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Les yeux d’ocre du guerrier balayent les dunes, foulant le sable chaud avec ses chaussures tressées à la semelle durcie. Ses lunettes en place, emmitouflé dans des vêtements amples qui se fondent parfaitement avec le désert, l’elfe avance péniblement, un bâton en main. La bande de tissu mauve qui y est accrochée, virevolte tandis que le vent fouette le visage de l’individu recouvert d’un chèche crème. Seul au milieu des dunes sableuses, le prêtre se laisse porter par le souffle du vent, ne sachant où cela le mènera. La soif se fait sentir depuis plusieurs heures et nulle oasis en vue. La gourde en cuir de chèvre est vide, La chaleur étouffante finit par l’assommer de fatigue.

Quelques jours auparavant, Lhen avait trouvé repos dans un hameau à plusieurs lieux de Téjarra. Il rencontra des enfants qui voulaient entendre des récits héroïques. Seulement, Lhen n’est pas un homme épris de longues discussions. Il s’agit surtout d’un vétéran qui n’a jamais appris à parler que par des actes. Toutefois, il joignit ses mains et invita les enfants à faire de même, avant de se mettre à chanter d’une voix brute quelques paroles envers les Aspects. Les quelques adultes qui sillonnaient le chemin s’arrêtèrent pour l’écouter, avec parfois un regard sceptique ou d’autres le rejoignirent dans la prière. Bien que Nyxar soit l’Aspect le plus vénéré à Kierm, chaque Aspect est honoré afin qu’aucun ne puisse être oublié. Le guerrier n’a jamais été capable de développer une once d’affection envers quiconque. Néanmoins, il sait aider et protéger les plus démunis. Il passe une nuit dans une petite auberge de fortune avant de reprendre la route, saluant les quelques habitants avant de reprendre son chemin.

Aujourd’hui, Lhen avance sans véritable destination. Sans ordre ni hiérarchie, il se retrouve à errer de village en hameau, pouvant simplement apporter une aide précieuse pour aider une femme à porter des victuailles, ou encore une personne âgée à rafistoler un vieux tonneau. La situation de Kierm n’est pas sans danger, les hommes peuvent être bien pire que les Gangregueules et bon nombre de gens connaissent encore le martyr, l’oppression et d’autres vilenies.

Le soleil descend jusqu’au confins de l’horizon, l’ombre du guerrier grandit derrière lui et une odeur fraîche s’immisce dans ses narines. La chaleur écrasante s’efface pour laisser place à son opposé. Quelques scorpions s’affrontent entre les cactus et les succulentes. Les étoiles commencent à parsemer le ciel et l’homme retire enfin son foulard pour respirer pleinement les odeurs environnantes. Soudain, il entend des hurlements sinistres ainsi qu’un bruit tonitruant, comme une détonation. L’homme tend l’oreille et se dirige avec difficulté jusqu’à l’origine du bruit. Hélas, dans l’infiniment grand du désert, il est difficile de se repérer.

D’autres hurlements surviennent suivis d’un étrange son caverneux qui résonne fortement. Le prêtre n’hésite plus, la fatigue s’estompe laissant place à une bouffée d’adrénaline. Peut-être n’est-ce qu’un animal qui se fait dévorer par un prédateur, néanmoins le son est si guttural et différent de ce qu’il a connu qu’il ne peut s’empêcher d’aller voir. Au bout d’un certain temps, après avoir dévalé une dune en se laissant glisser, il aperçoit devant lui un chemin qui doit mener il ne sait où. Il place son bâton dans sa main et avance prudemment. Le vacarme s’est tu il y a un moment, mais il faut savoir rester prudent.

Seul le bruit du vent sur le sable est encore audible, il n’y a aucun oiseau dans les environs et nulle âme qui vive. En s’approchant davantage, il aperçoit énormément de sang sur le sol sablonneux. Bien trop pour comprendre qu’aucune âme n’a survécu. Des morceaux de bois sont éparpillés et déchiquetés, quelques membres éparpillés sur le sol et la moitié d’une bête éventrée, abandonnée dans le sable. Lhen inspecte un des tonneaux sur le sol et découvre des épices, il y a également du sable mouillé à un endroit. Ce devait être certainement un ravitaillement. Fronçant les sourcils, l’elfe reste aux aguets ne sachant si la chose qui rôde va revenir. 

 

Après avoir patienté quelques instants, il prend le chemin le menant jusqu’à un village, après plusieurs heures de marche. Épuisé, le vétéran recherche du coin de l’œil un endroit où dormir et jette son dévolu dans une petite étable, entouré de chèvres. L’odeur forte ne le dérange pas. Il ne lui fallut pas longtemps avant de sombrer.

Le lendemain matin, un homme le secoue afin de s’assurer qu’il va bien. Lhen se réveille avec difficulté, opine du chef en expliquant qu’il a besoin de voir le chef du village. L’homme l’aide à se relever, un jeunot avec une barbe hirsute, vêtu avec un tissu léger et une ceinture en ficelle. Lhen dégage la même odeur que celle des chèvres. Suivant l’éleveur caprin, l’elfe parcours du regard les bâtisses en carré blanc, très sobres, jusqu’à tomber sur un petit temple où le chef du village se tenait devant une jeune femme. Il détache son regard de celles-ci avant de les invectiver de rentrer à l’intérieur.

— Chaban, que puis-je pour toi ? Dit-il avant de sentir l’odeur de l’individu. Il tente tant bien que mal de dissimuler son dégoût.
— Je vous prie de m’excuser, Zafar. Cet homme dormait dans mon étable et il a un message à vous transmettre.
— Vous pouvez retourner à vos affaires Chaban. Parlez voyageur, que me vaut cette … Visite impromptue ?
— Le ravitaillement que vous attendiez a été décimé. En passant par le chemin, j’ai aperçu un massacre. Aucun survivant.

Le chef dénommé Zafar se mit à blêmir, sur son front on pouvait distinguer quelques gouttes de sueur. Quelques habitants qui traînaient dans le coin entendirent les mots de Lhen, l’une d’elle laissa échapper un cri rempli de tristesse, laissant tomber son pot de terre cuite. Zafar changea de visage, il se ferme complètement et lançe une flopée d’insultes dans le vent.

— Voyageur. Merci de nous l’avoir signalé.
— Je peux peut-être vous aider.
— Entrez, je vous prie. Nous allons prendre un thé. Vous me donnerez tous les détails à l’intérieur. 

 

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