelle avec ce ton plus diabolique et qui me rempli de terreur, une voix qui m&rsquo;a d\u00e9j\u00e0 tant tiraill\u00e9e dans mon sommeil. Mes cauchemars me hantent, ce ton me surprend et sa question me trouble. La sph\u00e8re se rapproche et les quelques bras restants s&rsquo;agitent avec v\u00e9h\u00e9mence. Mon regard observe, je vois \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la sph\u00e8re des \u00e9pisodes traumatiques : des effusions de sang, la&nbsp;<strong>violence<\/strong>&nbsp;et la haine, la mort, l&rsquo;agonie&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Fay s&rsquo;en est all\u00e9e un peu plus loin, ne sachant quoi faire, ne pouvant strictement rien accomplir. Le petit chat d\u00e9moniaque pleure celle qui lui a tendu la main et sauv\u00e9e de l&rsquo;invasion des corneilles. Cet animal si petit, prisonnier dans cet amas de poils noirs avec en son sein un c\u0153ur blanc, elle est terroris\u00e9e par ce qu&rsquo;il se passe, d\u00e9tourne le regard et reste cach\u00e9e derri\u00e8re un gros rocher. Tout ce que peut faire le f\u00e9lin, c&rsquo;est de rester calfeutr\u00e9 le temps que tout cela se termine. Fay se sent inutile et abasourdie, ses griffes plongent dans la neige et elle s&rsquo;enroule en \u00e9coutant d&rsquo;une oreille attentive l&rsquo;acharnement vindicatif du combat. Je la comprends. Je sais ce qu&rsquo;elle ressent. Ce doit \u00eatre si difficile pour un d\u00e9mon d&rsquo;\u00eatre confront\u00e9 \u00e0 un \u00e9tat de faiblesse, d&rsquo;\u00eatre sans d\u00e9fense et se sentir vain et perdu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au milieu de la for\u00eat de pins, tandis que la temp\u00eate fait rage et que la neige s&rsquo;abat avec fracas, je tente de survivre \u00e0 un combat terrible contre une entit\u00e9 qui me terrifie. Ses bras me tirent de toute part, plaquant mes membres sans que je ne puisse rien y faire et alors que je plonge mes yeux dans la sph\u00e8re qui tourbillonne, je me perds dans mon esprit. De son chant cauchemardesque, l&rsquo;entit\u00e9 me fait revivre d&rsquo;immenses supplices et je sens une haine profonde, ancr\u00e9e, qui me submerge. Je revois l&rsquo;escouade de reikois en sortant des pins argent\u00e9s, je vois le visage des jumelles qui perdent leur sourire lorsqu&rsquo;elles \u00e9voquent la mort de leur p\u00e8re, je sens mon c\u0153ur en pi\u00e8ce lorsque je parle \u00e0 celui qui a trahi la titanide, je contemple une nouvelle fois le visage des engeances n\u00e9s du pouvoir de X-O&rsquo;rath, sans oublier l&rsquo;horreur de perdre un fr\u00e8re d&rsquo;arme d\u00e9c\u00e9d\u00e9 contre les geomis, la t\u00eate de Morndrizel sur le sol, je pleure en voyant Seagan dispara\u00eetre devant moi &#8230; Sans oublier la peine d&rsquo;un au revoir, sans savoir si je le reverrai.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et puis, il y a mes douleurs physiques, celles subis lors de mes entra\u00eenements contre Seagan et ses \u00e9p\u00e9es salvatrices, le corps taillad\u00e9, je revois les cr\u00e9atures \u00e0 la scierie ou encore l&rsquo;ange n\u00e9crotique, je revois le stress post-traumatique des engeances dans la crypte, ma peur de la solitude et des endroits clos, l&rsquo;horreur des insectes g\u00e9ants \u00e0 la chitine blanche et aux pattes nombreuses, l&rsquo;\u00e9pouvante de ne plus revoir le ciel \u00e9toil\u00e9 une fois sous terre. Un voile blanch\u00e2tre enveloppe mon regard, comme si on m&rsquo;extirpe de force mes pires souvenirs pour pouvoir en tirer profit. Je me sens vid\u00e9e et je dois avouer que revoir ces sc\u00e8nes me mettent dans un mal-\u00eatre profond. Je suis \u00e9c\u0153ur\u00e9e. Des larmes perlent sur mes joues et une image me traverse l&rsquo;esprit, celle de la petite Aurya pers\u00e9cut\u00e9e par l&#8217;empereur Tensa\u00ef. Ce n&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;une illusion qu&rsquo;\u00e0 utiliser mon mentor pour m&rsquo;apprendre \u00e0 communiquer par la pens\u00e9e, seulement, je revois le visage du drakyn rempli de haine, de froideur et d&rsquo;un d\u00e9sir ardent de tuer la titanide.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Qui sont mes ennemis aujourd&rsquo;hui ? Je regarde Aurya dispara\u00eetre dans une volute de fum\u00e9e et me retrouve plong\u00e9e dans mon esprit. Il fait noir. Si noir. Recroquevill\u00e9e sur moi-m\u00eame, je sens autour de moi le passage d&rsquo;un \u00eatre ail\u00e9, ses plumes majestueuses m&rsquo;enroulent avec bienveillance et devant moi, \u00e0 quelques centim\u00e8tres, deux grands onyx noirs me guettent : R\u00eave. Puis il dispara\u00eet \u00e0 son tour et je tombe, les ailes d\u00e9chir\u00e9es et la peur au ventre, mes plumes s&rsquo;enflamment et me voil\u00e0 chutant contre un sol tendre et froid.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ouvrant les yeux, la neige descend lentement sur mon visage et j&rsquo;observe la bulle devant moi. Le sang s&rsquo;\u00e9coule de ma bouche et de mes blessures, je ne peux pas tendre les bras, car la multitude me maintient. Sa voix r\u00e9sonne, encore et je me laisse porter par un \u00e9trange sentiment qui m&rsquo;habite. Quelque chose que je n&rsquo;avais presque pas ressenti depuis ma rencontre avec l&rsquo;ange n\u00e9crotique. \u00ab\u00a0Tu\u00e9 ou \u00eatre tu\u00e9\u00a0\u00bb m&rsquo;a enseign\u00e9 un ma\u00eetre \u00e9p\u00e9iste. Au fond de mon c\u0153ur bout une envie irr\u00e9pressible de d\u00e9truire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les titans m&rsquo;ont abandonn\u00e9e.<br>Ils ont laiss\u00e9 le monde s&rsquo;entretuer.<br>Il n&rsquo;y a pas de pieux ou d&rsquo;impies.<br>Seulement des enfants bris\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parmi mes parents, aucun d&rsquo;eux n&rsquo;a daign\u00e9 revenir pour rappeler leurs enfants. Semant chaos et d\u00e9solation, ils ont laiss\u00e9 tout ce qu&rsquo;ils ont cr\u00e9\u00e9. Qui suis-je, d\u00e9sormais ? Soudain, le calme. Plus rien, hormis le vent qui siffle entre les arbres, je suis comme d\u00e9connect\u00e9e du temps et de l&rsquo;espace. Entre les bras de la multitude, tremp\u00e9e par la neige et le sang, l&rsquo;esprit embrum\u00e9, je me laisse envo\u00fbt\u00e9e par l&rsquo;obscurit\u00e9. D&rsquo;une voix suffocante, je d\u00e9clare \u00e0 l&rsquo;entit\u00e9 unique :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014&nbsp;Les Hommes sont des enfants perdus. Ils sont &#8230; Des cr\u00e9ations d\u00e9laiss\u00e9es.<br><br>Dois-je me laisser happer par mes craintes ? Dois-je vaincre mes doutes \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;une arme ? Je me sens faible et prise dans la tourmente de ne pouvoir r\u00e9ussir \u00e0 aider l&rsquo;humanit\u00e9. J&rsquo;ai soif de connaissance sur le monde, ma compassion est grande et mon envie de lib\u00e9rer les maux par la parole est omnipr\u00e9sente. Pourtant, \u00e0 chaque fois que je ressasse les \u00e9v\u00e9nements pass\u00e9s et pr\u00e9sents, je sais qu&rsquo;il est amer de ne pas pouvoir r\u00e9ussir \u00e0 toucher le c\u0153ur des mortels. Lib\u00e9rer leur fardeau ? Je plonge mon regard dans la bulle qui me fait face, cet amas d\u00e9gageant une aura malveillante et pourtant, ses mots me percent \u00e0 jour. Elle lit en moi comme dans un livre, je n&rsquo;ai rien \u00e0 cacher, je reste vraie. Cette abomination per\u00e7oit tout ce qui m&rsquo;angoisse, allant dans mes peurs les plus profondes : mourir sans pouvoir le revoir, ne pas pouvoir aider les mortels, n&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;une poup\u00e9e de cire et br\u00fbler \u00e0 la moindre \u00e9tincelle. De sa voix cauchemardesque, celle-ci me prend aux tripes et je me sens vaciller. Mon \u00e2me br\u00fble ardemment d&rsquo;une \u00e9trange col\u00e8re et m&rsquo;inondant d&rsquo;une immense tristesse envers moi-m\u00eame. Si seulement je pouvais \u00eatre plus forte. Si seulement je pouvais apprendre \u00e0 manier la lame avec brio, tout en gardant un \u0153il attentif \u00e0 tout ce qui m&rsquo;entoure. Je manque cruellement de conviction. Peut-\u00eatre m\u00eame d&rsquo;une v\u00e9ritable ambition. Si je d\u00e9sire tant \u00eatre l&rsquo;ange lib\u00e9rateur d&rsquo;un monde en peine, il me faut devenir une femme forte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;entit\u00e9 a peut-\u00eatre raison, je ne peux pas \u00eatre l&rsquo;\u00e9gide si je doute de mes capacit\u00e9s. Puis-je r\u00e9ellement me pr\u00e9tendre \u00eatre le bouclier si moi-m\u00eame, je n&rsquo;arrive pas \u00e0 encaisser les ombres qui me rongent ? Pourtant, je ne peux porter le poids du monde sur mes \u00e9paules. Je suis las de me sentir si seule, si impuissante, une incapable qui ne sait pas se battre pour sauver les humains du Mal qui les accable. Mon regard blanc se perd dans la forme qui prend l&rsquo;apparence de tous mes amis : Seagan, Morndrizel, le fr\u00e8re de Vilkas. Est-ce l\u00e0 une partie de mon destin ? Serai-je donc celle qui depuis cinq mille ans \u00e9chappe \u00e0 la dure r\u00e9alit\u00e9 ? Celle de ne pas r\u00e9ussir \u00e0 me surpasser, celle o\u00f9 je ne suis rien de moi qu&rsquo;une enfant sauvage ayant v\u00e9cu reclue au fond des bois ? Ah &#8230; Et si &#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mes bras sont guid\u00e9s vers le pommeau blanc de l&rsquo;arme dont j&rsquo;ai toujours r\u00eav\u00e9. Mon ancienne claymore a \u00e9t\u00e9 d\u00e9truite lors du combat contre un monstre dans le manoir, son poison a ravag\u00e9 l&rsquo;enti\u00e8ret\u00e9 de l&rsquo;arme avant de se briser dans un dernier fracas. La lame blanche irradie d&rsquo;une lueur si vive, aussi puissante que la lumi\u00e8re qui m&rsquo;inonde de toute part, c&rsquo;en est presque hypnotisant. Mes doigts ne sont qu&rsquo;\u00e0 quelques centim\u00e8tres du pommeau, tandis que je regarde les visages aux larmes noirs de mes anciens compagnons dans cette \u00e9trange sph\u00e8re. Du bout des doigts, j&rsquo;effleure l&rsquo;arme de toute part avant que la voix de Fay ne me hurle dans la t\u00eate de me stopper net. Mon corps \u00e9tendu sur la neige, je fronce les sourcils et reprends pleinement conscience de ce que je suis en train de faire. Mes yeux observent autour de moi et j&rsquo;aper\u00e7ois la figure du f\u00e9lin dress\u00e9 sur l&rsquo;\u00e9norme rocher, \u00e0 quelques m\u00e8tres derri\u00e8re nous. Je per\u00e7ois dans son regard une certaine col\u00e8re et dans un miaulement rauque, poils h\u00e9riss\u00e9s et babines relev\u00e9es, elle d\u00e9clare :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014&nbsp;<strong>Ne crois-tu pas que tu vailles mieux que cela, ange ? Toi qui me parles sans cesse des Hommes et du bonheur que tu souhaites leur apporter, penses-tu r\u00e9ellement qu&rsquo;il est avis\u00e9 de te laisser tenter par l&rsquo;\u00e9p\u00e9e ?<\/strong>Un silence.<strong>&nbsp;Si tu penses r\u00e9ellement que cette arme sera ton alli\u00e9e, fais ce qui te semble \u00eatre juste. Cependant, ne te laisse pas tenter par les mensonges et la sournoiserie. Lis en toi. Pas en elle.<br><\/strong><br>Fay est une d\u00e9mone, ressuscit\u00e9e sous l&rsquo;apparence d&rsquo;un chat, un corps dont elle ne peut se d\u00e9faire sans savoir s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une mal\u00e9diction ou d&rsquo;un tout autre sortil\u00e8ge. Bien que petite et malingre, celle-ci est devenue une alli\u00e9e importante \u00e0 mes yeux. Son pelage noir et duveteux, sa voix suave et ses mots justes me remettent parfois d&rsquo;aplomb. Alors qu&rsquo;elle-m\u00eame est tortur\u00e9e, avec la crainte de ne jamais redevenir celle qu&rsquo;elle \u00e9tait autrefois, d&rsquo;autant que ses ann\u00e9es sont compt\u00e9es, elle me regarde avec une pointe de col\u00e8re et me chante d&rsquo;une voix belliqueuse ces quelques mots : \u00ab\u00a0<strong>Soit celle que tu d\u00e9sires \u00eatre<\/strong>\u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un sentiment me ronge au plus profond de mon \u00eatre lorsque mon regard se perd dans la sph\u00e8re noir\u00e2tre. Je suis perdue. Que faire ? Crisp\u00e9e, les dents serr\u00e9es, je reste l\u00e0, suspendue un instant dans cette confrontation int\u00e9rieure, emmitoufl\u00e9e dans la neige, tandis que la multitude est contre moi. Je me rem\u00e9more toutes ces engeances qui m&rsquo;ont effray\u00e9e, toutes ces abominations qui m&rsquo;ont dup\u00e9s, les mensonges qui m&rsquo;ont entour\u00e9e, les titans qui m&rsquo;ont oubli\u00e9s. Que suis-je dans cet univers ? Un grain de poussi\u00e8re. Ma race est presque \u00e9teinte, j&rsquo;ai fui si longtemps le monde pour me terrer comme une enfant loin des probl\u00e8mes. Je pensais devenir une femme importante et fi\u00e8re lorsque j&rsquo;ai rejoint le Nouvel Ordre, sous la directive de mon mentor. Je n&rsquo;aime pas souffrir et pourtant, je sais que sans cette souffrance, on ne peut \u00e9voluer et devenir quelqu&rsquo;un de meilleur. Seulement&#8230; Je ne veux pas d\u00e9truire le monde. Je veux le rendre meilleur, \u00e0 mon \u00e9chelle. Ma foi envers les Divins s&rsquo;estompe, bien que je sache qu&rsquo;ils sont mes parents. Des parents indignes qui ont d\u00e9laiss\u00e9s leurs enfants. Aujourd&rsquo;hui, qui est v\u00e9ritablement ma famille ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Fay s&rsquo;approche de nous et se place au-dessus de ma t\u00eate, son iris fendus perce mon \u00e2me. Je peux choisir ma famille. Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse des jumelles ou des crois\u00e9s, de Fay ou de mes alli\u00e9s. Tout comme j&rsquo;ai rencontr\u00e9 un homme capable de m&rsquo;apprendre ce qu&rsquo;est \u00eatre aim\u00e9. Je tremble. Si fort. Je suis \u00e0 deux doigts.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014&nbsp;Je suis d\u00e9sol\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 l&rsquo;attention des d\u00e9mons, comme envers moi-m\u00eame, je m&rsquo;excuse de ne pas \u00eatre capable de prendre les d\u00e9cisions. Je me laisse porter par les rencontres et les innombrables histoires qui m&rsquo;assaillent. Je suis fille des titans, voix du peuple et femme \u00e0 la lumi\u00e8re salvatrice. Il n&rsquo;y a pas de pieux ou d&rsquo;impie. Il n&rsquo;y a que des \u00e2mes \u00e9gar\u00e9es. Toutes les \u00e2mes ne peuvent \u00eatre sauv\u00e9es. Ce choix est maintenant et changera \u00e0 jamais mon destin. Je pourrais tr\u00e8s bien me t\u00e9l\u00e9porter et fuir cette rencontre. Pourtant, quelque chose dans cette entit\u00e9 m&rsquo;attire. Un \u00e9cho. Un appel. Elle me fait vibrer de haine, de d\u00e9sespoir et de tristesse. Les d\u00e9mons sont ha\u00efs de mes parents, pourtant, j&rsquo;en ai rencontr\u00e9 des diff\u00e9rents, tous avec leur personnalit\u00e9 et leur \u00e9tat d&rsquo;esprit. Celle de l&rsquo;entit\u00e9 qui me fait face n&rsquo;est qu&rsquo;horreur et damnation. Est-ce l\u00e0 ce que je d\u00e9sire ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014&nbsp;Je serai ce que je d\u00e9sire \u00eatre. Personne ne peut m&rsquo;ordonner ce qui est mieux pour moi. Je ne me laisserai pas happer par les t\u00e9n\u00e8bres !&nbsp;Dis-je en grognant envers l&rsquo;entit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De mes mains jaillissent alors une lumi\u00e8re si vive qu&rsquo;elle repousse le d\u00e9mon tandis que je m&rsquo;extirpe de la neige en prenant Fay \u00e0 bout de bras. Les cheveux tremp\u00e9s, le corps et les ailes ensanglant\u00e9es, je me laisse submerger par mes convictions.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014&nbsp;Je peux \u00eatre toutes ces choses en tant et en heure. Aujourd&rsquo;hui, je ne veux pas me laisser corrompre par des \u00e9motions peut-\u00eatre refoul\u00e9es. C&rsquo;est un combat entre moi, et moi seule. Personne. Ne me dicte. Quoi faire.<br><br>Les lamentations et le cri de d\u00e9tresse de Praelia me mettent dans un mal-\u00eatre profond. La voix de la d\u00e9tentrice \u00e0 l&rsquo;\u00e9p\u00e9e fam\u00e9lique s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve dans les airs, beaucoup plus douce et certainement plus humaine que celle qui r\u00e9sonne dans mon esprit. Le c\u0153ur battant \u00e0 vive allure, j&rsquo;esquisse un rire nerveux et d\u00e9pose le petit f\u00e9lin sur le sol imbib\u00e9 de neige et de sang. Mes l\u00e8vres sont gel\u00e9es, le fluide vermeil qui y coule s&rsquo;y est m\u00eame cristallis\u00e9. Je contemple la multiple qui se d\u00e9sagr\u00e8ge, perdant de sa prestance et quelques membres au passage. Sa jambe s&rsquo;effrite, le vent emporte avec lui les lambeaux de chair qui s&rsquo;\u00e9miettent. Un v\u00e9ritable spectacle m\u00e9langeant les cendres et le sang de l&rsquo;entit\u00e9, qui se d\u00e9verse \u00e0 travers les parois de l&rsquo;armure. Sa chair s&rsquo;\u00e9cart\u00e8le par endroit, laissant s&rsquo;\u00e9chapper de la fum\u00e9e noir\u00e2tre, des visages se d\u00e9forment \u00e0 travers l&rsquo;\u00e9manation du monstre qui s&rsquo;agenouille devant moi. La main de Praelia contre le pommeau, celle-ci tente de rester encore debout un peu plus longtemps, m&rsquo;implorant de la d\u00e9livrer de ce mal impie. Ce n&rsquo;est pas la voix de mes cauchemars qui m&rsquo;interpelle, je ne peux pas laisser l&rsquo;\u00e2me de cette femme ainsi, je dois pouvoir l&rsquo;aider \u00e0 reprendre le contr\u00f4le et \u00e0 la lib\u00e9rer du d\u00e9mon qui la poss\u00e8de.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je m&rsquo;avance vers elle, tandis que Fay s&rsquo;immisce entre mes jambes pour m&#8217;emp\u00eacher d&rsquo;aller vers l&rsquo;entit\u00e9 d\u00e9moniaque. Ses oreilles en arri\u00e8re, le chat feule et tente de mordre mes bottes. Seulement, elle ne peut comprendre cet \u00e9cho qui r\u00e9sonne dans mon \u00eatre. Je me suis jur\u00e9 de venir en aide \u00e0 n&rsquo;importe quel mortel, quand bien m\u00eame celui-ci soit passer du c\u00f4t\u00e9 des t\u00e9n\u00e8bres. L\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;obscurit\u00e9 r\u00e9side, il existe toujours une once de lumi\u00e8re. L&rsquo;\u00e2me peut \u00eatre teint\u00e9e de noir, il suffit parfois d&rsquo;un espoir pour permettre de semer une graine et lib\u00e9rer d&rsquo;un poids. Prostr\u00e9e en Seiza, je contemple le visage de la femme qui s&rsquo;inscrit dans mon esprit, ce regard vide et sa bouche arborant un sourire triste. Qu&rsquo;es-tu r\u00e9ellement ? Peut-\u00eatre n&rsquo;ai-je pas compris depuis le d\u00e9but la souffrance de cette \u00e9tranget\u00e9. Sa&nbsp;<strong>violence<\/strong>, m\u00eame si elle provient du c\u0153ur des Hommes, peut certainement devenir un autre sentiment. Puis-je lui apporter une lueur de bont\u00e9, un cri d&rsquo;espoir, une envie de libert\u00e9 ? Mon regard se fige et je tente d&rsquo;approcher mes mains contre le visage de Praelia. Mes doigts effleurent du bout des doigts ses joues. J&rsquo;aimerais tant pouvoir l&rsquo;aider, cette femme qui a l&rsquo;air d&rsquo;avant tout donner, tout b\u00e2ti pour finir d\u00e9truite, enferm\u00e9e dans ce corps aux multiples bras. J&rsquo;en oublie la pr\u00e9sence de la lame qui la retient \u00e0 peu pr\u00e8s droite. Le f\u00e9lin reste derri\u00e8re, contemplant la sc\u00e8ne avec un profond d\u00e9sarroi. Je sens son regard me juger. Je ne peux pas laisser cette \u00e2me souffrir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je pose mes mains, teint\u00e9es d&rsquo;une lueur blanch\u00e2tre qui en \u00e9mane, contre l&rsquo;armure de l&rsquo;abomination. Je laisse la lumi\u00e8re s&rsquo;impr\u00e9gner dans le corps de la multiple, englobant cette noirceur de cette lumi\u00e8re si vive et si pure qu&rsquo;elle \u00e9radique toute forme d&rsquo;obscurit\u00e9. Le corps de Praelia se craqu\u00e8le encore plus, la lueur baignant l&rsquo;int\u00e9rieur de son \u00eatre tout entier fissure davantage son corps. Elle faiblit et son visage devient poussi\u00e8re, son armure se brise dans un craqu\u00e8lement sonore et tous ses membres disparaissent en lambeaux de chair. Ma lumi\u00e8re a atteint son \u00e2me bien trop tard, la femme a \u00e9t\u00e9 happ\u00e9e par les t\u00e9n\u00e8bres avant que je ne puisse faire quoi que ce soit. Int\u00e9rieurement, je saigne, je suis glac\u00e9e et frigorifi\u00e9e. J&rsquo;ai jur\u00e9 pouvoir aider quiconque qui m&rsquo;entoure et je me rends compte que depuis mon d\u00e9part en dehors de C\u00e9lestia, mon monde s&rsquo;effondre et que tout ceux qui sont \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s finissent par dispara\u00eetre. Je frappe le sol de mon poing lumineux, hurlant \u00e0 plein poumon pour lib\u00e9rer ce qui me gangr\u00e8ne depuis tant de mois maintenant : le doute. Le corps de la guerri\u00e8re n&rsquo;est plus, bien que susbsite la multitude. Soudain, je suis interpell\u00e9e de nouveau par la lame d&rsquo;une lueur si parfaite, si pure, si belle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette lame qui me fait vibrer int\u00e9rieurement, je la sens qui m&rsquo;appelle. J&rsquo;ai encore \u00e9chou\u00e9 par mon incapacit\u00e9, peut-\u00eatre que la voix cauchemardesque a raison. Peut-\u00eatre devrais-je l&rsquo;\u00e9couter et la d\u00e9tenir entre mes mains. Peut-\u00eatre pourra-t-elle m&rsquo;accorder un pouvoir au-del\u00e0 de tout ce que j&rsquo;imagine. Ce n&rsquo;est pas sa faute si le corps de Praelia n&rsquo;est plus, c&rsquo;est certainement le mien. Je n&rsquo;ai pas r\u00e9ussi \u00e0 apporter la paix \u00e0 cette femme, perdue dans les limbes de la multiple, aujourd&rsquo;hui d\u00e9vast\u00e9e. Je me redresse et regarde intens\u00e9ment, compl\u00e8tement obnubil\u00e9e par elle. Le regard mi-clos, je tends une main vers l&rsquo;\u00e9p\u00e9e enfonc\u00e9e dans la neige. Doucement. D\u00e9licatement. Je commence \u00e0 poser un doigt, puis un deuxi\u00e8me avant de placer ma main compl\u00e8tement sur le pommeau. Elle est froide et lumineuse. Puis soudain dans mon esprit, une vague d\u00e9ferlante d&rsquo;images me bombardent. Ma main est sous l&#8217;emprise de la lame, je n&rsquo;arrive pas \u00e0 m&rsquo;en d\u00e9tacher tandis que je me tiens la t\u00eate avec l&rsquo;autre, hurlant un cri de douleur. Je ressens tout mon \u00eatre, le fluide sanguin, mes organes et pire que tout, la douleur et un sentiment qui me submerge. Ma main se serre sur le pommeau, mes muscles se tendent et cette voix qui p\u00e9n\u00e8tre ma conscience. Un \u00e9trange soupir, j&rsquo;ai comme la sensation qu&rsquo;elle souffle dans ma nuque alors que seul le vent, la neige et le sang nous entourent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Fay recule, la peur l&rsquo;envahit, car elle comprend ce qu&rsquo;il se passe.<br>Le moment est grave.<br>Trop grave.<br><br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce texte est compos\u00e9 exclusivement de passages \u00e9crits par moi-m\u00eame. Il est issu d\u2019un \u00e9change de jeu de r\u00f4le collaboratif. Les r\u00e9ponses des autres joueurs ne sont pas reproduits . 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